Les 10 meilleurs romans du bout du monde dans Les lectures d'Edouard 5159TNW0MZL._SL500_AA240_

Les romans du bout du monde sont des romans dont l’action se situe dans une société où les références culturelles ne sont pas judéo chrétiennes.

Généralement cela se passe en Asie. Quand il n’est pas partagé par une tripotée de nains jaunes, on compte tellement de Murakami et de Ryu dans ces lointaines provinces qu’il est fort probable que l’humble mandarin qui découpe vos sushis soit également de la clique, cousin lointain ou membre du clan, le nom de l’écrivain est imprononçable et l’on doit se contenter de mâchouiller un « i » sonore, généralement précédé d’un « z » ou d’un « a », peut être même d’un « tz » si le monsieur est vicieux. La renommée littéraire tient parfois à peu des choses. Des voyelles trop stridentes irritent nos palais délicats, suivies d’un « a » grasseyant, elles forment des patronymes qui sont de petites aiguilles plantées dans une motte de beurre, l’incision du « i » dans la mollesse du « a ». Impossible de distinguer Mishima, Murakami, Tanigushi, Kawakami, Fujiwara.

Pourtant cette littérature recèle des trésors et ceux qui ont goûté à l’exotisme des histoires de Murakami reviennent difficilement aux pâles errances de nos chers écrivains de parade, gardiens d’une tradition européenne ou le réalisme fait loi. Il ne faudrait pas que les brillantes analyses psychologiques de Marc Dugain ou d’Eric-Emmanuel Schmitt soient entachées du soupçon infamant de l’absurde, voire de métaphysique brouillardeuse. Si monsieur ne couche plus avec madame et voit des démons dans son rêve, l’explication existe et elle est forcément freudienne. Dans les romans de Murakami, il pleut des truites, des licornes broutent dans les champs, des chats parlent et on ne cherche pas d’explications, c’est comme ça. Je ne dis pas que c’est mieux, je dis que c’est différent.

180px-Yin_yang.svg dans Les lectures d'Edouard

Cela tient à l’histoire de l’intelligence dans ces pays. Les penseurs du bout du monde ont fondé des courants philosophiques qui sont devenus des religions, peut être même à l’encontre de l’enseignement qu’ils professaient. Le taoïsme, le confucianisme, le bouddhisme n’étaient pas des religions mais le sont aujourd’hui, n’en déplaisent aux sirènes médiatiques, doucereuses sirènes, qui voudraient nous faire croire qu’un moine en bure rouge qui préside à des cérémonies cultuelles n’est pas le chef d’une religion. Quand il y a rites, cultes et encens devant des images, il y a religion. Je n’ai rien contre, je suis catholique.

Dans la pensée orientale, la dualité entre le bien et le mal n’est pas envisagé comme une opposition mais comme une complémentarité, c’est le yin et le yang. Alors qu’en occident la la vérité est un but, un étendard que l’on brandit en criant « Je sais », par opposition au mensonge ou à l’ignorance, en Asie la connaissance de la vérité n’est qu’accessoire, seule importe l’harmonie, l’équilibre des forces contradictoires. Si dans la littérature occidentale, on analyse les explications psychologiques et sociales d’un comportement, on est réaliste ou romantique, au Japon ou en Chine, la vraisemblance d’une action, c’est-à-dire sa justification rationnelle, n’est pas primordiale. En écrivant cela je succombe au travers jésuitique de l’exégèse, preuve que je suis bien français, je veux comprendre. C’est un mauvais réflexe quand on lit Murakami ou Ryu, comme lorsque l’on va voir un David Lynch.

Il y a néanmoins une veine plus réaliste, notamment chez les indiens ou encore chez Mishima. Dans ces romans, les univers décrits sont exotiques, les auteurs dépeignent une société qui n’est pas régies par les mêmes coutumes que la notre, l’importance accordée à la nature, sans doute la encore un héritage d’une tradition de pensée qui fait la part belle au panthéisme, est remarquable. Kawabata peut décrire pendant trois pages des fleurs de cerisiers et ce n’est pas ennuyeux. D’autant que l’on apprend mille et une façons de désigner un pétale, cela peut servir lors d’un dîner avec Géant Vert.

Le classement:

1. Chroniques de l’oiseau à ressort – Haruki Murakami

Roman qui a fait connaître Murakami, il a d’abord été publié en feuilleton et est pratiquement irracontable tant il foisonne d’histoires, de digressions philosophiques et d’échappées oniriques. C’est l’histoire de Toru, japonais anonyme qui plonge dans un univers fantastique le jour où sa femme le quitte. Il vit dans une banlieue résidentielle à proximité d’une maison mystérieuse dont le jardin abrite un puit à sec. Ces séjours plus ou moins longs dans cet ombilic de pierre lui font découvrir un monde parallèle et étrange dont la description est l’occasion pour Murakami de nous livrer des pages d’une splendeur délirante, bouquet de sensations retranscrites dans une langue poétique et délicate. L’humour n’est jamais loin. David Lynch est un admirateur de Murakami, pas étonnant. L’écrivain japonais aime les images fortes et décalées qui n’ont peut être pas de rapport directe avec la réalité mais dont la perception par le lecteur évoque par synesthésie un état de l’âme du personnage. Un peu comme chez Lynch.

