The love boat - Chapitre 4 - Premier round dans Les chroniques d'Edouard 4-voilier-frederic-espinosC’est le matin, le soleil est déjà haut sur la mer. Depuis que nous avons pris la décision de continuer notre route jusqu’à La Rochelle, le vaisseau du bonheur est pris d’une frénésie d’enfance. C’est la grande régression. J’ai emporté avec moi toute la littérature mondiale, je n’ai pas le courage de faire semblant de lire, je reste assis sans bouger, la tête tournée vers le soleil. Je contemple l’azur et j’ai l’esprit aussi vide qu’une noisette vérolée. The perfect girl a fait tomber le masque, elle lit un article consacré aux camps naturistes dans VSD et se gratte la plante des pieds avec un couteau du petit déjeuner. Malgré les lames écumantes contre la coque, c’est la seule à avoir pioncé toute la nuit. La lèvre tordue s’égouttant sur un ciré de fortune, elle a traversé l’enfer aussi imperturbable qu’une vache normande. Je jalouse son indifférence, je voudrais être aussi insensible mais l’hostilité naturelle des éléments me rappelle sans cesse que l’homme est fait pour vivre dans un loft du sixième, le cul dans une chaise dessinée par Stark et la tête coincée dans un Pioneer débitant du Beethoven à toute berzingue.

Les autres ont abandonné toute dignité humaine, Marco écoute du Lady Gaga à l’arrière tandis qu’Agathe se trémousse sur le pont en scandant « Disco Caca, Disco Caca ». Le saint siège n’est plus à Rome, il est derrière un battant de bois, dans la cabine, sa proximité ne le rend pas plus accessible et chacun rêve d’obtenir une audience qui ne soit pas soldée par un renvoi sec. Le capitaine Fracasse a l’air fracassé, il a des bouloches sur son bonnet et ça me fait penser à une pub avec Christine Bravo. La fine équipe s’amuse.

Le soleil brille, je ne me protège pas la peau, je suis un fervent partisan de l’héliothérapie, suffit de rester deux plombes sous le cagnard pour soigner n’importe quoi. C’était la maxime de Tata Michette, la pauvre est morte sous un camion en sortant d’une clinique huppée de la côte. Le camion transportait des moules. M’étonnerait pas qu’elle ait voulu se faire retendre le parchemin, avec le temps elle avait pris une couleur verte pas très naturelle, elle ressemblait à une compression de César trempé dans un bain de Mirror. C’est bon d’être bête, je regarde les autres et m’aperçois que je les aime, j’en ai le cœur tout remué. C’est la digestion qui me rend sentimental. Un jour j’écrirais un livre sur les rapports entre l’intensité des sentiments et la consistance de nos selles.

Mon regard flotte au dessus des eaux sombres. Au loin, je distingue les mâts d’une dizaine de petits bateaux. On doit approcher d’une zone de pêche. Alors que je m’apprête à descendre en cabine pour déguster une tranche de pâté en catimini, un éclair à la surface de l’océan attire mon attention. Je fais le point, c’est-à-dire que j’ouvre l’œil gauche et manque de tomber dans la flotte en reconnaissant ma poiscaille. C’est Philippe, le roi des thons, la reine des maquereaux qui vient me titiller en pleine journée. Il a du nous suivre pour me narguer. Il saute au dessus de l’eau comme un putain de poisson volant. Je regrette de ne pas avoir pris une carabine, l’aurais dégommé comme un plateau de ball trap, lui et tous ses frères et sœurs. Ca se prend pour un dauphin et c’est pas plus gros qu’une pine d’éléphanteau.

ysnwfm2q The love boat dans Les chroniques d'EdouardHeureusement Marco s’est emparé d’une ligne qui traînait en fond de cale et fait mine d’accrocher des hameçons le long du fil. Ce type est mon héros, il a dû se taper tous les épisodes de Koh Lanta pour en savoir autant sur la pêche. Evidemment, je préférerais un combat à armes égales, moi contre Philippe, pas d’arme, écailles contre derme mais je me rappelle que je suis capitaliste et que j’en ai ma claque des droits de l’homme, surtout quand l’homme est un poisson. Je veux juste voir les tripes de cette foutue sardine. Marco, le capitaine America et moi faisons bloc à l’arrière, dissimulant aux filles nos activités guerrières, c’est le commando de la mort et c’est pas pour les tapettes.

On va lui marave la tronche à ce poulpe, j’en ai des bouffées de banlieue. D’abord laisser traîner la ligne derrière le bateau, ensuite attirer la proie en singeant l’indifférence, enfin attendre. J’ai les nerfs qui vont tomber. Marco monte le son de Lady Gaga, ça va saigner du piscicole.

Agathe et Philomène ne soupçonnent rien. Elles profitent de la journée et papotent comme si le monde continuait de tourner alors que depuis cinq minutes il s’est totalement immobilisé. Il est là, le sens de nos vies, entre le commando, Philippe et une ligne de pêche à la traîne.

Edouard.

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2 Réponses à “The love boat – Chapitre 4 – Premier round” Subscribe

  1. Jean-Marc Assin 8 novembre 2009 à 19:57 #

    Philiiiiiiiiipe, au prochain épisode, tes entrailles se répandront sur le pont et tes spasmes ne seront qu’une manifestation de nos instincts bélliqueux! A mort !!

  2. Aristide Pouet Pouet 9 novembre 2009 à 11:32 #

    … je sais ou tu te caches !
    Moi … le Philippe j’y touche pas … mais Marco … vas y … vas y … eclate lui la tronche à coups de manivelle de winch ….
    Parce qu’un Philippe éclaté c’est un Philippe qui a réussi.

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