Les 10 romans graphiques incontournables dans Les lectures d'Edouard cortomaltese1

Le roman graphique est plus qu’une BD et moins qu’un roman.

Il faut davantage d’intelligence pour apprécier un roman qu’une bande dessinée car il faut imaginer ce qu’on ne voit pas. C’est tout à fait basique et ne mérite pas de développement. Le plaisir que l’on ressent à l’examen d’une bande dessinée et d’une autre nature que celui suscité par la lecture d’un roman, la satisfaction intellectuelle y a moins de part que le jugement esthétique. Cela explique  pourquoi les lecteurs de bande dessinée portent des lunettes. On peut être atteint de crétinisme alpin et aimer une bande dessinée, le plaisir esthétique est immédiat et ne procède par d’un raisonnement, ce n’est pas moi qui le dit, c’est Kant. Le Kant erre broc en main car il a très soif.

En revanche, si votre unique neurone frétille du flagelle entre vos deux oreilles, il vous sera plus difficile d’apprécier La recherche de Marcel Prout. Je relis ma phrase précédente, une expression hasardeuse pourrait laisser croire que je confonds la forme du neurone et celle du spermatozoïde. Il s’agit évidemment d’une saillie drolatique. Je mets le doigt sur la blague, c’est moins drôle pour ceux qui l’avait remarqué et d’un intérêt nul pour les autres. Toutefois cela ne relève pas uniquement de la potacherie triviale car moins l’homme dispose de neurones, plus ceux-ci ressemblent à des spermatozoïdes. Cela me permet également de placer « spermatozoïdes » dans ce post, ce qui relancera l’audience du blog plus sûrement que ne l’aurait fait « tracteur » ou « tulipe » mais moins que « gros seins » ou « femmes fessues », la seconde expression est une tautologie.

mauscouv02 dans Les lectures d'Edouard

Ce classement des 10 romans graphiques incontournables est l’occasion d’aborder le sujet du lecteur de bandes dessinées.

L’homme lit des bandes dessinées depuis les grottes de Lascaux. Il peignait alors sur le mur des cavernes des scènes de chasse et de batifolage. C’était le mâle qui crayonnait car il disposait déjà à cette époque d’une aptitude à l’abstraction plus importante que la femelle. La projection mentale a un genre et ce genre porte une paire de couille. La femme se contentait d’éplucher les carottes et parfois maugréait un « Arf » désapprobateur quand son compagnon la représentait avec la peau de bête de tous les jours.

Au moment de l’invention de l’écriture par Robert Charlebois en 457 avant Jésus Christ, l’humanité se divisa en deux. D’un côté les bas du front, sensibles à l’ordre naturel des choses et facilement émus par la beauté, de l’autre les têtes à claques, plus mesurés dans l’expression de leur émotion et portés à l’introspection. Les premiers donnèrent naissance aux lecteurs de bandes dessinées tels qu’on les connaît aujourd’hui. Ils ont moins évolués que les second qui donnèrent naissance à foultitude de grands hommes, notamment Nicolas Sarkozy. Néanmoins être une tête à claques n’est pas une sinécure. Ce matin, j’en ai croisé une dans la prestigieuse maison d’édition où j’occupe d’écrasantes responsabilités et j’ai dû, bien malgré moi, lui asséner quelques tapes sur la joue. J’avoue y avoir pris du plaisir. Les têtes à claques sont les lecteurs de romans. Entre les têtes à claques et les bas du front, on trouve les lecteurs de ce blog et leur honorable serviteur, autrement dit l’élite de ce temps.

moine

C’est un moine bas du front nommé Johnny qui eut le premier l’idée d’associer le mot et l’image, bien avant Paris Match, au tout début du moyen âge. Alors qu’il recopiait sur une peau de chèvre un verset de la bible, il renversa son verre de porto sur le coin du palimpseste, créant ainsi une forme violacée qu’il trouva jolie, naissance de l’enluminure. Toute une lignée de Johnny prit sa suite jusqu’à nos jours. Les détails de l’histoire du roman graphique sont très amusants mais je ne vous les imposerais car des bas du front chers à mon coeur m’ont déclaré cette semaine que mes articles étaient trop longs. J’en suis fort marri mais je tiens compte de leur remarque. Place au classement donc,

1. La ballade de la mer salée – Hugo Pratt

La ballade a deux « l », il s’agit de la geste de Corto Maltese sur les mers orientales et non d’une randonnée pédestre. Et Corto Maltese n’a pas donné son nom aux petites billes chocolatées qui craquent sous la dent. Corto n’est qu’un des nombreux personnages qui peuplent ce fabuleux récit mais sa présence sera suffisamment remarquée pour qu’Hugo Pratt décide d’en faire son personnage fétiche.