2. Les bébés de la consigne automatique – Ryu Murakami

Hashi et Kiku sont deux bébés abandonnés dans une consigne de gare. Le roman est leur histoire, celle de la quête qu’ils mènent pour retrouver leur identité. Cette quête est moins intéressante que la description du Tokyo nocturne, loin des clichés véhiculés par Lost in translation, l’auteur dépeint une capitale au bord de l’éclatement, gouffre nauséeux ou s’entassent les damnés de la terre, prostitués, drogués, chanteurs de rock, filles perdues. L’auteur n’est pas tendre avec l’homme, il est violent, haineux et porte son humanité comme une boursouflure, un handicap qui l’empêche de trouver sa véritable identité. La lecture de ce gros roman est une expérience forte, je ne me souviens plus des détails de l’histoire mais il me semble que cela finit en apothéose nucléaire.

3. La mer de fertilité – Mishima

Tétralogie de Mishima. Œuvre somme, œuvre testament, c’est sans doute l’ouvrage le plus important de la littérature japonaise. Il raconte la vie et les réincarnations de Kiyoaki, ainsi que d’importants passages de la vie de son ami Honda. L’action se déroule sur près d’un siècle, jusqu’à la sortie de la seconde guerre mondiale. C’est le roman de la transition, il décrit le passage du japon traditionnel à un japon occidentalisé ou les anciennes coutumes sont peu à peu oubliées. Mishima défendait le japon ancestral, à la remise du dernier manuscrit de La mer de fertilité, il s’est donné la mort selon la tradition du seppuku. Comme je le rappelais en préambule, ce roman est aussi un exemple du peu de cas que font les asiatiques de la réalité, le livre se finit par des phrases énigmatiques qui remettent en question tout ce qui vient d’être raconté.

4. Le pousse pousse – Lao She

C’est un roman réaliste qui retrace la vie d’un humble pékinois bien décidé à acquérir son propre pousse-pousse. Il ira de désillusions en désillusions et la fin est amère. L’histoire est le prétexte à la description colorée d’un Pékin pittoresque, celui du petit peuple. Court et facile à lire, il permet de découvrir une Chine inhabituelle débarrassée des clichés véhiculées part l’imagerie communiste, le gros Mao n’étale pas sa face rougeaude sur tous les murs.

5. La montagne de l’âme – Gao Xingjian

J’en ai déjà parlé dans ce blog.

6. L’équilibre du monde – Rohinton Mistry

Premier roman indien de ce classement, il permet de suivre la vie de Dilal, une jeune veuve bien décidée à vivre de son atelier de confection, et de Om et Shivar, deux tailleurs intouchables qui viennent bientôt la rejoindre. Dans une ville anonyme, leur itinéraire est marqué par de nombreuses tragédies qu’ils supportent avec stoïcisme. Là encore il s’agit d’une œuvre somme qui permet de se représenter avec justesse une Inde millénaire confrontée à une modernité violente. Les personnages sont hauts en couleur mais la misère reste sombre sous le soleil. Pas d’exercice de style de la part de Mistry, le récit est sobre et la narration d’une simplicité qui peut paraître aride sur la longueur.

7. Battle royale – Koushun Takami

Le film de Kitano est en fait un roman, best seller qui défraya la chronique lors de sa sortie en librairie. Dans un pays asiatique imaginaire, un programme gouvernemental envoie sur une île une classe de 3° et organise un jeu terrible et sanglant, télé réalité monstrueuse au cours de laquelle les collégiens doivent combattre entre eux jusqu’à ce qu’il ne reste qu’un survivant. Le procédé narratif est assez répétitif, chaque chapitre correspond à la description d’une mort. Il faut compter sur l’auteur pour déployer des trésors d’imagination. Chaque meurtre est vicieux. Les ruptures de ton sont délicieuses, on passe d’une éviscération sordide à la description poétique d’un amour naissant, très japonais. Hyper divertissant.

8. Le Dieu des petits riens – Arundhati Roy

Roman indien le plus connu en France et première écrivaine de ce classement. Il raconte la vie de Rahel, qui a 31 ans revient dans sa maison natale ou elle a laissé Estha son frère jumeau. Celui-ci ne parle plus et l’on comprend dés les premières pages que ce mutisme date d’un événement terrible qu’ils ont partagé dans leur enfance. Le roman est constitué de flash back qui permettent petit à petit de reconstituer les événements passés. La langue, même traduite est très musicale, le style peut indisposer.

9. Le lac – Yasunari Kawabata

Le livre est d’abord difficile. La langue est complexe et je n’ose imaginer le calvaire des traducteurs. La syntaxe est souvent étrange et l’on se perd un peu dans les méandres d’un temps qui semble récursif, comme si le roman pouvait se dérouler sur une soirée aussi bien que sur une vie entière. L’art de Kawabata est d’évoquer la nature d’une façon très particulière et dépaysante, le personnage principal voit le reflet d’une femme dans un lac et ce spectacle suffit à satisfaire son amour. Autour du lac se passent des événements étranges dont l’acteur principal, un professeur d’humble extraction, tire des leçons de vie. C’est profond, complexe et très exotique.

10. Loin de Chandigarh – Tarun J Tejpal

Edouard.

 

 

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