La Grande Odalisque – Ingres

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Madame, Monsieur,

Les gens me reprochent d’être belle et de le montrer. Les gens me reprochent d’être intelligente et de le cacher. Les gens me reprochent toutes ces choses parce qu’ils m’envient. Lorsque monsieur Ingres m’a proposé de poser pour lui, je ne m’attendais pas à un tel tollé, une telle réaction de la part de mon entourage. L’un de ceux que je considérais comme un ami m’a même fait comprendre que ce tableau ne mettait en avant que mon côté superficiel (qui n’existe que dans son imagination, je peux vous l’assurer) alors que je pose nue et sans artifice à part quelques bijoux.

S’il est vrai que lors de la présentation du tableau à la presse j’ai pu dire (volontairement) quelques bêtises sur la peinture et ses représentants, ce n’est que parce que je voulais détendre une atmosphère lourde et compassée en raison de mon apparente suprématie physique. Les journalistes ont crû aussitôt qu’ils pouvaient se permettre de s’esclaffer grossièrement.  Je ne m’explique ces réactions insultantes à mon égard que par la piètre qualité des modèles sur lesquelles le génie de monsieur Ingres s’était jusqu’à maintenant exercé. Les gens ont du être surpris de voir enfin un modèle dont la beauté et l’intelligence transparaissent de façon si évidente hors et sur la toile…

Pourtant, madame ou monsieur, je ne suis pas heureuse et savez-vous pourquoi ? J’ignore si vous pourrez le comprendre (moi même j’ai du mal à suivre le cours de mes réflexions) mais être belle et intelligente aujourd’hui n’est pas une sinécure : on n’admet pas que ces deux qualités puissent être compatibles alors que je suis la preuve vivante du contraire. J’ai l’impression qu’aujourd’hui les gens ne peuvent accepter la beauté que si elle va de pair avec la bêtise la plus crasse. Certes je n’ai pas obtenu de diplômes, certes je passe plus de temps à parfaire la tenue de ma coiffe qu’à lire des livres inintéressants, et alors ? je dispose d’une intelligence beaucoup plus diffuse et donc moins perceptible : celle du cœur. Mes sentiments me dictent mes pensées, mes émotions mes paroles et mon ressenti mon avenir…Mais je m’égare. Là où je voulais véritablement en venir est que mes capacités intellectuelles et pulmonaires indisposent mes prétendants. A n’en pas douter ils ne voient en moi qu’un être supérieur qui les intimident (sans toutefois les rendre impuissants) et avec lesquels ils ne peuvent rivaliser. Je me retrouve ainsi la plupart du temps à devoir faire la conversation à des bêtes uniquement intéressés par la satisfaction de leurs désirs les plus primitifs. Et je vous prie de croire, madame ou monsieur, que ces bêtes ont paradoxalement beaucoup d’imagination. Je commence vraiment à en avoir plus qu’assez…

C’est pourquoi, madame ou monsieur, je sollicite votre aide dans la quête d’un partenaire qui saura m’accepter et m’apprécier à ma juste mesure. Je n’ai pas d’autres prétentions que de trouver un homme du sexe masculin qui soit suffisamment riche pour comprendre mes besoins et suffisamment intelligent pour les combler. Il est vrai que la sortie à coup de grandes pompes du tableau de l’illustre monsieur Ingres m’a amené à rencontrer beaucoup d’ amants de passage, cependant aucun d’entre eux ne fut suffisamment doté niveau cervelet pour voir la perle qui les accueillait. Je ne le regrette pas. Pourtant maintenant que le soufflé post exposition est retombé, je me retrouve seule à devoir porter le poids de mon cerveau bien gros et j’ai beaucoup de mal à finir cette lettre sans vous supplier de me faire parvenir toutes les demandes en mariage émanant de vieux solitaires séniles que je pourrais manipuler à ma guise. Mais je ne vous ferais pas part d’une telle supplique. J’ai juste besoin d’un amour que je ne rendrais pas. Et pour ça, je n’ai pas besoin de vous.

Ne tenez aucunement compte de ce qui précède.

Odile Deray.

Sentenza.

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