Episode 3 - Marie-Chantal affronte le poireau de Guillaume Durand dans Les chroniques d'Edouard image_20957141

Marie Chantal se précipita sur le gros homme. Guillaume Durand, imperturbable, continuait son chemin et ne remarqua pas la petite chose en vichy rose qui s’avançait vers lui, avec le regard de reconnaissance qu’on a pour ceux qui partage votre cercle. Il s’était figé devant une photo de taille respectable et songeait avec un peu d’amertume qu’il lui faudrait passer la soirée avec Amanda Lear, vieille femme très refaite qu’il devait convaincre de participer à son émission de dimanche après midi « L’objet du scandale ». Amanda Lear ressemblait de plus en plus à une chèvre arthritique, jouissance du légionnaire peu regardant, et la perspective de devoir la séduire le rendait mélancolique. Marie Chantal s’aperçut de son erreur à deux pas du présentateur roux mais elle ne pouvait plus faire demi-tour, elle avait déjà touché sa manche, l’auguste et médiatique torse commençait sa lente et inexorable rotation. Elle allait se retrouver face à l’innommable, celui dont on ne doit pas prononcer le nom, farouche défenseur de la bien pensance culturelle, celui que les invités de sa mère ne regardaient qu’avec un peu d’effroi et beaucoup de haine et qu’il appelait entre eux avec des sourires amers « Le grand suppôt-sitoire » car les réquisitoires de ce suppôt de Satan valait condamnation. Et puis ils riaient d’un petit rire jaune et misérable en se resservant une tasse de thé. Avec un biscuit.

Notre héroïne, sur le point de tourner bride et d’offrir au regard du satyre son derrière satiné de rose, en vente page 37, catalogue de la collection Cyrillus 2008, fut subjuguée par le poireau qui s’élevait sur la joue droite de Guillaume Durand. Petit furoncle qu’on voyait peu à l’antenne mais qui sans maquillage et à la lumière du jour, ou quasiment, s’étalait insolemment sur une peau grêlée et sale de sdf. De clochard qui n’a jamais connu d’autre état que la cuite carabinée et qui croit qu’il est normal d’être sale et repoussant, l’hygiène n’est pas dans la nature de l’homme. Cette verrue au milieu de la joue la paralysa plus sûrement que ne l’aurait fait une remarque un peu acerbe d’Edouard qu’elle sentait derrière elle prêt à se carapater si la situation tournait au ridicule.

Et bien elle allait faire face, elle n’avait pas été élevée chez les sœurs pour rien et son expérience d’aide cuisine dans les foyers pour miséreux de Levallois allait enfin servir. L’animateur vedette du service publique était maintenant face à elle et se demandait qui étaient ces deux hurluberlus à la mode de Caen, qui sentait la province et bien davantage. Il reconnut assez rapidement Marie-Chantal, héritière des porcelaines Brillance qu’on voyait quelque fois dans Point de vue mais l’autre énergumène avec son barbourg et ses godillots paraboot ne lui rappelait personne ou alors Wilfrid, le transsexuel bavarois des soirées coqueen du Queen, celui qui yodlait dans les collines en culotte de cuir et qu’il avait un jour invité sur un plateau pour parler des recettes que sa grand-mère allemande confectionnait à base de tripes, mais ce ne pouvait être lui. Wilfrid était blond et mesurait plus d’1m95. Et il était mort. Un camion poubelle l’avait confondu avec un container de la ville de Paris, un jour qu’il sortait un peu éméché de boîte à 6h du matin.

Marie Chantal repris contenance mais gardait un œil méfiant sur le furoncle.

- Bonjour, je suis Marie-Chantal, des porcelaines Brillance, ma mère reçoit un cercle d’intellectuels tous les jeudis. Et voici Edouard, un ami.J’aime beaucoup ce que vous faites. Vous avez un beau manteau, il vous va très bien. Vos cheveux sont bien coiffés aussi.

Edouard déglutit avec difficulté, Marie Chantal perdait pieds. Guillaume Durand, un peu dérouté par cette apostrophe répondit qu’il la remerciait. Il semblait indécis sur la suite à donner à cette rencontre. On le sentait prêt à déguerpir après une petite remarque désobligeante mais il hésitait. Dans son esprit diabolique, une idée venait de naître. Petite idée encore vagissante qui le verrait remplacer une vieille femme blonde chevrotante et baveuse par une charmante Justine, au rougissement de pamplemousse.

Edouard.

 

Pas encore de commentaire.

Laisser un commentaire

Les clics de Narcisse, du mariage pour tous et d’une chèvre mélancolique

Mes bien chers frères humains, petites chèvres et moutons bien gras, le mariage pour tous n’en finit pas de générer […]

La démocratie conchylicole ou le rêve français d’Eva Joly

Hier soir, devant un public encore vert, la candidate Eva Joly déclarait que sa conception du rêve français était « la […]

Impasse Adam Smith – Brèves remarques sur l’impossibilité de dépasser le capitalisme sur sa gauche – Michéa – EEE

  Jean Claude Michéa est honnête, c’est une qualité rare, surtout pour un socialiste. Heureusement pour le lecteur, il fait […]

Retour de vacances, de la culture du temps à celle de l’espace ou comment le touriste transforme peu à peu le monde en hall des expositions

De retour de Thaïlande, pays où le touriste écrasé de chaleur rend l’âme devant l’image d’un dieu gras et placide, […]

La fête de la musique, la fête des petits merdeux

La fête de la musique est une invention de petits merdeux pour les petits merdeux. Tous les petits merdeux au […]

Fabrice Luchini – La Fontaine, Baudelaire, Hugo, Nietzsche… – Théâtre de l’Atelier – EEE

Fabrice Luchini est un être merveilleux. Un ange de nos campagnes descendu des sphères pour chanter les louanges de la […]

ArtDesign by Ellyn |
pour le plaisir....rêve,mag... |
converseyourself |
Unblog.fr | Créer un blog | Annuaire | Signaler un abus | lamioutta
| Précieux papiers
| Et un p'tit tour