C’est un jour d’Août sur un ponton du port d’Arcachon. Face à la mer, cinq aventuriers  contemplent l’océan. Il y a Aristide, commandant Cousteau amateur de cochonnailles, Agathe, bien décidée à faire sa Claudia contre le bastingage arrière, Marco le métalleux, un cuir jeté sur l’épaule et au fond de la chemise une compile de Britney Spears, Philomène, the perfect girl, la seule qui n’a pas besoin de trois minutes de concentration avant de déterminer si le bateau qui pointe sa voile est à bâbord ou à tribord et enfin moi, Edouard, venu avec une dizaine de bouquins, Voici, et la furieuse envie de me coltiner à l’infini océanographe.

The love boat - Chapitre 1 - Le grand départ dans Les chroniques d'Edouard drole-pigeonJe crois qu’à ce moment de l’aventure, nous avons tous le sourire, j’ai dans la tête une brise marine qui évente mes écoutilles, le bureau est loin, la mouette qui jacasse me rappelle qu’à Paris le pigeon est alcoolique et fume dix paquets de clopes par jour, j’ai une pensée émue pour le volatile obèse qui hante l’esplanade de Notre Dame et ma lèvre se ourle d’un froncement de plaisir, la compassion est d’abord conscience de son propre bonheur. Derrière moi Aristide ahane sous le poids des trois gros sacs d’Agathe, tandis que Marco vérifie qu’il n’a rien oublié, sa valise de bières, son ipod dégorgeant de métal, le blouson frangé, il tâte Britney dans sa poche, tout est là. The perfect girl porte son paquetage, rangement optimisé du duvet, trousse de toilette réduite à l’essentiel, la brosse à dents a été coupée en deux pour alléger le bateau.

Agathe se demande si acheter 50 boîtes de maquereaux pour sept jours de croisière était vraiment une bonne idée, elle aligne ses petits sacs devant elle et n’en revient pas d’en compter une dizaine, il y a le petit sac pour les crèmes hydratantes, le petit sac pour les chapeaux, le petits sac contenant les boîtes de pâté d’Aristide, finalement ce n’est pas si pratique à transporter. Quant à moi, je n’ai pris qu’un maillot de bain et une tenue de cocktail pour le soir. Boire un verre sur le tek d’un yatch, la silhouette découpée dans un soleil couchant et le bronzage comme un aimant à poules est l’un de mes fantasmes, je compte bien le réaliser cette semaine. L’air est chaud, vibrant d’une fièvre d’attente, c’est le départ d’une croisière inoubliable. J’affûte mes tongs, Agathe se tartine le geisha d’écran total, Marco zieute le gigot ficelle qui bronze en cheveux sur la plage, Philomène prend une photo, nous nous avançons sur le ponton. Vers le bateau, vers notre destin.

Le pâté d'Aristide

Il n’y a bien qu’Aristide qui reste un peu en retrait, la soirée de la veille a mis du jaune dans ses pupilles et il a un goût de moules avariées au bord des lèvres. Il prend également la mesure du niveau d’incompétence de ses coéquipiers, les pieds nickelés de la mer, ils n’ont vu la mer que dans les pages de Closer, l’eau est forcément turquoise et peuplée de blondes qui ont un ratio Chair/Os très supérieur à l’unité, en faveur de la viande. L’Atlantique, c’est autre chose, on ne le voit que dans les pages de Régates bretonnes, eau sombre d’un bleu de messe des morts, marins taillés à la serpe, plus d’os que de chair.

789-1 The love boat dans Les chroniques d'Edouard

Cinq minutes plus tard, nous vidons le bateau d’une eau puante provenant d’une réserve qui a explosé à l’avant. Il en faudrait plus pour nous décourager, le bateau est toujours apponté et j’en profite pour faire une petite visite d’une quinzaine de secondes, le navire n’étant pas un yatch mais un petit bolide optimisé pour la course. Je constate que seul le revêtement des banquettes du pont arrière est en tek et j’en éprouve un petit pincement au cœur. Si je veux siroter un cocktail sur du tek, il faudra que je me tienne en équilibre sur une surface de vingt centimètre de largeur. Pourvu que le soleil couchant se couche au bon endroit, je demanderais à Aristide d’orienter le navire au moment souhaité. Il y a beaucoup de cordes un peu partout, de vagues réminiscences de camps scouts empoissent mon neuronique et je vois des nœuds plantée sur une feutrine derrière un verre, nœud coulant, nœud de chaise, nœuds marins. Le navire fait dix mètres de longueur, la cabine semble plutôt grande, il y a de nombreux rangements et n’était-ce une vague odeur d’eau croupie il me semble tout à fait envisageable de dormir sur l’une des deux banquettes bleues.

Au bout d’une heure, nous sommes prêts à partir, il faut réveiller the perfect girl car elle s’est endormie sur son sac et ronfle comme un louveteau après un jeu de nuit. Agathe se réhydrate le derme et dit au revoir à ses parents qui nous ont emmenés au port. Bizarrement ils semblent beaucoup plus inquiets que nous.

Edouard.

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5 Réponses à “The love boat – Chapitre 1 – Le grand départ” Subscribe

  1. Aristide Pouet Pouet 2 septembre 2009 à 12:47 #

    Hey hey !!!!

    « Philippe … je sais ou tu te caches ! »

    Bah dis donc … quelle aventure … et encore on n’a pas encore quitté le port d’Arcachon … j’ai hate de revivre cette croisière épique à travers ces lignes !

    Bisous

    Aristide

  2. Agathe 2 septembre 2009 à 20:07 #

    Comment je prends trop cher ! Je suis morte de rire. Génial, j’attends la suite d’Edouard sous les sunlights du tonnerre…

  3. Philomene 2 septembre 2009 à 22:02 #

    Comme aristide et Agathe, j’ai hâte de revivre nos aventure… Et de revoir l’arrivée de Philippe.

  4. Jean-Marc Assin 3 septembre 2009 à 9:00 #

    Depuis que nous sommes rentrés à terre, je consulte quotidiennement ce blog en frémissant d’impatience de lire cette épopée!! Voilà qui est chose faite, vivement la suite. (c’est quoi cette histoire de Britney Spears?)

  5. Edouard 5 septembre 2009 à 14:57 #

    Désolé Jean Marc, c’est pour le personnage, j’ai hésité longtemps entre Britney et Shakira et puis finalement, j’ai opté pour la première, elle est quand même beaucoup plus classe… Bon alors le prochain épisode, c’est la première nav’ de nuit et l’arrivée de Philippe au clair de lune, grande séquence émotion, j’en ai déja des larmes rien qu’à l’évoquer, à tchupp les aventureux, que vive le Québec et love the boot!

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