Kick Ass - Matthew Vaughn - EEEE dans L'humeur d'Edouard 19397107

En regardant Kick Ass, le quidam moyen éprouve une jouissance qui ressemble un peu à la catharsis des grecs, il aimerait bien tabasser son prochain, bourrer les naseaux du voisin, cogner du bousin et pourquoi pas assortir son règlement de compte d’une remarque spirituelle du genre « John, c’est pas entre les yeux que je vais te buter, je vais te buter entre les couilles » ou encore « Identifiez-vous ! C’est les huissiers salopard, ton cul est en fin de crédit et je viens le prendre », plus rarement « Tout ici bas peut naître d’une attente infinie ».

Pourtant d’un naturel pacifique, j’ouvris hier soir la porte de mon appartement en m’exclamant « Putain, tu te caches où grognard ? », le vide intersidéral répondit d’une façon que je jugeais peu audible, une ombre fusa derrière le canapé et se précipita à la cuisine, mon chat avait les foies. Il avait bien raison, j’étais d’humeur à laquer sa face de pet. Je le poursuivis jusque sous l’évier, l’appâtais avec des toasts au foie gras que je gardais depuis plus d’un an dans la perspective de recevoir un ennemi mortel et finis par l’attraper par la peau du cou. Le minou faisait les yeux de Chimène mais je ne me laissais pas attendrir, son petit museau de félidé coriace était tout froissé de peur, je le crucifiais sur une planche à découper, attachais ses petites patounes avec du fil à sauciflard et fis courir sur son ventre le fil d’un ouvre-lettre qu’une admiratrice de Papouasie m’avait envoyé, la pauvrette voulait que je la féconde mais je suis comme Gandhi, je fais de la rétention de semence pour conserver mon énergie créative.

J’interrogeais mon chat dans les termes les plus crus afin qu’il prenne conscience de ma détermination, de la formidable violence qui enflait ma narine et faisait briller mes prunelles. La teneur hygrométrique de mon fond de caleçon en fil d’Ecosse augmentait de façon dramatique mais je n’y pris pas garde et apostrophais de plus belle la pauvre bête, « Edouard ! », mon chat s’appelle comme moi car il est très beau, il porte à la patte avant droit une montre Cartier du même modèle que le mien afin de gérer son agenda en toute indépendance, « Raclure de bidet, encornet du troufignole, vas-tu me dire qui a écrit la neuvième symphonie de Beethoven ? ». L’empoté n’en menait pas large, je m’amusais à titiller ses aisselles avec mon coupe papier, dessinait sur son ventre des arabesques et finis par m’emparer d’une boîte d’allumettes. Je caressais ses babines avec l’extrémité soufrée, enroulais ses vibrisses autour de la tige tout en plantant férocement mon regard dans ses pupilles dilatées par la peur. Je savourais ce moment de toute puissance et regrettais intérieurement de ne pas posséder de batte de base ball, j’aurais eu un plaisir particulier à l’abattre à quelques centimètres de ses moustaches. Finalement, je préchauffais le four, thermostat 8.

photos_humour_chats_chatons%20(25) dans Le cine d'Edouard

Pendant que la cuisinière rougissait, je suspendis la planche à découper à la place d’une affiche électorale de Jean Luc Mélenchon, le chaton pendait lamentablement et poussait de petits miaulements qui ébranlèrent un peu ma résolution. Malheureusement le pauvre restait fixé sur « Rimski-Korsakov » et ce n’était pas la réponse que j’attendais, son inculture blessait mon amour propre, il me semblait honteux d’être le propriétaire d’un chat aussi con. J’allumais la radio, cherchait Radio Notre Dame et tombais sur une mélodie grégorienne du plus bel effet pour un sacrifice félin. Je ressentais une joie sauvage et désordonnée, j’avais envie de lire du Marc Levy, de jeter ma pile de Télérama, de quitter ma veste à chevrons, mon petit foulard Hermès, d’enlever mes chaussons pour courir en chaussette autour du poste de télévision. Peut être étais-je revenu à un état suffisamment primitif pour regarder Patrick Sébastien. Je revêtis finalement une jaquette, m’affublais d’un haut de forme, complétais le déguisement d’une paire de palmes et m’intronisais « Super Coinços » devant la glace. Je ris méchamment et hurlais « Super Coinços ! Le roi des coincés, l’empereur du bouchonné, le prince des péteux ». La sonnerie du four interrompit le déballage.

Je m’apprêtais à décrocher Edouard du mur quand on frappa à la porte. Un peu interloqué par cette brutale interruption, je m’adressais au chat « T’inquiètes Edouarnounet, c’est pas la main de Dieu et je suis pas Abraham alors fais pas le malin et moules ton groin ». J’allais ouvrir. Ma voisine était sur le palier, un air de godiche accroché au visage et l’œil si furieux que je sentis mon palpitant se contracter dans sa cage. Il faut dire qu’à l’occasion de ma pendaison de crémaillère, je l’avais salement éconduite alors qu’elle apportait une boutanche de vinaigre, elle avait dû repartir penaude sans savoir qu’elle serait vengée par Agathe et Aristide, un couple infernal qui continue de me seriner l’oignon à cause de cette occasion manquée de dégoupiller ma grenade.

La fâcheuse ouvrit son claque boue « Edouard, on peut savoir ce que tu fais ? Tu ébranles l’immeuble ». Il me sembla que son ton me dispensait de répondre, ou alors par un regard de mépris à lui glacer la morve, pourtant je murmurais « Désolé Jenifer » et ce prénom me déchira la lèvre, j’hésitais à poursuivre « Mais où est passé Jonathan ? », je n’en fis rien car elle m’aurait émasculé d’un cou de canines. Honteux de la faiblesse qui envahissait mes membres et m’empêchait de réagir avec toute la sauvage virilité qu’exigeait la situation, je sentis une bile acide remonter mon œsophage et obscurcir mon entendement, la simplette avait douché mon enthousiasme, je n’étais que guimauve, mollesse et pesanteur. Dans mon fond de culotte, c’était la débandade. Je baissais les yeux, fermais doucement la porte en ajoutant « Pardon ».

Je glissais une pizza dans le four, allumais la télévision pour regarder Ce soir ou jamais, détachais Edouard qui se lova sur mon ventre et songeais qu’il faudrait que je retourne voir Kick Ass avec ma voisine. Après avoir acheter une batte de base-ball, histoire de lui redresser la mâchoire. EEEE.

Edouard.

5 Réponses à “Kick Ass – Matthew Vaughn – EEEE” Subscribe

  1. Sigmund 4 mai 2010 à 14:51 #

    Edouard,

    Pourriez-vous venir avec votre chat lors de notre prochaine seance ?
    Bien à vous,

    Sigmund.

  2. edouardetmariechantal 4 mai 2010 à 22:31 #

    Cher Sigmund, mon chat est en peluche, il ne sera pas en mesure de vous répondre, je viendrai plutôt avec une bouteille de vin, à bientôt,
    Edouard.

  3. Aristide Pouet Pouet 5 mai 2010 à 22:29 #

    « How do I get a hold of you ? »

    « You just contact the mayor’s office. He has a special signal that shines in the sky. It’s in the shape of a giant cock »

    EEEE en effet ;)

  4. Abélard 17 mai 2010 à 21:32 #

    Et sinon, le film?

  5. Anonyme 8 juin 2010 à 15:33 #

    il est trop mimi

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