Propale théâtre - Janvier 2010 dans Propales theatre 20070119220533_bretagne-83

Dans son livre bien connu consacré à la digestion des petits sablés par les marins bretons, Gwenaël de Kervadec pose la question cruciale du tamisage de la farine avant toute préparation de gâteaux secs. Non sans courage, il revendique l’opinion très controversée du refus de tamis. Dans une phrase restée fameuse, il proclame « Le tamis, non. Le chouchen, oui ». Plus loin, il ajoute : « L’estomac du marin breton est si solidement accroché à son œsophage qu’un navigateur de Paimpol peut engloutir sans sourciller trois kg de pâté et danser le guilledou sans que son haleine en soit compromise », les exégètes cherchent encore le rapport. Il faut néanmoins souligner que les contemporains de Gwenaël évoquent à son endroit un souffle de forge capable de brûler toute espèce vivante, on raconte ainsi qu’il lui suffisait de respirer dans une pièce pour l’en délivrer des mouches les plus replètes. On peut donc légitiment émettre un doute quant à son expertise en matière d’haleine.

Le marin breton est d’abord breton, il a les joues rouges, la peau en carton, tète le goulot depuis l’âge de sept ans et porte un pull de grosse laine en toutes saisons, l’été est rarement différent de l’hiver en Bretagne. Souvent son teint agricole s’agrémente d’un pif en forme de pomme de terre, tournure patatoïde qui suggère un génotype douteux, les nuits sont fraîches sur la côte sauvage et le marin breton ne mésestime pas la chaleur complice des lits de sa couvée. La femme porte un jupon pour se différencier de son mari. Quand elle ne vide pas un poisson mort, elle fait des galettes, crochète un bonnet ou regarde la mer par la fenêtre, c’est une femme d’intérieur. En général, la famille élève des porcs et cultive des artichauts.

Le dimanche, les enfants dont le handicap mental n’a pas diminué le juvénile entrain, marchent en procession jusqu’à des empilements de pierres perdus dans la lande. Là ils s’amusent à décapiter des chèvres et se livrent à de joyeux rites druidiques. A l’âge de sept ans, ils fondent un foyer et quittent la chaumière parentale.

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La culture en pays bigouden ne se résume pas à Olivier de Kersauson et à des coiffures en dentelles qui font des cheminées sur la tête des femmes. Il ne faut pas oublier le chouchen et l’harmonica. Le soir, il est courant de croiser à Brest, de pâles bretons au caban de fortune, un litron de chouchen valsant contre leur taille et entre les lèvres, un mince éclair d’argent qui danse. S’ils vous disent Kenavo, vous pouvez être assuré qu’il ne s’agit pas de parisiens en vacances. En revanche, s’il vous demande « Où est la station de métro la plus proche, connard ? », il est fort probable que le lascar habite boulevard Montparnasse, son exquise politesse dénonçant un usage régulier des transports parisiens.

Je profite de cette précision concernant la place du chouchen dans la culture bretonne pour m’élever contre l’odieux adage qui stipule « Les bretons, c’est tous des cons ». Outre la grossière faute de français qui la défigure, cette maxime ne rend pas justice à la vérité d’un peuple qui n’est pas con, simplement bourré. Le breton est pété comme un coing du matin au soir. En cela, il fait preuve d’intelligence car son état d’enivrement lui permet d’oublier la faiblesse de son entendement, car si le breton n’est pas con, il n’est pas non plus une lumière.

D’autant qu’il a donné naissance à de grands hommes de théâtre. Notamment Shakespeare.

(Où le lecteur assidu de ce blog comprend qu’il n’est pas toujours facile d’écrire une propale théâtre tous les mois sans tirer mémé par les cheveux. Je m’excuse auprès d’eux et les remercie chaleureusement d’avoir poursuivi la lecture de ce préambule jusqu’ici, je leur embrasse le téton droit et rappelle qu’ils ont dans mon cœur une place d’anchois)

Voici venu le temps de rappeler au monde que l’Angleterre est la grande Bretagne. Le bon peuple anglais est issu d’une mutation du gène breton et le grand auteur ne fait pas exception à cette règle. Shakespeare est né d’une vache bretonne qu’un trader américain en villégiature à Strafford aurait fécondée par mégarde un soir de cuite au chouchen. Il a écrit des chefs d’œuvre inégalables, à peine moins bouleversants qu’un drame de Florian Zeller au théâtre des Champs Elysées.

Je vous propose ce mois-ci de venir découvrir une pièce de Shakespeare revisitée à la mode de Bretagne, c’est frais, vivifiant et ça fait rire. Je précise au pointilleux du synaptique qu’il s’agit d’une adaptation musicale et leur ajoute un extrait pour qu’il puisse s’ébaudir le coquillard.

La mégère a peu près apprivoisée

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Le Splendid – 21h30 – 18€

Jeudi 28

Image de prévisualisation YouTube

La deuxième pièce est un spectacle de la comédie française dont on loue partout et jusque dans les feuilles les moins indulgentes la mise en scène féérique. Que l’auteur soit Marcel Aymé ne nuit pas à l’affaire. Que le loup soit interprété par Michel Vuillermoz, excellent Almaviva et tonitruant Cyrano, non plus. J’en connais qui seront ravis. Il s’agit de l’adaptation d’un conte du chat perché. Souvenirs, souvenirs avec Delphine et Marinette.

Le Loup – Marcel Aymé

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Studio-Théâtre de la comédie Française – 18h30 – 15€

Samedi 16

Bons spectacles!

Edouard.

Une réponse à “Propale théâtre – Janvier 2010” Subscribe

  1. Loïc 10 janvier 2010 à 10:47 #

    C’est du joli.

    (Loïc, Vannes)

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