Disponible chez Julliard à 20€

Je lisais ce matin dans le métro les délicieuses chroniques d’Alexandre Vialatte récemment éditées chez Julliard. Cet homme était un génie. Face à moi, une mémère dans un grand concert de voilage, explorait sa narine en singeant l’orang outang femelle quand elle sent venir le mâle et qu’elle fait mine de s’en ficher, fort heureusement je n’étais pas son genre et de toutes façons plongé dans des pages qui me procuraient un bonheur si intense que je n’eusse pas levé le plus petit organe sans un effort considérable de ma volonté. Et ces choses là ne se commandent pas. Sauf chez certains professionnels.

L’amour remonte à la plus haute antiquité, une chronique de Vialatte pourrait commencer comme cela. A l’époque où les hommes chassaient dans les vastes plaines d’Asie Centrale, une peau de bête ceignant leurs reins, la truffe guettant l’effluve du mammouth, il étreignait déjà le cœur de la femme qui attendait le retour du compagnon prognathe, dans la grotte, une marmite de Royco sur le feu. Je suis bien sûr qu’elle effeuillait alors une marguerite, ou plus probablement une carotte, le romantisme remontant moins loin que le sentiment qui le suscite. Les débuts du romantisme datent très précisément de Socrate et de sa fameuse apostrophe à Illyra, sa tendre mie. Au lieu de lui dire « Viens là que je te laboure », il dit « You’re the sunshine of my life, baby, i love you ». Ce fut une révolution. Je songe avec tristesse que je suis encore seul et dans mon âme de pacotille la complainte du cervidé, roi des forêts, s’élève comme une supplique, dis quand reviendras tu, au moins le sais tu*. Marie-Chantal.

Trêve d’épanchement, ce petit intermède n’a d’autre utilité qu’introduire ce billet pour vous supplier d’acheter et lire cet opuscule gigantesque, on le prend, on l’ouvre, on rit, dans cet ordre.

Alexandre Vialatte est un auteur peu connu, ignoré d’une partie non négligeable de l’humanité, pour son plus grand malheur, car il est des ces écrivains rares et charmants dont chacune des phrases est un petit bonheur. Le livre publié chez Julliard, s’intitule Chroniques 68 et compile les divers écrits que le cher scribouilleur envoya au cours de l’année 1968 à La Montagne, feuille de gauche et au Spectacle du Monde, magazine de la droite qui lève le petit doigt quand elle siffle un café. Ce qui dénote une ouverture d’esprit spectaculaire. Les pisseurs de copie de Télérama devraient en prendre bonne note. Vialatte était un styliste exceptionnel, « inconnu notoire » comme il aimait à se désigner, il vécut toute sa vie dans l’espoir de faire une œuvre, mais ses romans ne plurent pas à la critique et il en conçut un chagrin tenace. Fort heureusement il avait du savoir vivre, un triste sire fait souvent de tristes écrits, ces chroniques sont donc drolatiques. Le ton d’aucune n’est infléchi par les événements de 68, à croire qu’il fut le seul à garder un peu de légèreté et d’insouciance à une époque ou un intellectuel qui souriait était un intellectuel mort.

Mes biens chers frères en humanité, exhortation réellement entendue en chair à l’église Saint Eustache, j’ai tellement ri devant cette pompe que le curé me fusilla du regard, je glissais à l’oreille de Marie-Chantal qu’à sa prochaine party il ne faudrait pas qu’elle oublie de rayer ses amis martiens de la liste des invités, je suis très caustique, il faut lire Alexandre Vialatte, remède assuré contre la morosité. EEEE.

Edouard.

* Françoise Hardy

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