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La princesse de Montpensier – Bertrand Tavernier – EE

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La délicatesse est une qualité des sentiments que le style policé de Madame de La Fayette exauçait dans ses moindres nuances, douces moirures des amours transis, je l’aime un peu, beaucoup, peut être pas, et si je l’aime qu’adviendra-t-il de mon âme?

La princesse de Montpensier n’est pas une héroïne moderne, elle a 19 ans, n’a pas encore vu le loup, s’imagine avoir reçu une éducation dans un couvent mais ne sait ni lire, ni écrire, encore moins danser autour d’une barre, s’efforce d’aimer celui qu’on lui réserve car elle a bien compris que le mariage d’amour est un contrat vicié par l’inconstance, autant dire qu’elle pourrait provenir d’une autre planète, les délicieuses spectatrices du 93 n’en revenaient pas, se pinçaient le gras de la bidoche en s’esclaffant « Nan mais sérieux là » ce qui signifie « Mon Dieu qu’elle est cruche », l’amour ne souffre pas d’hésitation aujourd’hui, il n’est pas de sentiment plus noble, d’inclination moins susceptible d’être combattue dans les pages de Elle ou de Psychologie, tu aimes alors tu as raison, ne laisses pas le doute, le devoir, l’intelligence t’arrêter, tu aimes alors tu as raison, l’amour ne passera jamais*. Curieuse époque qui ne cesse de célébrer une passion dont les statistiques nous apprennent qu’elle finit le plus souvent en déconfiture, en procédures plus ou moins aimables, avocats spécialistes et pensions de survie. S’il faut s’aimer pour se marier, il n’est sans doute pas indispensable de continuer à s’aimer pour le rester, illusion moderne, les vieux amants n’existent que dans les chansons et encore n’éprouvent-ils à l’égard de l’autre qu’un amour patiné, vernissé de tendresse, douce empreinte de l’habitude qui vaut peut être mieux que la passion.

 dans Le cine d'Edouard 

Les tergiversations de la princesse de Montpensier sont teintées d’exotisme ou alors recouvertes de cette poussière du temps, outrage pulvérulent de l’histoire qui réduit les cultures anciennes à l’état de musées quand elles contiennent pourtant les prémices de ce que nous sommes. Ironie subtile, les romans de madame de La Fayette sont considérés comme les premières œuvres littéraires dont les ressorts sont purement psychologiques, ancêtres du roman féminin français. Madame de était une Christine Angot avec une culotte. Moderne en son temps, les descriptions interminables de l’aboulie des jeunes comtesses sont aujourd’hui marquées par l’estampille infamante de la ringardise.

Si le style admirable de La princesse de Clèves rendait compte avec une sophistication extrême des pensées de l’héroïne, le talent de Bertrand Tavernier ne suffit pas à donner de l’intérêt à une histoire dont les remous, les accidents, les atermoiements sont intérieurs, tout entier contenus dans l’esprit des personnages principaux. De la difficulté de retranscrire au cinéma les dilemmes dont les alternatives sont spirituels. Adapté à l’écran, La princesse de Montpensier n’est qu’un scenario de boulevard, triangle amoureux classique, vaudeville télévisuel dont les enjeux ne tournicotent pas le neurone, encore moins l’âme, ils sont parfaitement supportables un dimanche soir sur TF1, pourquoi pas agrémentés d’un bol de cacahuètes.

Certes les costumes sont somptueux, les décors léchés et la reconstitution de l’époque soignée mais cela ne suffit pas à faire naître une émotion. Bertrand Tavernier disposait pourtant d’une actrice magnifique, Mélanie Thierry dont j’ai déjà fait l’éloge dans un précédent article (voir ci-dessous), belle, frémissante, toujours juste, elle sauve la plupart des scènes où elle apparaît, heureusement elle est presque de tous les plans, on en dira pas autant de Grégoire Le Prince Ringuet – Pot de yaourt 0%, fade, inutile, incapable de susciter autre chose que l’ennui, il interprète un mari dont le charisme de ver de terre n’est pas justifié par le scénario, ce n’est pas parce que l’on manque de panache ou de brillant que l’on est nécessairement un stylo bille. Gaspard Ulliel qui interprète la tentation, joli plumeau, plein d’allant et de charme n’est pas mieux, il se contente de sa belle gueule et d’une démarche de racaille. Restent Lambert Wilson qui paraît du coup très bien et surtout Raphaël Personnaz qui donne à son personnage un mystère, un secret, un charme vénéneux qui manquent cruellement aux autres.

Classique, histoire de passions sans passion, on s’ennui  et l’on observe les rangs du cinéma, presque tous peuplés de classe de troisième envoyées là par un professeur de français sérieux et très professionnel, sans doute grand lecteur de Télérama. EE.

Edouard.

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*Je voulais faire une remarque, j’y renonce.

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