La solitude des peintes - La Bohémienne - Frans Hals dans La solitude des peintes bohemienne-267x300Monsieur, madame,

Je suis comme qui dirait à la recherche d’un époux. Chais bien que chu pas une beauté descendue des cieux mais chu dure à la tâche et l’curé qui passait l’aut’jour dans mon cabanon m’a dit que j’étais bien aussi féconde que la poularde du père Dédé qui pond sa douzaine tous les jours. Et pis chu bien tournée. Tous les bonshommes du pays, y m’zieutent les hémisphères quand j’me penche pour taper mon linge. J’me marierai bien avec un de ces gars lô mais j’veux pas faire de jaloux  et pour tout vous dire, j’les trouve un peu vulgaires. Ils n’en veulent qu’à mes melons. Chu pas  farouche mais faudrait ben voir qu’y a des filles qu’ont perdue leur réputation depuis qu’elles se sont fait tripoter à tout va. Moi j’veux quand même que l’type, y soit un peu propre et qu’y pense pas qu’à faire son marché avec mon panier et mes melons.

Lundi dernier, alors que j’gardais les vaches de la mère Michèle, j’ai senti comme une grande paix autour de moi. Bon Marguerite avait encore bousé sur mon ouvrage mais c’est pas ça que j’veux dire. J’ai levé la tête et j’ai vu dans le ciel de grands oiseaux noirs qui tournaient en craquetant autour de moi. Le ciel était aussi gris que la chemise de Fernand quand il revient de la ville. J’ai eu peur tout à coup que les bestiaux foncent sur moi et m’dénoyautent les pupilles. Ma mémé m’avait raconté un jour que les corbeaux aiment les yeux des humains et que pour conjurer le mauvais sort il fallait se mettre debout, écarter les pylônes, se pencher jusqu’à ce que la tête soit entre les deux cagneux et crier, vociférer des mots horribles et sabbateux que seuls les mémés peuvent transmettre à leur petiotes au coin du feu.

J’étais dans cette position, essayant de faire fuir les affreux volatiles, quand je senti un regard se poser sur ma croupe et lorgner mon jupon. Ce genre d’oiseaux là, pas besoin de formules de sorcières pour les faire déguerpir. Je me redressais brutalement et bien à l’aise sur mes ergots, je me mis à invectiver l’intrus qui passait dans le chemin creux. C’était un homme bien mis qui traînait derrière lui tout un attirail bizarre. Le type, qui pensait peut être que je le bondieusais, leva son chapeau et me demanda si j’avais besoin d’aide pour faire s’éloigner les bêtes à plumes. Je fus sur le cul, rien qu’à entendre sa douce mélopée. Faut dire que j’étais pas habituée à tant d’attention. Evidemment je refusais car je suis bonne fille et qu’on avait pas gardé les cochons ensemble. Je les avais gardé avec le petit René qui s’est fait encorné la turbulette par un grand bouc. Depuis on l’appelle « chapon » au village et c’est pas très gentil mais j’ai dû refuser sa demande d’union maritale. Le bougre insista et se présenta comme un barbouilleur de première qui venait peindre les tulipes de sa jolie Hollande. Frans Hals qu’y s’appelait. Il voulait me peindre car il me trouvait typique. Chu pas sur que c’était un compliment mais j’fus quand même flattée car c’est pas tous les jours qu’on vous dessine le portrait. J’me suis fait belle, j’ai sorti la belle robe qui met en valeur mes loches. Pis j’ai souris tant que j’ai pu. Y’a pas à dire, c’est un métier de poser. A la fin j’avais des crampes dans la mâchoire.

J’vous envoie le portrait. Chu pas belle, dites ? Appétissante et bien gironde, ça déborde un peu du corsage mais j’vous jure que c’est de l’honnête chair bien fraîche qu’a encore pas bien servie. Si vous pouviez m’aider à trouver mon homme, j’vous en serais ben reconnaissante et j’vous enverrais de gros jambons bien roses quand on tuera le cochon.

Bien sur, faudrait qu’y soit bien viril avec de grosses mains de travailleurs qui rechignent pas à la tâche. Pas besoin qu’il soit beau comme un mouflet de la ville. Mais bon, s’il pouvait ne pas avoir de dents pourries, ce serait mieux. Pacqu’un râtelier qui s’débine, c’est quand même pas la fraîche rosée tous les matins, si vous voyez ce que je veux dire.

Allez, madame, monsieur, j’compte sur votre aimable assistance et j’vous souhaite que Dieu vous garde,

Margot.

Edouard.

2 Réponses à “La solitude des peintes – La Bohémienne – Frans Hals” Subscribe

  1. Philomene 6 décembre 2009 à 17:39 #

    Une nouvelle rubrique dans ce blog ?
    Merci edouard !

  2. Loïc 6 décembre 2009 à 20:50 #

    Je vais peut-être passer pour un imbécile mais je ne comprends pas le titre de la rubrique (mais c’est vrai que je ne m’intéresse pas à la peinture).
    Ou il manque un r à « peintres » ou un jeu de mots m’échappe ou que sais-je encore…

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