Place Colette 

Edouard attendait place Colette, devant la comédie Française, il aimait donner ses rendez vous au milieu de grand espace vide car il était persuadé que sa silhouette, seule repère immobile parmi le fourmillement des passants, ressortait comme une oriflamme sur l’horizon, bastion de noblesse et refuge des pauvres âmes errantes. Il n’aurait pas été contre un souffle de vent car sa mèche était longue et cela lui aurait donné une allure romantique, René contre les orages, malheureusement l’air n’était agité que d’imperceptibles effluves, pas assez fortes pour soulever son poil et qui provenait vraisemblablement d’un miséreux, autre oriflamme de la place, qui se dorait la pilule au soleil d’hiver en exhalant des gazs tempétueux. Effet de bière assez connu que notre jeune ami supporta avec stoïcisme car il avait été élevé dans le respect des pauvres. Ils peuvent vous procurer grande satisfaction et promesse de paradis quand vous pensez à leur glisser un sourire et un centime tous les lundi 3 décembre de chaque année. Edouard se conformait scrupuleusement à ce rituel et avait même tenté l’année passée un contact physique avec la paume repoussante d’un de ces misérables mais le cœur lui avait manqué au dernier moment. Il se répétait en son for intérieur que l’attente était un moment exquis où l’intensité des sentiments éprouvés pour celle qui se fait désirer est la plus forte. Cependant il avait peur de souiller son pantalon et l’odeur écœurante de l’enfant de don Quichotte commençait à lui donner des hallucinations.

Enfin Marie-Chantal parut. Dans un ensemble très seyant qui sentait un peu son Cyrillus, elle sortait de la bouche de métro, propre, souriante et l’œil fureteur, elle découvrit son Edouard, le nez plissé et la mine déconfite, à proximité d’un tas de vêtement nauséabond qui soupira imperceptiblement quand elle s’approcha et que le mouvement de la marche souleva la petite jupe droite au dessus de son genou virginal (comme à peu près tous ses autres membres). Edouard ne lui reprocha pas son retard mais la jeune fille sentit bien qu’il lui en voulait un peu car il pressa le pas en ronchonnant.

Ils se réconcilièrent sur l’escalator permettant d’accéder à l’entrée de l’exposition quand Edouard fit remarquer à sa voisine l’atroce ceinture strassée que la rappeuse à casquette cloutée portait juste devant eux, ils partageaient le même goût de la discrétion. Ils sourirent à l’unisson et le lecteur peut être sûr qu’ils pensaient à ce moment exactement à la même chose, à la chance qu’ils avaient d’être nés avec un si délicat et si précieux amour de la beauté.

Paris Photo 2008

Une fois à l’intérieur du cirque, ils reconnurent quelques piliers de vernissage mais ne voulant pas s’encombrer de quidams survoltés et portés aux excentricités les plus gênantes, ils les évitèrent soigneusement et parvinrent ainsi jusqu’à l’emplacement de la galerie Idris Galate, seule galerie de la rue Saint Denis, qui exposait des photos de pénis d’homme dans différents états. Marie Chantal un peu étourdie par l’agitation propre aux manifestations d’art contemporain ne reconnut pas tout de suite l’objet de toutes ces admirables créations et scruta avec attention une photo d’un format particulièrement imposant avant de fermer brutalement les yeux et de s’écrier « Mon Dieu, Edouard, ce sont des sexes ». Edouard n’en menait pas large non plus et pensait à sa mère. Il tenta d’entraîner sa compagne sous des cieux plus cléments mais la pauvresse refusait d’ouvrir les yeux et s’accrochait frénétiquement à une sculpture de forme suggestive qui constituait l’entrée de l’emplacement. Un photographe du Parisien immortalisa l’instant.

« Marie Chantal, pense à ta chatte » fut la seule chose qu’Edouard réussit à formuler pour convaincre sa bonne amie de lâcher la verge. La jeune fille avait un petit chat, femelle de son état, qu’elle appelait Poupoune et qu’elle aimait à la folie. Notre héros savait bien qu’en évoquant le tendre animal, il repousserait momentanément ces horribles visions. Marie Chantal desserra son étreinte et pu être transportée d’urgence vers une autre galerie qui exposait de vagues paysages de décharges urbaines.

Marie-Chantal reprit ces esprits et ils purent continuer la visite. Aux détours d’un stand, ils reconnurent un gros personnage qui leur sembla médiatique tant il arpentait les allées avec l’allure d’un conquérant de l’espace. Notre innocente voulu allé le saluer, elle croyait l’avoir déjà vu aux après midis de sa chère maman, qui recevait chaque jeudi des intellectuels de tous bords, surtout ceux qui tenaient chroniques dans Valeurs actuelles. C’était Guillaume Durand et elle se trompait méchamment comme la suite le démontrera.

Edouard.

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