Propale théâtre Octobre 2009 dans Propales theatre people-jean-sarkozy-2640858_1350 

Le parisien remonte à la plus haute antiquité, peut être même au jurassique.

Le témoignage de Demis Roussos, unique survivant des premiers hominidés, nous le montre se pavanant dans les grottes de Lascaux le menton glabre et la mâchoire si peu prognathe que ses facétieux congénères le prenaient pour Nana Mouskouri. Sa ressemblance avec une chanteuse grecque ne l’empêchait pas de susciter l’émerveillement de l’autre sexe qui aimait caresser ses mandibules exemptes de poils. Il se distinguait également du reste de la horde par une attitude hautaine et un mépris affiché pour les activités manuelles. Non qu’il fût un intellectuel, l’intelligence n’existait pas à l’époque, elle fut inventée par un vieux barbon à gros pif des siècles plus tard, mais il était atteint d’acédie, forme particulièrement vicieuse de paresse qui fait croire à celui qui en est frappé que rien ne vaut la peine que l’on se turlupine les deltoïdes fessiers. Il restait la plupart du temps assis à regarder les femelles s’échiner à gratter de vieilles peaux de bêtes. Quand la virilité tenace de son caractère échauffait sa gaule, il offrait une carotte à la guenon la plus proche et partait assurer la reproduction de l’espèce derrière un rocher. Le parisien est élégant.

carotte dans Propales theatre

Des siècles plus tard, on retrouve la trace du parisien sur les murs de Pompéi et dans les fresques des villas romaines du Capitole. Ces représentations approximatives rendent compte de la place qu’occupait le parisien dans la vie sociale de la cité. Dans le forum, sur la gauche, généralement aux pieds d’un pilier d’allure corinthienne. Là, il palabrait en latin et comptait fleurette à des donzelles fort peu matriarcales. En effet, le parisien aime parler, pour lui l’intelligence est d’abord expression. Son manque cruel d’esprit est compensé par des largesses jaculatoires qu’il agrémente au gré de ses humeurs de saillies drolatiques ou de considérations mélancoliques. Son discours permet de mieux comprendre pourquoi ce sont ceux qui ont le moins d’esprit qui en font le plus. Dans les manuels d’histoire, on rapproche généralement le parisien des cyniques, dont le chef de file, Diogène, vivait dans un tonneau.

Au XVIIIème siècle, le parisien émigre en France, chassé des pays germaniques par la langue allemande et des pays méditerranéen par le sacré. Le parisien est superficiel par nature et n’aime rien moins que batifoler dans les dentelles en susurrant des mots doux à sa mie. Rien d’étonnant à ce que la langue des wisigoths, toute hérissée de sonorités gutturales et ne servant qu’à l’énonciation de grands concepts philosophiques l’ait fait fuir. Encore moins surprenant est son dégoût pour l’Italie et sa foule de mystiques en guenille qui se fouette l’échine en récitant des rosaires. La métaphysique du parisien se réduit à un goût très sûr pour les vêtements et les macarons Ladurée. Ce qui suffit à faire de lui le parangon de toutes les modes en France, pays de cocagne pour les penseurs de rien qui pensent comme tout le monde, mais avant tout le monde. De nos jours, nous avons Michel Onfray.

Après la révolution, le parisien se concentre à Paris où son influence tend à décroître au cours du XIXème siècle. C’est le temps des grandes conquêtes napoléoniennes et de l’essor de l’industrie lourde. L’homme a soif de progrès et son esprit est accaparé par de grands rêves et des passions romantiques qui s’accommodent mal avec la mignardise et l’élégance gratuite du parisien.

Fort heureusement arrive la fin du vingtième siècle, le parisien retrouve son aura d’autrefois. L’époque n’aime guère les pensées profondes, on préfère ratisser les glands semés par le grand chêne, le parisien les ramasse dans son petite panier, les distille pour en faire un vitriol bien sucré et finit par servir son nectar sur les plateaux de télévision. Il dit les grands mots avec onction et se pourlèche les babines en tirant sur l’ambulance. Le parisien ne prend jamais de risque. Comme il est toujours le maître des élégances, il règne dans le cœur des midinettes. Avec quelques poils en plus sur le menton mais une chemise blanche ouverte sur un torse lisse. Le parisien est la mode, l’esprit, la fête de ce temps. Il est aussi un peu triste. Parfois il se retourne, contemple son œuvre, ne voit rien qu’un désert alors il soupire et va à la soirée Muco du Baron pour oublier qu’il va mourir.

Le parisien va aussi au théâtre car le parisien ne peut pas vivre seul, c’est un animal social, il ne peut pas vivre sans le regard des autres.

Ce mois d’Octobre, il ira voir :

La serva amorosa – Goldoni

Théâtre Hébertot – Jeudi 22 Octobre – Entre 20 et 25€

Comedia del arte avec Clémentine Célarié et Robert Hirsch, c’est le must de cette saison. Encensée par la critique et les spectateurs, on rit du début à la fin. Robert Hirsch est impérial. Claire Nadeau dans le rôle de l’épouse acariâtre est irrésistible. L’histoire est celle d’Ottavio, riche et vieux à crever, dont la nouvelle femme veut s’accaparer l’héritage. Elle doit pour cela rejeter le fils qu’Ottavio a eu d’un premier lit. Mais une servante au grand coeur s’en mêle et tout ne se passe pas comme prévu.

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L’avare – Molière

Comédie française – Jeudi 29 (ou reporté en Janvier) – 17€

Il y aura certainement un spectacle de remplacement car la pièce est complète jusqu’en Janvier. Peut être Mother Fucker de Florence Foresti ou une pîèce de Pierre Notte au théâtre des Déchargeurs, je préviendrais les intéressés.

Pour les deux dates, réponse avant le mardi 13 svp.

Edouard.

2 Réponses à “Propale théâtre Octobre 2009” Subscribe

  1. caroline 12 octobre 2009 à 10:31 #

    si t’as un plan pour trouver des places pour Mother Fucker a Paris je veux bien que tu me le donnes car il y a une semaine tout était deja complet il me semble…

  2. Edouard 12 octobre 2009 à 11:02 #

    Merci de l’info, ce sera donc une pièce de Pierre Notte au théâtre des Déchargeurs… « J’existe (Foutez moi la paix) » et « Moi aussi, je suis Catherine Deneuve » repassent à l’occasion d’une rétrospective, je conseille vivement ces deux pièces exceptionnelles !!

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