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La carte et le territoire – Michel Houellebecq – EEE

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La sortie de La carte et le territoire est l’occasion d’aborder le sujet de Michel Houellebecq.

Le Michel Houellebecq remonte à la plus haute antiquité, contempteur des dérives de la modernité modernante, il errait déjà entre les colonnes du forum effrayant les petites filles par son air revêche. Le Michel Houellebecq de l’époque romaine ressemblait à un grand lézard neurasthénique. Avec sa peau tavelée, son cheveu terne et son élocution zézayante, il poursuivait les matrones de son oeil torve. Scribe d’emploi et péripatéticien par goût, il marchait de longues minutes aux heures où le jour décline tout en dispensant des leçons de pessimisme à ses disciples. Suivi en permanence par une clique de jeunes gens disgracieux au sexe rare et à la figure jaune, il professait l’indifférence et l’échangisme avec une équanimité qui passait pour de l’insolence aux yeux des censeurs. D’une égalité d’humeur stupéfiante, il ne dédaignait cependant pas tremper sa plume dans le jus de l’amertume, révélant ainsi une sensibilité dont son extérieur donnait peu de preuve. Ses libelles faisaient fureur dans les demeures de tribuns de tout bord et il n’était pas rare que d’augustes sénateurs en fassent lecture lors d’orgies fameuses où l’on mangeait du boudin accompagné de cervoise, gauloiseries étonnantes que la morale réprouve mais que les patriciens goûtaient avec des mines de nihilistes.

Michel Houellebecq, que la misanthropie des penseurs tenait éloigné de ces agapes, se réfugia dans une province septentrionale vers l’âge de quarante ans, là il cultivait des asperges et promenait son chien appelé Platon-nique car le malheureux canidé disposait d’une libido foutraque. Bien qu’éloigné des vicissitudes du progrès, il continuait à critiquer l’évolution du monde tout en entretenant une correspondance futile avec un certain Bernard Henri Levy. Grand oublié de l’histoire de l’intelligence, ce dernier était à l’époque un orateur réputé au capillaire discipliné et à la toge béante. De ce Michel Houellebecq primordial restent quelques écrits disparates prédisant la fin des haricots avec un cynisme teinté de nostalgie. Sa mort est entourée de mystère, devenu sociopathe à force de solitude, il rompit tout commerce avec ses semblables et s’enfonça en Gaule où l’on perd sa trace aux environs de Lutèce. Certains historiens prétendent avoir découvert son crâne en Seine et Marne, dissimulé sous le rayon « Serviette hygiénique » du Carrefour de Dammarie-les-Lys, l’auguste caboche fixait les mollets des visiteuses avec dans les orbites un air de concupiscence à faire frisotter Christine Angot.

Le Michel Houellebecq antique eut une descendance nombreuse, scribouilleurs mécontents, critiques acerbes mais sans acrimonie du temps qui passe, ils devinrent français par la force des choses et décrivirent l’homme sous les couleurs ternes d’un rouage qui se grippe, d’une machine sans âme, d’une conscience qui meurt sans un soupir et presqu’avec envie. Volontiers scandaleux, ils provoquaient leur contemporains par de fausses postures où la rouerie était peut être une naïveté, ils cachaient mal un désespoir serein, la mélancolie du garçon coiffeur qui se regarde trop et finit par ne plus se supporter.

Les héritiers de Michel Houellebecq, ennemis du progrès qu’ils ne combattent pas mais dont ils recensent les conséquences débilitantes sur l’homme, sont tentés par le christianisme mais se gardent bien de le montrer, peu engagés, toujours en marge, spectateurs intelligents, ils observent la victoire progressive du matérialisme, comptent les points et ramassent les miettes.

Le dernier roman de Michel Houellebecq est en librairie. Le Michel Houellebecq d’aujourd’hui est peu différent de son ancêtre, La carte et le territoire dresse un portrait amer de l’homme moderne. L’histoire est celle de Jed Martin, artiste placide qui connaît le succès en exposant des photos de cartes Michelin. Si Michel Houellebecq abandonne dans ce roman les sujets polémiques pour se concentrer sur l’intime, en particulier la relation qu’entretiennent Jed Martin et son père, il ne renonce pas à son esprit critique. Volontiers cynique, maniant l’humour potache comme l’ironie la plus fine, il décrit un homme moderne seul, égoïste, irrémédiablement passif, article d’un dictionnaire dont il adopte parfois la prose comme pour souligner l’absence de chaire, de sang, de passion de son héros.

Jed Martin, l’humanité en léthargie, fait quelques rencontres, notamment Michel Houellebecq lui-même, se fait aimer, détester mais ne s’attache à personne. A l’instar de l’auteur, rien ne le fascine autant que les halls d’aéroports, les allées de supermarchés, un monde sans homme, efficace, rentable, un monde gagné par la matière, abstraction suprême (les lecteurs assidus de ce blog remarqueront que je rejoins ici ma thématique préférée, la progressive victoire de l’Esprit, faculté d’abstraction, sur l’âme, vecteur de la grâce, merci Michel, tu es grand, tu es beau).

La carte et le territoire n’est pas un chef d’œuvre, le style n’a pas d’autre intérêt qu’offrir une lecture aisée, c’est peu. Pourtant c’est un bon roman, meilleur que d’autres, moins bons que certains. Drôle souvent, parfois potache, enlevé et pourtant pessimiste, il fait la preuve d’un métier sûr mais aussi d’un apaisement amer, lucidité un peu triste, un peu fatiguée d’un type aux emportements littéraires mémorables et qui se rend finalement compte de la vanité de ses révoltes. Je ne sais pas si je préfère ce Michel Houellebecq à celui des Particules élémentaires. EEE.

Edouard.

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Un commentaire

  1. mamina

    19 novembre, 2010 à 17:56

    a completer par les pages 70 71 de valeurs actu consacrees au meme houellebecq signees bruno de cessole et voila notre goncourt national habille pour l hiver

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