Une maison de poupée - Braunschweig - Théâtre de la Colline - 0 dans Les sorties d'Edouard 0.11739500%201258031141-thumb

Une maison de poupée au théâtre de la Colline est un spectacle formidable. Quand les lumières se rallument, on renoue ses lacets, on étire son bras ankylosé et on sourit au gentil voisin dont la rumeur intestinale a détourné notre attention de la scène. On voudrait le remercier. La pièce d’Ibsen montée par Braunschweig décimerait des générations entières de lycéens si l’ennui avait été mortel. Fort heureusement pour le brave metteur en scène alsacien, l’ennui suscité par le spectacle est supporté avec stoïcisme par les constitutions vigoureuses du jeune public, il n’en va pas de même pour le corps professoral qui sort de la salle avec des yeux de lapins. Le théâtre de la place Gambetta peut néanmoins compter sur l’affection que portent les enseignants barbus à Télérama.

Dans un décor en blanc et gris, une femme prend conscience de la domination masculine et finit par quitter son mari et ses enfants déguisée en camionneuse. Le message est d’une subtilité navrante, je crains que les plus obtus d’entre nous n’aient pas saisi la finesse et l’urgence de l’analyse. La femme est un homme comme les autres, peut être même plus que les autres. Le metteur en scène enferme ses personnages dans des lignes d’une rectitude toute monacale qui évoquent la rigidité morale du pauvre mari. C’est un poncif de la scénographie contemporaine que de confondre géométrie et philosophie, pour suggérer une réflexion conceptuelle où l’argument est un monde et l’enseignement universel, rien de tel que des décors austères ou la moindre courbe est une droite. En revanche, les honnêtes artisans qui font œuvre de divertissement dans les cloaques populaires des grandes avenues sont plus adeptes de l’arrondi. Inutile d’ajouter qu’à la Colline, il est rare que les éléments du décor ne puissent pas s’empiler. Au boulevard, un théâtre de l’arrondi, aux institutions subventionnées, un théâtre de la ligne droite.

Toujours dans le souci de dispenser un propos aux résonnances universelles, la couleur principale choisie par Braunschweig est le blanc, ce qui explique les yeux de lapins. Pour donner un peu de gaieté à l’ensemble, du gris recouvre les murs. Les comédiens sont à l’unisson, ils ont un jeu grisâtre. A l’exception notable de l’héroïne qui joue bien et connaît son texte. Le mari Torvald a l’intonation d’une personne qu’on aimerait voir écrasée par un cinq tonnes. Il suscite autant d’émotion qu’un élève de troisième récitant du Molière. Il a en outre la déplorable habitude d’ajouter à la fin de chaque réplique un petit mot comme un toc verbal « Nora, je t’aime, là », « Où donc est passé mon pardessus, là » « Qu’est ce qui m’arrive, là », on a envie de se lever, de saisir une brique dans son sac et de la lui lancer à la figure. La comédienne qui interprète l’amie de l’héroïne est atone, il faudrait la brancher à quelques électrodes et appuyer sur le bouton.

L’enjeu dramatique de l’histoire est nul. Toute intrigue doit se nouer autour d’un événement suffisamment bouleversant pour susciter l’empathie ou l’aversion du spectateur. C’est la règle de la tragédie classique. Le problème est que cet événement paraît anodin dans la mise en scène de Braunschweig. On ne comprend pas pourquoi les personnages réagissent avec autant de violence face à une broutille. Que Nora ait falsifié la signature du garant de l’emprunt qu’elle a contracté ne nous semble pas un crime alors que cela dénote un vice odieux sous la direction du metteur en scène. Sans doute faut-il y voir l’incident déterminant d’une psychanalyse menant Nora vers la reconnaissance de son avilissement mais cela est mal suggéré et le spectateur ne comprend pas l’attitude des personnages.

Si la mise en scène de remplit pas son rôle d’explicitation du texte, elle ne convainc pas non plus dans son rôle d’agrémentation. La monotonie des échanges verbeux n’est jamais rompue et l’ennui s’installe dès la première conversation entre les deux personnages féminins, coincés dans des chaises sur un côté de la scène.

Enfin le féminisme de l’œuvre paraît daté et curieusement ringard. Le dernier acte est un long manifeste sans doute révolutionnaire à la fin du XIXième siècle mais aujourd’hui complètement dépassé.

0, sans rancune.

Edouard.

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