Propale théologique

Propale théâtre - Décembre 2009 dans Propales theatre cloclo_idole

Saviez vous que l’icône se distingue de l’idole par la façon non visible qu’elle a de suggérer le divin ? Quand l’idole est toute entière connue de par le fait même qu’elle est regardée, l’icône n’insuffle au visible qu’une forme primordiale dont sourd l’invisible. Saint Paul disait que le Christ était l’icône du Dieu invisible. C’est ainsi que la contemplation d’une icône renvoie moins au jugement esthétique qu’au sentiment religieux. Au contraire de l’idole.

Néanmoins, encore aujourd’hui, lorsque le visiteur parcourt les allées du Musée du Quai Branly, il peut être frappé par l’intention que le sculpteur a donné au totem idolâtrique car l’idole reste porteuse de l’image d’un Dieu même si cette divinité est entièrement circonscrite au visible et comme dépendante du regard. L’idole n’atteint au sacré que si elle est comprise dans la mire des hommes. Ce qui explique également pourquoi la forme de l’idole est essentiellement polysémique, c’est-à-dire qu’elle représente un Dieu différent pour toutes les personnes qui la contemplent. Si l’idole atteste le divin tout en le limitant à une inclination de l’homme, l’icône, à l’inverse, témoigne du divin en s’offrant d’emblée comme la résurgence sensible de l’invisible, là où la vision crée l’idole, c’est bien l’icône qui provoque la vision. On peut voir cette différence d’une autre manière, peut être plus claire encore, l’idole est un point de convergence, une cible transformée en Dieu par la volonté des hommes tandis que l’icône est un point de divergence, une source d’où rejaillit l’idée de Dieu.

L’usage familier que l’on fait des termes « idole » et « icône » illustre de façon assez juste ces remarques d’ordre théologique, on dit de Johnny qu’il était l’idole des jeunes tandis qu’on dirait plutôt de Catherine Deneuve qu’elle est une icône. Le contour du Johnny ne suggère pas autre chose qu’un Johnny, il est tout entier compréhensible dans sa forme visible, quand il mourra, le divin exalté par Johnny mourra avec lui. Quand Catherine Deneuve mourra, une autre actrice sublime continuera à inspirer un sentiment semblable et sans doute un peu confus où la beauté, le mystère et l’étrangeté d’une photogénie remarquable ont leur part. La forme visible de Catherine ne suffit pas à contenir le divin qu’elle suscite.

jeanloup-sieff-catherine-deneuve-1969 dans Propales theatre

J’en discutais ce midi avec Mr Pédoncule, conducteur de chars au colisée, et nous avons finalement convenu que Pamela Anderson était une icône et même une grosse icône. Ces propos de cantine venaient conclure une discussion houleuse au sujet de la propale de Décembre, mon honorable ami me reprochant de n’avoir pas encore publié celle-ci sur le blog. L’art offre souvent des idoles à notre adoration, les arts plastiques aussi bien que les arts dramatiques. C’est pourquoi l’église a longtemps combattu le théâtre de peur que les âmes sensibles ne vouent un culte à des manifestations humaines et donc mystifiantes. Mr Pédoncule soutenait que le théâtre aujourd’hui avait des prétentions iconiques et que cela s’exprimait principalement dans le minimalisme et le goût des décors géométriques. Mr Pédoncule voit de la religion partout. Je voulais simplement qu’il me passe le pot de moutarde. Ce malentendu trouva sa conclusion habituelle, Mr Pédoncule rejoignit Georgette à la buvette boulevard Montparnasse pour se plaindre de mon inaltérable scepticisme et je l’accompagnais pour ne pas être seul, mon célibat du moment handicapant de façon tragique ma vie sociale.

Le mois de Décembre est le mois de l’Avent, c’est un mois ou l’on prépare les fêtes, où l’humidité et le froid font se racornir nos pieds dans le cuir de nos chaussures Manfield. C’est une période étrange ou l’attente des bonheurs calendaires et obligatoires rend l’existence fébrile. Je voudrais être à Noël, je voudrais que Marie Chantal m’offre une paire de chaussettes et un livre dédicacé par Finkielkraut, je voudrais que les gens méchants meurent d’apoplexie en se repentant du mal qu’ils ont commis, je voudrais ne pas avoir la grippe A et pouvoir dire à la fille dont je suis amoureux : « Non, rien de rien, je ne regrette rien ». Je voudrais aller au théâtre et dans mon petit cœur transi éclos enfin une grande certitude, une joie que je veux partager avec vous : ce vœu sera réalisé, peut être le seul de ma liste et je vais vous dire comment : 

La petite Catherine de Heilbronn – Kleist

Théâtre de l’Odéon – Samedi 19 – 14€

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J’avais déja proposé ce spectacle l’année dernière (suivez le lien). Faute de place, nous n’avions pu nous y rendre. Sublime d’après tous les critiques. Et d’un auteur allemand qui faisait l’admiration de Stefan Zweig qui lui consacra une biographie (voir la liste des 10 biographies qu’il faut lire).

Alex Lutz

Le Point-Virgule – Jeudi 17 – 14€

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Il faisait parti de la propale de Novembre mais j’ai dû reporter ce spectacle. Je ne prends pas de réservation, merci. Mais je vous le conseille.

Edouard.

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