Propale théâtre - Mai 2010 dans Propales theatre mere_teresa

Un jour Mère Theresa m’apparut, elle me dit « Roberto, you’re the sunshine of my life », je répondis « Désolé, je ne suis pas Roberto, c’est à côté ». Depuis je regrette de ne pas l’avoir retenue, de ne pas avoir discuté avec elle du monde, de la misère du monde et de l’usage des téléphone mobiles dans les sanisettes publiques. J’aime le mot sanisette, il évoque l’enfance, les friandises, un petit édicule d’apparence anodine perché sur un trottoir, une sanisette. Quand elle se fut évanouie, laissant sur le palier une odeur d’encens et une sandale en lanières de cuir, je courus jusqu’à mon tapis de prière pour remercier Charlize Theron. Je me prosternais devant son effigie, embrassais sa joue délicate en papier glacé et décidais sur le coup de devenir petite sœur des pauvres à Calcutta.

Je me présentais le lendemain au couvent des ursulines de la rue des Carmes, j’avais pris avec moi mon téléviseur Sony, une valise en carton contenant l’essentiel de Pierre Dac ainsi qu’un chapeau de magicien afin d’impressionner les petits lépreux. Sœur Marie-Thérèse vint m’ouvrir, jeta sur mon humble personne un regard dénué du moindre désir et s’enquit de la raison de ma venue. Interloqué de ne pas provoquer chez elle la transe amoureuse à laquelle le commerce assidu du genre féminin m’avait habitué, je bredouillais une réponse maladroite où les termes « Lady Di » et « tracteur » prirent une part surprenante. La nonne plongea sa main dans la vasque accrochée à la pierre du cloître et projeta sur moi une gerbe d’eau bénite en disant « Va fanculum Edouardus ! ». Je compris à son ton qu’une seconde d’hésitation serait probablement punie de mort et je décampais, poursuivi par ses imprécations. Au cours de ma fuite, je reçus un livre sur la tête, une étoile de ninja se ficha dans ma valise et un dessous en dentelle obscurcit momentanément mon champ visuel.

Ma vocation tuée dans l’œuf, je rentrais chez moi pour pleurer. L’amertume serrait mon cœur et même la lecture du dernier Marc Levy ne parvint pas à adoucir ma peine. Je voulus appeler Marion Cotillard mais ne trouvais pas son numéro dans l’annuaire. De toute façon, elle devait être au festival de Cannes avec Guillaume Canet. Mes meilleurs amis étant indisponibles je résolus d’écrire une lettre à l’attention de Nicolas Sarkozy pour défendre la cause du nu intégrale dans les lieux publics. Au bout de quelques minutes, je dus admettre qu’une telle tenue porterait préjudice à la ligue porcine si Olivier Besancenot décidais de profiter de cette aubaine. L’introduction du saucisson au patrimoine mondial de l’humanité pourrait connaître un retard fatal et je ne pourrais jamais me le pardonner.

Ma copine Marion Cotillon fait son intéressante

A bout de ressources, je trompais mon ennui en lançant de ma fenêtre des tomates cerise sur la casquette des racailles communistes qui flânaient rue Vavin. Jacques Weber fit un bref passage mais je le manquais. Patrice Leconte apparut à l’angle du boulevard Raspail mais je n’eus pas le cœur de le viser. Ses joues creuses et parcheminées m’évoquèrent saint Jean de la Croix. Toutes ces personnalités me donnèrent envie d’aller regarder les vaches au jardin du Luxembourg.

Souvent les célébrités viennent paître au parc, on peut alors les approcher sans crainte, elles nous regardent et dans leur pupille noire se lit une sérénité tranquille, d’un savant mouvement de mèche elles chassent les mouche vrombissantes et tracent leur chemin dans les sentes fleuries. Le spectacle est d’une telle quiétude qu’il me rappelle le bocage normand, les verts prés de mon enfance, le bétail docile à la paupière soulignée de grands cils, le sage bovidé que l’explosion des moteurs ne trouble pas. Parfois c’est dans l’unique intention de voir gambader Alain Finkielkraut que je me rends au parc.

C’est ainsi que je me retrouvais allongé sur une chaise au bord du bassin central, la mine détendue et l’œil coincé derrière une paire de lunettes Persol à 750€ la monture, rez de chaussée du BHV, côté hommes. Je grattais d’un pied négligent le gravier et envoyais une gerbe de poussière sur un groupe de touristes allemands, Karl Lagerfeld en perdit son bob Ricard. Derrière le nuage pulvérulent, une silhouette se profila. Altière, elle s’adressa alors à moi, j’étais seul à l’entendre « Edouard, tu ne seras jamais petite sœur des pauvres. Petite sœur des pauvres, c’est pour les filles. ». Je déglutis avec difficulté, cet incube connaissait ma vocation secrète, je m’apprêtais à déguerpir en hurlant « M’en fous, sale encornet du troufignole » mais l’auguste commandeur reprit « En revanche, nous sommes le 18 et tu n’as toujours pas écrit la propale de mai ». C’était Denis Podalydès. Il me rappelait mes devoirs, je m’exécute :

Le mec de la tombe d’à côté – Katarina Mazetti

Petit Saint Martin – Jeudi 27- 20h30

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Thé à la menthe ou t’es citron – Patrick Haudecoeur

Théâtre Fontaine – Jeudi 3 juin – 20h30

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Edouard.

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