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Toujours LA – Bruce Wagner – EEE

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Une star est une personne à laquelle le charisme confère un grand pouvoir d’attraction. L’attraction exercée par une star est gravitationnelle. Elle agit sur les individus de moindre ascendance à la manière d’un pôle. Néanmoins, contrairement à la pesanteur terrestre, la force exercée sur chaque satellite est inversement proportionnelle à leur poids. C’est-à-dire leur charisme. L’attention d’une personne de charisme insignifiant sera davantage captée par une star que celle d’un individu de caractère trempé. Nous parvenons aux limites du positivisme, l’application aveugle des lois de la physique aux mécanismes psychiques conduit à des aberrations. Sauf dans le cas de Secret Story.

Autour d’une star gravitent les hommes selon des orbites variables. Les caractères virils sont éloignés du centre, les falots du ploutocrate ont l’orbite serrée comme un anneau de Saturne. Les humains de fortes couilles ont des trajectoires libres et ne sont pas soumis à l’attraction charismatique. C’est ainsi que Mr Pédoncule flotte dans l’éther aussi étranger aux célébrités de ce monde qu’un bacille dans un clafoutis. C’est à Los Angeles que l’on croise le plus de stars. Los Angeles est une galaxie ou de grosses planètes bien grasses voguent dans l’air brûlant de Californie entraînant autour d’elle de misérables satellites, agents, sosies, touristes allemands et blondes hétaïres. Dans son roman Toujours LA, ce cher Bruce Wagner, fils indigne d’un acteur martial et d’un compositeur bavarois, décrit ce cosmos avec force détails et c’est réjouissant.

 Bruce Wagner

Kit Lightfoot est une star de cinéma, il s’apprête à interpréter un handicapé mental dans le prochain film de Aronofsky, Becca est le sosie de Drew Barrymore et joue les cadavres dans des épisodes de Six Feet Under tandis que Lisanne est la dame de compagnie d’un riche producteur. Les destins de ces trois personnages vont finir par se croiser. C’est l’occasion pour l’auteur de mitonner une savante comédie sur la célébrité. Comme le disait Bouddha en tendant son bol de riz sur les chemins de Compostelle, l’homme ne peut vivre sans reconnaissance. La reconnaissance est un besoin psychologique que l’on satisfait en des lieux privilégiés comme Los Angeles, au même titre que certaines exigences physiologiques sont comblées dans des latrines. Bruce Wagner dévoile un univers de vespasiennes, la valeur d’un homme se mesure à la taille de son ego.

Exister, c’est être vu. C’est cette trompeuse conception de l’identité que l’auteur cherche à illustrer dans son roman. Il le fait avec un humour corrosif. Notamment lorsqu’il dépeint la mode safran qui agite les stars autour de petits hommes chauves en bure rouge.

Alors qu’il nettoyait des bigorneaux sur le port de Saint Malo, le Bouddha eut une illumination. L’homme ne trouve pas la sérénité en suivant la voie de l’ascèse car l’ascèse entraîne la souffrance, il ne la trouve pas non plus sur la voie du lucre car vains sont les plaisirs, il faut donc qu’il y ait une troisième voie. Comme il n’était point con, il l’appela la voie du milieu, c’est celle qu’il faut emprunter pour accéder au bonheur. Dans Toujours LA, les protagonistes font du yoga, se rendent à des conférences du dalaï lama, pratiquent le sexe tantrique et disposent de chakras qui s’ouvrent et de karmas mûrissant, l’engouement hollywoodien pour le bonze est décrit par l’auteur avec une délectation particulière. Jusqu’à cette scène hallucinante qui voit Keanu Reeves couler un bonze au cours d’une soirée où le calfeutrage des orifices naturels à l’aide de substances ou objets divers est élevé au rang de pratique culturelle. Bruce Wagner ironise. A Hollywood, prendre la voie du milieu n’est clairement pas une option. Choisir la voie du milieu, c’est se maintenir loin des excès, ne plus être visible et finalement renoncer à son ego. Impossible pour un acteur. Même pour Richard Gere. Cela me rappelle la propale théâtre de Septembre 2008. EEE.

Edouard.

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