Coup de gueule dans L'humeur d'Edouard insecte-296x300L’homme moderne est un pou.

Un pou qui s’aime. C’est le grand malheur de l’homme moderne, il s’aime trop, il se dore la pilule, se paluche tranquillement au centre du monde, se regarde au fond de son vice et se trouve beau. Tout ce qui le dépasse n’existe pas pour lui, ce n’est que superstitions, noirs reflets de noirs desseins, métaphysique d’église qui ne séduit que les gueux, l’homme moderne croit en lui, c’est tout.

Parfois en levant les yeux de son  nombril, un étourdissement le saisit, il voit dans le ciel une ombre gigantesque, un vent puissant balaie sa chevelure, ébouriffe son neurone, aère ses écoutilles, quelque chose de grand s’approche, une immensité en mouvement qui l’écrase et le rend mauvais, un infini qui noie, étouffe sa petite voix maladive de pou, de rampant immonde, alors il s’incline à nouveau, il a peur et regarde son ventre, use d’un fiel amer pour se construire une carapace, un univers à proportion de pou, un antre où les idées sont petites et se laissent prendre, coquille d’abruti, intelligence de cloporte.

L’humanisme d’aujourd’hui est une plaie purulente, l’homme se croit la mesure de tout mais un pou ne mesure que l’épaisseur d’un cheveu. L’humanisme poisse la moindre aspiration à la grandeur, goudronne les bonnes volontés, macadamise l’espoir, le pou se gorge de l’illusion d’être l’aune de l’univers mais un univers à l’horizon de pou n’à qu’une perspective de garçon coiffeur, au bout du tif rien que du vide, ne reste qu’à se tuer pour ne pas vivre en parasite pourri. D’ailleurs peu de cloporte atteigne le point de désespoir suffisant, ils s’enflent plutôt d’importance, gonflent et pètent, baudruches remplies de vide et ce vide pèse une tonne.

La religion chrétienne a cet avantage immense qu’elle montre à l’homme qu’il n’est qu’un pou, dès sa naissance l’homme est un cloporte, il faut vivre, se résigner à un destin de punaise, souffrir et mouler son groin. Pourtant le pou chrétien est plus beau que l’homme moderne car il est un reflet de Dieu. Sous le caparaçon la grâce fait une étincelle vibrante et dans le cœur du pou résonne l’adorable foi en l’infini. Alors le pou se tait, accepte les coups du sort car il est Dieu en devenir et que cela vaut infiniment mieux que devenir un homme.

231355 dans L'humeur d'EdouardL’homme moderne a des espoirs médiocres, il a décidé de tuer Dieu et de ramener ses aspirations à la satisfaction de ses appétits, mesquins appétits de bêtes. Il prend pour d’obscurs crétins ceux qui choisissent de ne pas se révolter mais lui est un imbécile de ne pas voir plus loin que le bout de sa lorgnette. Il vitupère contre les églises alors qu’il est une chapelle bien plus ardente. Imprécateur de bonne conscience, il condamne le pape avec des arguments de sainte nitouche sans comprendre qu’on ne livre pas bataille avec des cure-dents quand l’ennemi dispose de lance-flammes. Les perspectives de l’église sont tellement plus hautes que le bout de ses tifs qu’invoquer une morale de culs bénis du politiquement correct, c’est vouloir mesurer l’éternité avec une horloge branlante.

Vexé, plein d’une mauvaise foi amère, il se pose alors en odieux censeur et inquisitionne les consciences, paradoxe monstrueux de l’homme moderne. Il condamne les paroles dont la vérité l’effraie, il les condamne au nom de la pensée correcte, tout ce qui dépasse, gratte ou démange doit être éliminé. Quand il a bien condamné, quand il est repu de réquisitoires, le pou se repose. Il se repose à l’ombre de l’enfer et il s’en fout. La mort le rattrapera, il sera toujours temps de penser à vivre. Il se trompe, la mort le prendra comme il a vécu, gras, enflé, prétentieux, bousillé par des convictions fantoches, il fera alors des yeux d’apocalypse et dans son mesquin petit manuel du parfait petit censeur ne trouvera aucune entrée pour « mourir ». C’est dans un soupir plein de glaires qu’il s’éteindra, la gorge nouée par la terreur et la conscience en capilotade. 

