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La solitude des peintes – Olympia – Manet

Olympia – Manet

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Mesdames, Messieurs,

Je n’en peux plus, je suis perdue, jusqu’à maintenant je tentais de dissimuler mon drame derrière les atours (plutôt élimés en ce moment) d’une personne indépendante, libre et heureuse de l’être mais je me dois aujourd’hui d’exorciser mes doutes : je suis seule et isolée dans un monde qui me rejette.

Car oui, messieurs et mesdames, les habitants de ce monde et surtout les parisiens peuvent être cruels lorsqu’ils sont confrontés à des valeurs qui les surpassent ou qu’ils ne comprennent pas. Alors que j’ai voulu revendiqué bien avant l’heure le droit à la femme de disposer de son corps comme elle le souhaite, les hommes n’ont vu dans cette manifestation révolutionnaire que le comble du mauvais goût et de la luxure, alors que j’ai voulu démontrer à tous qu’on peut faire le choix de vendre son corps sans forcément se soumettre, j’ai été prise pour le symbole de l’insouciance coupable (et pornographique) des gens de mauvaise vie.  J’ai été exposée, nue et alanguie mais l’œil vif et le visage fier, devant des milliers de spectateurs qui m’ont trouvé certes belle et sensuelle mais surtout perverse et choquante. Que pouvais-je faire sinon espérer un peu d’aide de la part de l’homme qui m’avait représentée ainsi, le seul qui avait compris ma démarche ?

Cet homme, que j’appellerais Edouard M. afin de ne pas dévoiler son identité, essaya bien de me défendre mais aucunement de la façon dont j’avais rêvé, il mit le débat sur le plan artistique (comme si la nudité dans l’art était quelque chose de nouveau !) et tenta de d’étouffer mes velléités féministes par des propositions plus ou moins indécentes. La moindre étant de me donner quelques cours de gribouillage, et la plus un pique-nique en tenue d’Êve avec des hommes dont la galanterie se trouvait dans des caleçons en soie. J’acceptais par abnégation en sachant pertinemment que toute mission ne s’accomplit qu’avec peines et sacrifices. Pourtant, lorsque cet homme, réputé honnête, proposa de me croquer dans un café indigne, je refusais tout net, il pouvait aller croquer tout ce qu’il voudrait mais dorénavant ce serait sans moi. Je n’acceptais plus aucune de ses invitations à dîner dans les gargotes des pentes de Montmartre. Heureusement pour lui, il n’en envoya aucune.

Je décidais ainsi de mener mon combat pour la reconnaissance d’une féminité libérée des carcans bourgeois en solitaire, telle la chienne affamée en quête d’un os à ronger. Mal m’en pris…J’ai fait un bébé raté toute seule, j’ai peint des croûtes immondes de façon involontaire, et en ce moment je montre des animaux qui n’ont plus rien d’exotique aux touristes passant à Montmartre. J’ai vainement tenté de m’affranchir par l’art, le célibat et l’activité professionnelle mais je me rends compte que le monde n’est pas prêt à accueillir mon message. Je me sens seule et c’est pourquoi je viens vers vous, non je ne réclame pas un « compagnon de vie » ou un ami, je veux un amant prêt à toutes les prouesses sans jamais s’en enorgueillir. Je sais, je suis femme et quand on est femme on ne dit pas ces choses-là…

Cordialement avec des limites,

Victorine (veuillez, SVP, n’indiquer mon prénom qu’en dernier argument de séduction)

PS : si vous n’avez personne dans la catégorie « amant », n’hésitez tout de même pas à m’envoyer d’autres candidatures.

Sentenza.

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