2. Maus – Art Spiegelman

Récit de la shoah par un artiste culte, fondateur de la revue Raw. Dans ce récit, les juifs sont des souris et les allemands des chats. Absolument incontournable et objet d’un prix Pulitzer spécial en 1992 ainsi que d’une exposition au musée d’Art Moderne de New York.

3. Persepolis – Marjane Satrapi

Enfance , adolescence , jeunesse en pays Perse par une jeune femme qui a vécu la chute du Shah et la révolution islamiste. D’une dictature à l’autre, pire est la seconde. C’est plein d’humour, de tendresse et parfois de cruauté. Marjane n’est pas le diminutif de Marie-Jeanne, si cela avait été le cas Marjane aurait publié Pays Bigouden. L’auteur aurait pu se dispenser d’en faire un film.

4. Sin City – Franck Miller

J’ai déja parlé de Franck Miller dans ce blog à propos de l’adaptation cinématographique de The Spirit, d’un autre grand nom de de la BD américaine Will Eisner. Sin City a pour sa part fait l’objet des attentions de Rodriguez qui en a fait un film que tout le monde a vu et à tel point fidéle à l’univers de l’oeuvre de Franck Miller qu’il n’est pas indispensable que je m’étende davantage.

5. Black Hole – Charles Burns

J’en ai déja fait la critique dans ce blog.

6. Quartier lointain – Tanigushi

Tanigushi est le dessinateur de manga le plus connu en France, à tel point qu’il publie désormais directement en Europe dans des formats BD classiques. Quartier lointain raconte comment un homme d’âge mûr revit dans son corps d’adolescent une journée particulière de sa jeunesse. C’est poétique, tendre et d’une nostalgie un peu amère mais très émouvante.

7. L’incal – Jodorowsky/Moebius

Ce n’est pas vraiment un roman graphique, plutôt une BD de belle facture. On peut rester insensible au fatras mythologique exposé par Jodorowsky, cela sent sa cueillette de champignon. L’auteur aimait les arts occultes de la divination et il ne craint pas de nous embarquer dans un voyage à l’ésotérisme finalement dépaysant et en tous les cas merveilleusement illustré par Moebius.

8. American Splendor – Harvey Pekar

Il s’agit d’une oeuvre autobiographique. L’auteur était atteint d’un autisme léger et le titre est ironique. Ce roman graphique a fait l’objet d’une adapation cinématogaphique réussie avec Paul Giamatti. Le quotidien banal d’un grand frustré.

9. Watchmen – Alan Moore/Dave Gibbons

Comme cette oeuvre fera très certainement l’objet d’un article lors de la sortie imminente du film qui en a été tiré, je me permets de passer directement à l’oeuvre suivante.

10. En route pour le New Jersey – Peter Bagge

Le New Jersey est l’équivalent américain du Nord Pas de Calais. Voyage au pays des beaufs américains, c’est drôle, cruel et un peu long.

Edouard.

 

5 Réponses à “Les 10 romans graphiques incontournables” Subscribe

  1. Sentenza 26 février 2009 à 11:26 #

    Road to Perdition de Max Allan Collins pouvait peut-être entré dans ton classement à la place de L’incal (qui est définitivement une BD).

  2. Edouard 26 février 2009 à 13:51 #

    C’est le livre dont a été tiré le film avec Tom Hanks ?

  3. Da Laloup 17 décembre 2009 à 4:32 #

    Vous connaissez Fun Home de Alyson Bechdel? Majeur, renversant, émouvant. Roman graphique autobiographique d’une jeune fille élevée par un père autoritaire et étrange dans une maison funéraire.

  4. Anonyme 11 août 2012 à 20:53 #

    Impossible de ne pas déloger un des ces 10 (Watchmen ? Persepolis ? ) pour le remplacer par Perramus, d’Alberto Breccia. Tant graphiquement qu’en terme narratif ou de richesse intellectuelle, il fait pâlir pas mas des livres de cette
    (certes) très bonne sélection.

  5. abdelhamidfenghour 14 juin 2014 à 17:50 #

    merci beaucoup pour ces romans.
    et merci de visiter mon Blog sur le lien:
    http://1blague.blogspot.com/2014/02/blagues-courtes_16.html

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