De l'importance de piquer plutôt que d'être piqué, une piqure à l'hôpital Cochin dans L'humeur d'Edouard H-150x150Dans l’ordre des humains, il y a ceux qui font les piqures et ceux qui sont piqués. Il vaut mieux appartenir à la première catégorie, j’en ai fait la cruelle expérience à l’hôpital Cochin.

Arrivé aux aurores au laboratoire de l’établissement hospitalier, box examen, je fus accueilli par l’infirmière Denise et son sourire de hyène, ce n’est pas vraiment qu’elle était contente de voir un patient et se réjouissait à l’idée de lui trouer la peau, c’est plutôt qu’elle affiche un rictus de plaisir involontaire à tout instant de la journée, elle a la banane collée au visage même quand elle est furibarde et qu’elle aimerait bien dénoyauter popaul.

Sommé de m’asseoir dans un siège de torture, les accoudoirs inclinés à 45° vers le sol et remontés de telle manière que vous ne pouvez pas vous asseoir sans avoir l’air crucifié, je m’exécutais non sans mesurer du regard la fantastique circonférence de l’amie Denise. Avec sa natte serpentine qui s’agitait juste au dessus de ses fesses et sa blouse blanche tendue à faire péter les boutons, elle ressemblait à un sac bourré de matières molles. Pas très appétissant à 8h du matin, que vous n’avez pas petit déjeuner et que vous avez encore en tête les images de votre rêve préféré, un paysage de montagne, une pente parsemée de fleurs jaunes et Ingrid en porte-jarretelles qui descend à toute berzingue en yodlant.

alpsee%20-%20baviere%20-%20allemagne dans L'humeur d'EdouardAprès m’avoir crucifié, elle sembla s’apercevoir d’une erreur dans la procédure et jeta sur moi un regard désapprobateur. L’inspection dura quelques secondes, je tentais de présenter la mine passablement blasée du patient à qui on ne la fait pas mais je commençais à m’inquiéter. Sous mes bras, une humidité de sous bois s’était installée et je priais l’esprit du lieu que l’examen cessât avant que des champignons trouvent le milieu favorable. Finalement avec un soupir elle me demanda de me déshabiller. La requête me parut rapide, je suis certes doté d’un physique avantageux, mon costume De Fursac et mes chaussures Kenzo témoignent de mon aisance matérielle, mais avant que cette doléance ne soit exprimée il faut généralement que je fasse le sacrifice d’un dîner au restaurant et dans mes bons jours d’une glace chez Amorino. J’obtempérais néanmoins mais Denise m’arrêta après la veste, ce que je trouvais absurde, la partie la plus intéressante de mon anatomie n’étant pas mon torse.

Revenu sur l’écarteur, je remontais la manche droite de ma chemise Hugo Boss à boutons de manchettes Mont Blanc, la pauvresse n’avait jamais vu de boutons de manchettes. Je l’autorisais à les toucher et lu dans son regard de la reconnaissance et peut être même de la tendresse. Elle les posa sur la tablette à côté d’elle et saisit mon poignet avec la délicatesse du rhinocéros mâle au moment de la parade nuptial. Elle examina l’intérieur de mon coude, aperçut une grosse veine bien saillante qu’elle caressa de son pouce ridé. Mes veines saillent depuis que je vais au club Med Gym, boulevard Saint Germain. Un abonnement à 2 000€ l’année garantit une promiscuité réduite.

Finalement elle s’empara d’une seringue dont l’aiguille dépassait le double décimètre et la planta au petit bonheur au creux de mon coude. L’aiguille finit par rencontrer une veine microscopique après quelques secondes de recherche approfondie. Je réprimais un mouvement de recul quand Denise sembla vouloir faire rentrer le double décimètre dans le filon. Je restais stoïque et m’imaginais en train de la gifler, de lui arracher la natte avec les dents et enfin de la jeter nue dans la cage des éléphants en chaleur du zoo de Vincennes. A sa question « ça va ? », je répondis « ça va ». Sale conne pathétique, boursouflure de boudin, plantigrade mamellé, orifice puant.

Elle préleva douze bidons d’un litre chacun. A chaque fois qu’elle enfonçait un nouveau tube dans l’ouverture prévue à l’extrémité de la seringue, l’aiguille s’enfouissait encore davantage dans mon bras. Je craignis un moment qu’elle ne m’empale sur l’accoudoir. Enfin elle daigna faire cesser mon supplice. Je n’en menais pas large, j’étais blanc, faible, abandonné, j’aurais donné ma Rolex pour un bout de sucre. Elle rejoignit son bureau, farfouilla dans ses dossiers, lut quelques pages de magazines et finit par pousser un petit « Oh » exaspéré. La Denise avait oublié de me prélever deux flacons.

Elle s’avança vers moi avec un sourire contrit. En riant « Je suis désolée, j’ai oublié les flacons pour les tests thrombotiques, vous venez pour une thrombose et j’oublie l’essentiel ». Que c’est drôle, j’ai vraiment envie de me rouler par terre en agitant la glotte, je l’aurais fait si vous ne m’aviez pas déjà prélevé la moitié de mon sang et si je n’étais pas réduit à l’état d’une larve en costume. Je répondis « Ce n’est pas grave mais visez bien le trou ». Elle me regarda bizarrement et avant que je n’ai pu faire le moindre mouvement elle m’avait de nouveau empalé le bras à l’endroit d’une autre veine invisible à l’œil nu et pompait tranquillement alors que je devenais flasque, mou et incapable de ne rien faire d’autre qu’osciller la tête de bas en haut en geignant. Il est fort probable que je bavais.

Je n’eus pas la force de maintenir le coton  sur les deux puits qu’elles avaient creusé à l’intérieur de mon bras. Je restais quelques minutes hébété tandis que Denise m’éventait et me proposait un Mars. Je ne mange jamais de Mars. Je demandais un verre d’eau et une sucrette, contemplais les 14 éprouvettes remplies de mon sang et versait une larme. Quand je pense qu’il y a des gens qui donnent leur sang sans qu’on leur demande. Je pris mon Vuitton, remis ma veste De Fursac, signais vaguement un formulaire avec mon plume de chez Chanel, négligeais les papiers de remboursements pour la SECU et finis par appeler un taxi pour me rendre au bureau à 500 mètres de là.

Décidemment, il vaut mieux piquer qu’être piqué. La piqure, c’est l’amour à l’envers.

Edouard.

Une réponse à “De l’importance de piquer plutôt que d’être piqué, une piqure à l’hôpital Cochin” Subscribe

  1. Jean-Marc Assin 25 avril 2009 à 21:18 #

    Je viens de finir cette brève, et j’en ai encore la larme à l’oeil. J’ai bien failli me pisser dessus, nom d’une pipe en bois!
    Cet essai m’a d’ailleurs tellement enjouassé, que je projète fermement de l’imprimer pour qu’il soit à la vue de tous, sur le mur de mes toilettes.
    Saches tout de même que mes abdominaux ne te sont pas reconnaissants, tant ils sont encore endoloris par mes spasmes de gausserie.

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