Dernières avant Vegas - Audrey Lamy - Théâtre Le Temple - EEEE dans Les sorties d'Edouard sp_29467_g

La fausse blonde est drôle. Elle est constituée de deux jambes fines, d’une paire de loches et d’un sac en papier ZARA. Le tout est serré dans un blouson de cuir noir. L’activité principale de la fausse blonde est la flânerie. Elle flâne dans les rues, elle flâne au travail, elle flâne dans la vie. Quand elle ne flâne pas, la fausse blonde veut qu’on l’admire alors elle se pose sur un trottoir, au bord d’une table ou sur une scène et elle attend le public en bougeant doucement les cheveux.

Souvent elle incline la tête sur le côté, vous regarde droit dans les yeux et finit par froncer les lèvres en un petit rire cristallin. Certains se laissent prendre et croient que la fausse blonde cherche à les séduire, il n’en est rien. La fausse blonde est comme cela, elle étire langoureusement son bras rond sous votre nez, susurre deux mots doux comme on suce une friandise, se contemple dans vos pupilles humides et finit par se lever en suivant une courbe chaloupée. Vous la regardez s’éloigner avec un petit pincement au cœur, vous aimeriez qu’elle se retourne mais elle est indifférente comme le chat quand il a eu sa pitance.

fausse_blonde_star_image_sousdossier_portrait dans Les sorties d'EdouardLa fausse blonde n’a pas toujours été blonde et fausse. A l’époque jurassique, la fausse blonde était brune et dotée d’un vilain museau prognathe. Son petit rire cristallin avait des accents gutturaux qui éloignaient les chauves souris. C’est pourquoi la horde plaçait toujours une fausse blonde à l’entrée de la grotte. Même si ses cheveux ressemblaient à du crin de bourrin, elle les agitait déjà afin de leur donner ce mouvement si caractéristique que des siècles de labeurs ont porté à la perfection dans les publicités L’Oréal. Néanmoins, la mobilité capillaire de la fausse blonde était alors réduite par le poids et la crasse et il ne valait mieux pas se trouver derrière un spécimen lorsqu’elle secouait la tête, vous pouviez être assommé. Avec son rire de hyène et son casque à poils, la fausse blonde n’était pas très appréciée des premiers hominidés. Elle était souvent seule. Pour s’occuper, elle partait faire de longues randonnées. Quand elle croisait un gnou, l’animal prenait peur et elle se sentait triste. Pour vaincre sa mélancolie, elle mangeait beaucoup, notamment du jarret de porc.

A force de langueur, de graisse et de longues balades solitaires, la fausse blonde acquit des formes voluptueuses, le goût de la flânerie et l’habitude de l’introspection. Introspection qui la menait à ne penser à rien, à fixer son regard sur un objet sans le voir, l’esprit aussi peu disposé à saisir le réel qu’une endive à sauter dans la poêle. Sous l’action du soleil, ses poils crâniens devinrent jaunes et sec. Apparition de la fausse blonde.

Avec le temps, le rire des fausses blondes perdit son caractère abrupt et elles purent regagner l’intérieur de la grotte. Là les hommes commencèrent à remarquer ces femelles mystérieuses dont le regard étrange leur semblait receler d’inavouables secrets. Le confort de leur croupe finit de les convaincre. C’est ainsi que les fausses blonde prirent l’ascendant sur les hommes.

Le spectacle d’Audrey Lamy permet de vérifier que le crâne d’une fausse blonde peut être occupé par un cerveau, il n’y a pas incompatibilité de nature entre la fausse blondeur et l’encéphale. C’est une découverte majeure que l’on peut éprouver chaque soir au théâtre Le Temple.

Audrey Lamy est jolie, spirituelle, excellente comédienne. Son spectacle est un enchantement. Passés les deux premiers sketchs qui sont médiocres, elle enchaîne les numéros grandioses en interprétant différentes personnalités toutes plus barrées les unes que les autres. Le point d’orgue est la parodie hilarante d’un téléfilm catastrophe où elle joue une héroïne qui s’adresse au président américain. Je n’ai jamais autant ri à un spectacle comique. Plus que pour Laurent Lafitte, plus que pour Le partage de midi à la comédie française, pourtant poilade mémorable. Sa poêle à Brad restera également dans les annales.

Je n’ai qu’une envie, y retourner. A recommander très chaleureusement. Audrey, je t’aime. EEEE.

Edouard.

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