Propale déprimante – De l’humanisme et des mycoses

 Propale théâtre - Septembre 2010 dans Propales theatre 176407-michel-houellebecq-637x0-3

Cette nuit, vers quatre heures du matin, la conviction d’être un champignon parasite me réveilla.

Pascal pensait que l’homme était un roseau pensant, je ne vois pas pourquoi il ne pourrait pas être une truffe bien dégueulasse. Il se pose sur le doux terreau du monde, aspire de quoi vivre, un peu d’amour, un peu de haine, digère tranquillement une sale médiocrité et finit par balancer ses spores à travers le cosmos. Au bout du compte, ne reste qu’une odeur pestilentielle, une flaque peu ragoûtante qui brasse des illusions perdues, des vices putrides et peut être, pour les plus cons, deux trois bonnes actions en faveur des petits lépreux de Becon-les-bruyères.

Le champignonnesque homme moderne se reproduit par fermentation, organisme vivotant sur le pourrissement des idées reçues, il suce la moelle du temps, se pose sur un petit tas de boue érigé à force de vanité, de contentement de soi, de satisfaction et se trouve bien étonné quand une bourrasque un peu trop forte l’arrache à son socle fangeux. Dans l’éther infinie la truffasse est bien perdue, l’inutilité de son existence lui file le bourdon, la conscience détricotée par le sentiment du vide, elle flotte sans but et sans raison jusqu’à racornir comme une vieille bourse. Le souffle de la grâce passe sur elle mais la psychologie des lichens gonfle son tarin existentiel, lui fait croire en la nécessité de son être alors elle ferme les écoutilles, regarde passer la grâce dans un rictus pour finir par mourir de desséchement.

Le dernier Houellebecq La carte et le territoire ne dit pas autre chose, enfin je ne sais pas, je n’en ai lu que 100 pages, suffisamment pour considérer d’un œil matois les expressions jubilantes des commentateurs bien installés. Ceux qui disent « C’est fort, ça dit tellement de choses sur le monde d’aujourd’hui ». Ben oui, ça dit que t’es une bonne crevure ma poule. Houellebecq se moque des intellectuels bien pensants, ceux qui ont trop peur qu’on les prenne pour des faux jetons, des cracheurs dans la soupe ou des incontinents de la diatribe et qui s’empressent d’agréer, ils pourraient ne pas suivre la tendance et n’y survivraient pas. Le brave Michel écrit « Vous n’êtes que des étrons fumants » et les étrons fumants l’applaudissent. Il est très fort Michel.

J’aime bien Houellebecq, son côté pessimiste me plaît, schopenhauerien dans l’âme, il dresse un constat sans illusion de la société avec cette sorte d’humour un peu désespéré qui est la politesse des grands auteurs, ceux qui savent bien qu’un rire est d’abord une pensée tandis que la gravité est toujours une prétention. Houellebecq est réactionnaire mais c’est un réactionnaire adoubé par la loi du marché, il continue de vendre et les révoltés du Bounty, les CULtureux de l’institution avec un gros CUL, sont bien obligés de s’incliner en faisant mine d’ignorer qu’on se moque d’eux.

Sans doute faut-il voir dans la naissance de ce sentiment mycologique une suite indésirable de la soirée que je passais hier en compagnie de spécimens peu farouches d’éditeurs, attachés de presse et autres résidus du grand siphon culturel. Dans un de ces nouveaux quartiers où flotte un air de modernité déjà vieillie, je retrouvais quelques anciens camarades devenus cireurs de pompes dans des boîtes d’édition. Je discutais avec une femme maquillée, sans âge apparent, qui ressemblait à un bout de caoutchouc rose surmonté d’un couvercle de cheveux noirs. Susurrant à mon oreille des mots d’une tendresse louche, elle ne cessait de s’extasier à propos du dernier Houellebecq. Au bout de quelques minutes d’un discours tellement convenu qu’il me donnait l’impression d’entendre un enregistrement, je cherchais un interrupteur sur son visage, ne le trouvais pas et finis par lui proposer de coucher avec moi. Elle me regarda, évalua à la profondeur de mes cernes le niveau de ma dépression, le jugea insuffisant et déclina mon invitation. En la regardant s’éloigner, dodeliner du chef, le cerveau comme un poids chiche, organisme non chlorophyllien incapable de synthétiser une idée qui ne lui ait pas été insufflée, je l’imaginais comme une gigantesque annamite suçant la pourriture et me trouvais bête car j’étais comme elle, peut être un peu plus jeune, un peu plus lucide et d’un autre bord, et peut être même pire qu’elle puisque j’étais hypocrite.

Lorsque je sortis du bar, j’avais les esgourdes pleines des mots « stigmatiser » et « jubilatoire », j’associais le premier au problème roms et le second au dernier opus de Houellebecq, l’inverse me paraissait peu probable, stéréotypes lexicaux d’une grande utilité, ils permettent aux démunis du neuronique d’exprimer sans effort un assentiment immédiat et servile à l’opinion intellectuellement correcte. Ce genre de soirée m’emplit toujours d’un dégoût de moi assez pénible, toute cette vulgarité, cet hideux acquiescement, ratification d’un accord tacite de pensée nulle, vide, laisse au cœur une amertume tenace.

Dans la station de métro la plus proche, j’aperçus des affiches pour La Leçon de Ionesco au théatre du Lucernaire. La pièce, raisonnablement absurde, drôle aussi, se moque des gens qui « savent », elle me parut de circonstance en cette rentrée culturelle. Voici donc les spectacles proposés pour ce mois de Septembre.

La Leçon - Ionesco

Théâtre du Lucernaire

Jeudi 16 – 21h30

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L’avare – Molière (Reprise de la mise en scène de Catherine Hiegel, très grande réussite de la saison dernière)

Comédie française

Mercredi 29

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Edouard.

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