L’air du temps bruisse de sales rumeurs, les bourgeois ont la morale en oriflamme, ils brandissent l’étendard de la pensée juste avec des mines de révoltés, ce ne sont que des imbéciles, des suiveurs, des poux incapables d’une réflexion personnelle, ils lisent Libération, s’abreuvent à la source du prêt à gémir, vaticinateur du rien, misérables éclopés de l’intelligence, trop abrutis pour s’apercevoir que leur plainte est celle de la masse hurlante, ils crient avec ceux qui crient, ils accusent, jugent et condamnent. A quoi bon débattre quand on ne parle pas de la même chose, d’un côté des bouts de chandelle, du ruminé de bien pensant, du temporaire, de l’autre, l’éternité, la foi et l’infini.

La vindicte des poux est exaspérante, ils ne doutent de rien, entichés de certitudes comme les mouches sur le papier mortel. Stéphane Guillon, misérable cloporte, même pas un pou, peut-être la fiente du pou. Haro sur Eric Zemmour, un haro de poux dangereux, tellement flétris par l’intolérance qu’ils pourraient être violents, sales terroristes de la pensée. Des anglais stupides veulent faire arrêter Benoît XVI, le pou devient rigolo. Des pontifes médiatiques à la lippe humide de bons mots, les mots bien graisseux des pétris d’opinion publique, disent qu’il faut que les prêtres se marient, ils ne savent pas de quoi ils parlent et dans leur voix on entend toute l’hypocrisie du monde, tout l’humanisme dévoyé des cloportes. De faux athées écrivent des sommes pour prouver que Dieu n’existe pas mais les vrais athées se fichent bien de savoir si Dieu existe, pauvres bêtasses peureuses. Le véritable athéisme est purificateur et vaut mieux que la foi en l’homme.

Allez je suis bien fatigué de tout ceci, il faut relire Céline, aimer Simone Weil, rire avec les otaries et cessez de penser avec son cul, pauvre petit cul qui ne pense pas plus loin que ses deux joues, tout ce qui en sort pue la digestion, la satisfaction du bourgeois repus. Il faut douter, ne pas savoir, sombrer dans l’athéisme et toujours remettre en cause, lutter, refuser les diktats faciles, pleurer, souffrir, aimer. Il n’y a que le doute qui fasse aimer. Quand la confiance en soi devient telle qu’elle occulte tout ce qui n’est pas soi, on n’aime plus, on ne s’aime même pas, on s’encroûte dans l’amertume et on meurt. Ce n’est pas en soi que l’on trouvera le bonheur.

Edouard.

4 Réponses à “Coup de gueule” Subscribe

  1. bruno 26 mai 2010 à 22:15 #

    ah Bertrand, notre Bernanos, notre Céline, atrabilaire à l’humour jaune

    Moi je suis un pou et j’hurle avec les poux
    et je défonce les portes ouvertes de la bien pensance, car il faut qu’elles restent grandes ouvertes

  2. Edouard 28 mai 2010 à 15:24 #

    Il me semble qu’ouvrir une porte ouverte n’est pas vraiment nécessaire, autant que fermer une porte fermée, non ? Reste à ouvrir les portes fermées, c’est plus dur et ça ne vous rend pas bien aimable, on préfère laisser les portes closes généralement (à cause des courants d’air). J’adore les métaphores.
    Ravi de te retrouver sur ce blog cher Bruno, salut de pou à un autre pou (du Figaro), à plus!!!!
    Edouard.

  3. Elias 15 juin 2011 à 10:55 #

    Difficile de respirer sous la chape de plomb d’une modernité devenue absolument folle et suffocante. Gomez Davilà ne s’y était pas trompé quand il disait « Le moderne croit vivre dans un pluralisme d’opinions tandis qu’il ne règne aujourd’hui qu’une unanimité asphyxiante. ».
    Aussi, je ne saurais trop vous recommander, cher Edouard, la lecture du très bel essai de Richard Millet paru récemment « arguments d’un désespoir contemporain » écrit dans un style ô combien superbe.

  4. edouardetmariechantal 15 juin 2011 à 21:47 #

    Merci pour le conseil de lecture! Je viens justement de redécouvrir Richard Millet, je connaissais vaguement sa réputation. L’avoir vu il y a quelques jours à Ce soir ou jamais, assez maladroit il faut bien l’admettre, m’a redonné l’envie de me plonger dans son oeuvre de romancier, celle de l’essayiste ne devrait pas me décevoir.

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