Propale théâtre d'octobre 2010 - Propale de la racaille (en costume Kenzo) dans Propales theatre chat-obese 

Ce midi, je suivis un streum d’envergure internationale dans la rue Delambre.

J’hésitais à changer de trottoir mais fus pris d’un pet de conscience. Je restais de son côté, l’âme tourmentée par l’obligation de soulager la tristesse qui s’accrochait à elle comme une bombasse au slibard d’un bogosse. J’apostrophais la donzelle « Poupée, tu psychotes trop, arrêtes de penser à l’après, ton maintenant est déjà craignosse ». En se retournant, le streumon déclencha une série de réaction atmosphérique qui modifia sensiblement la teneur en coolitude de l’air ambiant, c’était pas Interville et j’étais pas dans l’arène mais je crus pendant quelques secondes que j’allais connaître le fameux télescopage par vachette furibarde. En un coup de sabot, elle pouvait m’écraser la ceufa sur le mur et je n’aurais plus qu’à ramasser les bouts de chicots sans demander mes restes. Devant elle, deux petits canidés poils longs poussaient des gueulantes. Le streum de face était encore plus impressionnant, certaines meufs ont une cloche à la place du cul, elle marche et ça balance, ça trémousse, ça sonnaille, le streumon, c’était pas une cloche, on aurait plutôt dit un énorme tas de gélatine dans une toile extensible. Même chose pour les einsses, elle n’était qu’un empilement de sacs de gélatine, j’étais bien sûr qu’en la dépassant un peu trop lentement, on pouvait être entraîné par son orbite tellement elle dégageait une gravité de planète.

Elle planta son œil torve dans ma prunelle délicate et un filet de transpiration trouva sa source dans le creux de mon aisselle droite, je regrettais d’avoir voulu l’aider. Serré dans mon costume Kenzo à cinq mille dollars et face à la tornade de graisse qui dressait son œil du cyclone, je n’en menais pas large. Nous restâmes dans le collimateur quelques instants, soupesant nos points de force, je n’avais pas fini de compter ses mentons qu’elle m’adressait déjà la parole : « Petit connard, tu te crois drôle ? ». Je répliquais avec toute l’indignation nécessaire « Euh… », « Tu te crois drôle avec ta jolie frimousse, ta petite cravate et tes petits souliers ? », je continuais sur ma lancée « Euh… », « Et ben tu me fais pas rire petit connard », « Mademoiselle, je vous en prie, il y a méprise », je suis aussi mielleux qu’un encornet du troufignolle quand il s’agit de faire du gringue à une pouffe, « Méprise de quoi ? Pour qui tu me prends ? », j’hésitais à répondre « Grosse vache » mais la banalité de l’insulte me remplit de dégoût « Je vous assure que je ne voulais pas vous blesser ». L’énorme thon agita les laisses qui retenaient ses dogues. Je pris peur, je n’aime pas les chiens, ça pue, ça bave, ça vous colle sa babine dégoûtante sur le futal, je fis un pas en arrière.

Autour de nous, les badauds commençaient à mater. J’avais un comité de pilotage dans quinze minutes, je devais briser cet entretien, j’aurais dû lui balancer ma sacoche dans la tronche mais j’avais le courage en miettes et son regard le pilonnait encore, j’étais au fond du trou de la teuhon et je grattais encore, j’avais lu dans Montaigne ou chez Joey Starr qu’on sortait grandi de s’être abaissé, à moins que ce ne soit dans la beubli, je peux vous dire que sauf gros coup de chance, j’atteindrais des sommets si je sortais vivant de ce traquenard. Car sortir vivant commençait à être une hypothèse, elle pouvait m’éclater la caboche rien qu’en la serrant entre ses cuisses, je serais mort d’asphyxie avant que mon crâne explose mais ça ne me rassurait pas. A bout d’argument, je susurrais « Pardon, je ne voulais pas vous vexer ». Dans ma tête, un type furax gueulait « T’es qu’un lâche, un trou du cul, un abruti, une agnelle ». Les yeux de la patatoïde s’adoucirent. Je crus ma délivrance proche, j’allais repartir penaud, la queue entre les jambes, des larmes d’humiliation moutonnaient ma paupière droite, ça m’apprendrait à vouloir donner du plaisir à de grosses vaches.

Mais il était écrit dans le grand livre de la vie à la mord moi le nœud que ma honte n’aurait pas de fin, elle reprit « Je veux qu’on sorte ensemble un de ces soirs, bogosse », y’a pas à dire la grognasse tenait le bon bout.

Dès qu’elle eut dégueulé son vocable, je sentis dans ma tête que tous mes neurones gelaient un par un avec le bruit du givre quand on marche sur une flaque en hiver, je ne supporterais pas qu’on me voie avec ce mastoc, ce morceau, cet être dégradé, sans doute conçu dans un moment d’égarement, lors d’un rapport non protégé entre une baleine et une fouine. Le comité de pilotage approchait, j’avais préparé des slides de toute beauté pour hypnotiser les poulets, mon chef perdrait tout estime pour moi et je ne le supporterais pas, il fallait accepter. Je lui servis ma propale d’Octobre. Venez voir Show Boat, si vous voyez un bogosse au bras d’un cachalot, y’a de grande chance que ce soit moi et ma copine.

Show Boat – Kern et Hammerstein II

Théâtre du Châtelet – Lundi 18

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Comédie musicale mythique (Old man river est dedans), incontournable de la saison. Le spectacle est grandiose.

Nono – Sacha Guitry

Théâtre de la Madeleine – Jeudi 28

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Une des premières pièces de Guitry dans une mise en scène encensée par la critique. Avec la délicieuse Julie Depardieu.

Edouard.

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