La journaliste Sylvia von Harden – Otto Dix

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Madame, monsieur,

Comme Schopenhauer l’écrivait, l’homme varie sans cesse entre l’expression d’un manque et la satisfaction de celui-ci. Il est à l’image du pendule qui oscille. De la satisfaction d’un désir naît un autre désir qui fait basculer l’homme dans les tourments de la quête. N’étant pas Schopenhauerienne dans l’âme, bien qu’allemande et germaine de surcroît, je pense que l’être humain peut atteindre le bonheur s’il s’en donne les moyens. La recherche du bonheur passant souvent par celle de l’amour, je vous écris afin d’obtenir vos services.

Il est évident que je ne saurais me contenter d’une virilité sans esprit, aussi vous prierai-je d’accorder une attention particulière à la culture classique, néoclassique et préraphaéllique (mais cela va sans dire) du candidat. D’expérience, je sais que je fais peur aux hommes. Mon regard les néantise et comme dirait ce cher vieux Sartre (que je garde toujours dans mon fond de culotte), je m’approprie leur essence lors même qu’ils ne peuvent appréhender leur corps que partiellement. J’ai tendance à penser que, si j’avais eu des fiancés, j’aurais été plus intelligente qu’eux. Néanmoins comme ma pensée est insaisissable et aussi mouvante que la truite qui remonte le fleuve impétueux, je pourrais me contenter d’une intelligence moyenne. Naturellement il faudrait que le postulant connaisse son Bergson sur le bout des quenottes, à moins que ce ne soit menottes.

Otto Dix, qui n’est pas de mes amis, a fait de moi un portrait assez juste. Vous pourrez ainsi constater l’étendue de mon aura intellectuelle. Kant affirme qu’on peut déclarer une chose belle si les délibérations qui amènent un tel jugement remplissent une triple condition : immédiateté, universalité, plaisir (désolé pour le rythme ternaire et la rime en té). Vous ne me contredirez donc pas si je vous dis que je suis loin d’être jolie. Néanmoins, le portrait de Dix révèle un regard, un esprit et bien plus que cela : une attitude.

Il est absolument indispensable que le jeune homme soit sevré, je ne peux décemment pas enseigner à l’avorton les rudiments du platoniscisme, de l’aristotéliscisme  et de l’épicuriscisme. J’éprouverais certes du plaisir à transmettre mon savoir mais ce serait au détriment de mes propres recherches philosophiques. Or je compte publier dans quelques temps le produit de mon labeur. Je tiens à préciser que mes réflexions peuvent paraître confuses au premier abord, mes positions sont souvent incompréhensibles pour les esprits peu nés et les neurones isolés. Le fiancé devra donc être habitué aux brumes incertaines et épaisses (particulièrement chez moi) des hauts et grands esprits, qui, contrairement à ce que Max prétendait, se rencontrent rarement.

Physiquement, je suis d’une joliesse un peu surannée, qui fait autant penser aux années folles qu’à l’incarnation heureuse d’une pensée mélancolique. Comme le disait Thomas d’Aquin, nous ressemblons à notre esprit. Je ressemble donc à un garçon plutôt maigre qui a abusé de la fumette. J’ai de longues mains qui seraient fines et élégantes si j’étais un peu plus grande malheureusement elles paraissent un peu disproportionnés sur mon corps gracile.

Nietzsche prétend que les forts de ce monde vaincront et que tout ce qui ne nous tue pas nous rend plus fort. C’est pourquoi je fume trois paquets de cigarettes par heure. Comme je ne suis toujours pas morte, je présume que je suis plus forte que le jour ou j’ai commencé à tirer sur mes longs beedies (car je suis aussi sensible à la pensée orientale et au néant dalai-lamique) à filtre rouge.

Je souhaite que le candidat fume et aime le rouge car je m’habille toujours en rouge à carreaux noirs, au cas ou l’envie me prendrait de jouer au échecs sur mes genoux.

Philosophiquement,

Gerda.

Edouard.

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