Episode 4 - Où l'on fait connaissance avec Mr Pédoncule dans Les chroniques d'Edouard siege-de-toilette 

Marie-Chantal n’était pas contente. Coincée au fond du taxi qui la ramenait à Neuilly, elle n’avait pas eu le courage de prendre le métro pour revenir, elle songeait qu’elle n’aurait pas dû accepter l’invitation de Guillaume Durand. Ses parents seraient furieux, surtout son père, il avait une importante vente de sièges de toilettes la semaine suivante et cette histoire allait lui faire une mauvaise publicité. Il devait traiter avec des japonais, des clients particulièrement tatillons qui avaient fait mouler des sièges sur mesure, adaptés aux postérieurs nippons, beaucoup plus petits que ceux des occidentaux. Le matériau avait été choisi avec un soin particulier, car il ne devait pas irriter le derme très sensible des habitants de la partie gauche du planisphère. Des séances de tests avaient été organisées et pendant une semaine quinze cobayes avaient frotté leur séants charnus sur différentes surfaces afin de déterminer la moins rugueuse, la plus agréable au toucher, il fallait avoir le sentiment de s’asseoir dans un canapé. Marie Chantal qui visitait l’usine à ce moment là, n’avaient jamais vu autant d’hommes remonter leur pantalon devant elle. C’était même la première fois qu’elle en voyait. Elle avait trouvé cela passionnant et peut être pas aussi choquant qu’elle l’aurait voulu.

C’était une transaction capitale pour Brillance, elle devait lui permettre d’entrer sur le marché asiatique. La présence de l’héritière dans l’émission culturelle phare du service public, discutant de l’importance du lifting porcin passé 27 ans ne serait pas interprété comme un gage de sérieux par les mangeurs de chats qui se faisaient une religion de la discrétion. Elle pensa à Poupoune, puis à Edouard. Il avait été héroïque lors de l’attentat galerie Idriss Galate, de son côté elle convenait que son attitude n’avait pas été des plus courageuse, elle devait raconter cette histoire à son amie Marie-Charlotte, une soirée pyjama s’imposait. Peut être qu’elles regarderaient MTV.

Quand elle arriva chez elle, sa mère recevait quelques amies autour d’une théière fumante. Elle tripotait ses perles en suçotant un biscuit et écoutait d’une oreille distraite Marie-Eglantine qui racontait pour la dixième fois comme elle s’était retrouvée obligée de saluer Marie-Sixtine, rue des Sablons, parce qu’elle était en compagnie de Marie-Adélaïde et que celle-ci ignorait totalement le différend qui les opposait. Marie-Clovis reprenait un chocolat. Marie-Marie s’était endormi depuis longtemps mais gardait les yeux ouverts, aptitude que le monde entier lui enviait. Elle avait plus de mal à contrôler le filet de salive qui s’égouttait sur son trois rangs. Marie-Chantal, un peu écœurée, salua rapidement et monta dans la bibliothèque.

Edouard, de son côté, retrouvait Mr Pédoncule devant la FNAC Montparnasse. Mr Pédoncule était un vieil ami d’Edouard et son mentor. Il lui enseignait les choses qu’il faut dire et les pensées qu’il fallait avoir. Sa sagesse était si grande qu’il lui arrivait de porter une veste en velours côtelé comme un éditeur chez Gallimard. Le plus souvent, il arborait un nœud papillon sur une chemise à carreaux et portait des godillots infâmes à caractère orthopédique. Son pardessus était élimé, comme tous les pardessus de romans car il aimait l’idée que sa vie ressemble à un stéréotype littéraire. Un pardessus est forcément élimé aux manches, un regard énamouré est aussi profond que l’océan, la mort n’est qu’un passage, Mr Pédoncule connaissait son Levy & Werber comme d’autres leur Lagarde & Michard. Il avait une tendresse particulière pour Bernard Henri Levy et était au désespoir de ne pas lui ressembler plus. Il avait bien essayé un jour d’ouvrir son col et de retirer ses quadruples foyers mais cela n’avait pas été une réussite. L’absence de lunette conférait à son regard une profondeur d’océan qui avait trompé un colosse en survêtement rue vieille du Temple. Depuis il recevait des coups de téléphone sauvages d’un dénommé Ulrich qui épuisait sa boîte vocale à coup de consonnes tranchantes comme des serpes et de déclaration d’amour d’un germanisme terrifiant.

Aujourd’hui il comptait enseigner à Edouard quelques rudiments de séduction car le pauvre enfant était au désespoir depuis que Marie-Chantal fréquentait un militant UMP. Il craignait qu’elle ne l’abandonne pour faire de la politique capillaire car le militant UMP a une méche. Rien de tel qu’une observation en milieu naturel.

Edouard.

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