Propale théâtre - Avril 2010 dans Propales theatre 9782080684295Hier soir alors que je lisais la page 137 d’un livre follement drôle consacré à la tectonique des plaques dans l’œuvre de Shakespeare, une idée terrifiante percuta mon lobe frontale avec la violence d’un rhinocéros mâle emboutissant le châssis d’une range rover dans Daktari. Et si Fabrice Luchini était un lutin démoniaque à la solde de Lova Moor ? Pendant quelques secondes, je restais sonné par cette éventualité, la voûte peuplée d’images terribles où le facétieux comédien rampait à quatre pattes dans l’appareil le plus strict, le cou dans un collier et la truffe tendue vers une odalisque à la chaire rose et flasque. Je ne repris mes esprits qu’après avoir ingéré un champignon noir accompagnant le porc laqué du menu 34 que j’avais commandé quelques instants plus tôt au chinois du quartier. Répondant au doux nom de Tchong, celui-ci fournissait également des hallucinogènes puissants aux vertus débouchantes assez pratiques.

Reprenant le fil de ma lecture, je tentais de vider mon esprit de toutes perturbations fallacieuses afin de me concentrer sur la thèse de l’auteur. Malgré tous mes efforts, la vasque sans fond de ma conscience se remplit indéniablement de phantasmes peu propices à la poursuite d’une réflexion intense. Je laissais donc le pensum, ouvris la fenêtre et déposait délicatement sur le rebord extérieur une galette d’assez belle tenue. Mon devoir accompli, je levais furtivement les yeux en priant que mon accorte voisine n’ait pas eu à ce moment crucial des vapeurs nécessitant l’aération immédiate de tous ses orifices. Mon vœu ne fut pas exaucé car elle était accoudée à la balustrade de son balcon, juste en face de moi, de l’autre côté de la rue Vavin. J’eus toute les peines du monde à contenir mes larmes et adressais à l’apparition un signe de tête penaud où elle dut lire de la honte et sans doute un peu de défi. Je refermais la croisée, les cernes moutonnés de pleurs et la lèvre tremblante prête à céder une nouvelle fois sous les coups de butoirs de mon œsophage dont la vie propre et l’agressivité incompréhensible commençaient à m’inquiéter sérieusement.

Je regrettais d’avoir commander un repas chinois, sur la table s’étalaient les reliefs d’un menu dont le plat principal semblait constitué de lambeaux de chaires putrides noyés dans la sauce. Je saisis une baguette, repoussait contre le bord de la barquette un morceau à l’allure peu engageante et songeais à Jean Luc Mélenchon. Une manifestation un peu trop concrète de mon épigastre acheva de me convaincre de jeter aux ordures ce tas immonde de restes. Je fis le serment solennel de ne plus jamais aller au restaurant chinois et par la même occasion de ne plus jamais adresser la parole à un nain jaune.

3005582 dans Propales theatreL’entendement légèrement perturbé par l’activité des organes les moins nobles de mon anatomie, je dus renoncer à toute activité culturelle et regardais Ce soir ou jamais. L’invité principal était Michel Onfray, le héros d’un soap à prétentions germanopratines en plein cœur du pays normand*. Je me surpris à parler à mon écran, un célibat prolongé peut vous porter à ce genre d’extrémité, et m’exclamais « Onfray pas le malin, Michel ». Je me tus rapidement en constatant qu’aucun rire ne répondait à ce trait particulièrement spirituel et me rencognais au fond de mon canapé Habitat à 3000€. Je souris un peu tout seul car je suis une bonne nature qui aime l’humeur joyeuse et le saucisson sec. Néanmoins, je ne pu me contenir très longtemps et ajoutais « Prenez un chewing-gum, Michel », cette fois-ci je laissais la saillie drolatique déployer son potentiel hilarant  sans chercher à le brider. J’explosais de rire. N’en pouvant plus, je continuais de plus belle en déclarant « To be or not to bite, Michel ». Bizarrement cette dernière remarque doucha mon enthousiasme et je me retrouvais un peu triste à contempler l’opalescente lucarne. Finalement j’éteignis Michel, lu un vers de Valery « Tout peut naître ici bas d’une attente infinie » et réfléchis au concept de réminiscence platonicienne en guise de petit plaisir solitaire.

Avant d’aller me pieuter, je concluais que la réminiscence platonicienne était une vision mystique de la mémoire comme fenêtre ouverte sur l’éternité. Je sombrais aussitôt dans le sommeil.

Le lendemain matin, je décidais d’écrire cet article afin de vous convaincre de ne plus manger chinois, de renoncer aux soirées solitaires, de lire de la poésie, faire du sport, arrêter de fumer et surtout aller au théâtre. Pour ce mois d’avril :

Promenade de santé - Nicolas Bedos avec Mélanie Laurent et Jérôme Kircher

La Pépinière théâtre – Jeudi 22 – 21h

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Fabrice Luchini lit Philippe Muray

Théâtre de l’Atelier – Dimanche 2 Mai – 13h

Edouard.

2 Réponses à “Propale théâtre – Avril 2010” Subscribe

  1. Caroline 22 avril 2010 à 8:26 #

    Excellent choix. Les lectures de luchini Sont tjs DES moments evanescents que l on voudrait retenir ou repasser en boucle! Pr la question chinoise, il est effectivement sage d y renoncer mais subsiste dans Paris une adresse qui vaut Le detour; pas de nems ni autres rouleaux de microbes bouillis mais DES soupes de raviolis aux crevettes a tomber( je ne sais si on peut parler de ca a un gastroenteritien mais Bon…):Le mirama, 17 rue st Jacques

  2. Edouard 23 avril 2010 à 0:01 #

    Merci pour l’adresse!!! En fait je ne suis pas si malade… A plus

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