La Naissance de Venus – Botticelli 

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Madame, Monsieur,

A bien des égards, ma vie n’est pas aussi fantastique que celle dont j’avais rêvé sur mon coquillage. Je n’ai pas à me plaindre de l’accueil que m’ont fait les Florentins, il sont gentils et pleins d’attentions mais la douceur de mon Olympe me manque. Mes souvenirs me ramènent souvent à l’époque innocente ou je voguais pleine d’espoir sur mon huître jolie. La nuit, je me pelotonnais frileusement contre la langue satinée de ma coquille et je rêvais à l’aube gracieuse qui me déposerait sur le rivage d’une nouvelle vie. Le jour, je laissais pendre mon bras hors de la conque frangée d’or et je caressais , pleine de langueur et d‘abandon, la peau grise des dauphins. Parfois, dans le ciel, un oiseau blanc passait au dessus du cortège et je sentais mon cœur, doucement chavirer à ce signe de ma délivrance. Bercée par le clapotis des vagues qui s’écrasaient mollement sur les parois de mon refuge, je m’ennuyais un peu mais je trompais cette mélancolie sereine en peignant mes longs cheveux dorées. Je leur donnais, chaque jour une coiffure  nouvelle, les tressant, les torsadant, les nattant avec application. Quand venait le soir, je dénouais tresses, nœuds et torsades et je sentais ma chevelure m’envelopper comme un drap.

J’aimais le vent et lorsqu’il se levait, je me redressais pour sentir sur ma peau son souffle frais. Il faisait naître de petits picotements sur mes bras. J’élevais alors mes mains au ciel et il me semblait que cette muette imploration convaincrait Zéphyr de me porter vers des berges accueillantes et heureuses, peuplées d’hommes à ma dévotion.

Le jour vint ou ma prière devait être exaucée. Je ne m’étais pas préparée. C’était l’aube et j’admirais l’azur teinté de rose quand j’entendis un pépiement charmant venant de nuages cotonneux qui s’amoncelaient sur la mer, à quelques distances de mon esquif. Presque aussitôt, apparu Zéphyr dont le souffle ardent commença à former sous mon huître de petites vagues qui l’entraînèrent en direction des nuages. L’écran de brouillard se déchira et j’aperçus les berges verdoyantes de l’Italie. Sur la plage, une nymphe m’attendait. Elle portait dans ses bras une tunique rouge et m’enjoignis de me lever car j’étais restée prostrée au fond de mon coquillage. Autour de moi, comme une pluie odorante, tombaient des pétales délicats, lancés par la jolie femme de Zéphyr. Je n’éprouvais ni joie, ni douleur mais il me sembla alors, qu’une grande satisfaction s’emparait de mon âme, comme si je venais d’accomplir un long et agréable voyage et que je retournais enfin parmi les miens. Des personnalités venues des quatre coins du pays étaient venues assisté à ma déposition. Je dissimulais comme je pus les parties les plus enviables de mon corps et inclinais la tête autant en signe de remerciement que pour montrer les exquises proportions de mon cou.

Depuis cet heureux jour, j’ai appris avec effroi le mystère de ma naissance et il ne se passe plus une nuit sans qu’il me vienne à l’esprit les images sanglantes de mon père assassiné, dont les parties jetées à la mer ont fertilisé l’océan. On me vénère mais on ne me fait pas oublier que je suis née dans une huître. Ma chevelure flamboyante et mon teint d’ivoire suscitent la convoitise des femmes mais si je sens l’admiration des hommes, leurs regards brillants évoquent davantage l’appétit du fauve que l’intérêt de l’esthète.

L’Italien qui a peint ma naissance, Sandro, m’a donné une peau de marbre débarrassée des marques rougeoyantes laissées par le soleil. Il m’ a donné l’air rêveur et innocent que j’avais certainement lorsque j’ai abordé la rive luxuriante mais son image si belle, ne saurait laisser pressentir l’effroi que je devais éprouver plus tard lors de ma confrontation avec la bestialité de l’âme humaine. Innocente, je ne suis plus mais apaisée désormais, je recherche l’amour. Pourtant déesse de ce sentiment si doux, je suis en quête de l’homme qui saura réconforté mon cœur et le faire palpiter à nouveau, comme lorsque l’oiseau blanc passait au dessus de ma conque,

Venus.

Edouard.

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