Le dernier Harry Potter est à l’affiche, je l’ai vu, j’ai aimé.

D'Harry Potter et des reliques de la mort, ce qu'Harry nous dit de l'ère atomique et des adolescents scrofuleux du cinéma français dans L'humeur d'Edouard haary-poooJe n’ai pas lu les livres, ils appartiennent à l’univers coloré des œuvres pour la jeunesse, romans non sans intérêt mais qui portent davantage à l’évasion qu’à l’introspection, dans l’engouement extraordinaire qu’ils rencontrent auprès d’un public adulte, je ne peux m’empêcher de voir le déni du réel, la progressive infantilisation d’un âge moins préoccupé par l’exploration de son être, et aujourd’hui de son mal être, que par la tentation de s’en échapper, de s’enfuir, de s’extirper à force de rêve d’une conscience trop affûtée de son insignifiance. On voudrait nous faire croire qu’une lecture sérieuse est possible, que la gravité imprègne cette histoire de petit sorcier, que l’intrigue exauce les plus sombres interrogations existentielles de l’homme mais ces différents niveaux d’interprétations ne sont en réalité pas différents de ceux que peut susciter n’importe quel texte. Il se trouvera toujours quelque exégète chenu, grand yoyoteur de touffes et zélé propagateur de bonnes paroles, qui trouvera du vice dans Oui-Oui, du sadisme chez la comtesse de Ségur ou de la suffragette dans Cendrillon, le mot s’offre à l’examen des esprits, il n’est pas le concept, éloigné de lui par cet écart infinitésimal qui est aussi un vide, un gouffre dont l’impénétrabilité autorise tous les jeux, tous les sens, autant que de lecteurs.

Le sens perçu en premier lieu, celui que l’on reçoit presque sans un effort de notre volonté est certainement celui qui touche au plus près de la vérité du message, au plus près de la pensée de l’auteur, les significations cachées le sont rarement pour d’autres personnes que celles qui les débusquent, sans d’ailleurs que l’intérêt de ces significations en perdent leur valeur, elles résultent simplement d’un mécanisme intellectuel très personnel ou la culture, l’éducation, la sensibilité prennent leurs parts. Qu’on exerce ces mécanismes sur des textes dont les enjeux sont en tout premier lieu le divertissement me semble juste dommage, gaspillage inutile qu’on aurait tort de croire justifié par l’extraordinaire succès remporté par lesdits textes. Harry Potter nous transporte dans un ailleurs fantastique, la magie est rose à Poudlard, les héros héroïques et les méchants très méchants, l’histoire est classique, d’une compréhension facile et les enjeux d’un accès si aisé, le bien contre le mal, qu’il n’est sans doute pas indispensable d’avoir bien vécu pour en apprécier l’exceptionnel intérêt, l’âge de raison suffira, à moins que vous ne soyez déjà perverti par l’esprit ratiocineur qui règne aujourd’hui, remugle étouffant qui fait examiner chaque mot avec un air de scepticisme, et si le mal valait mieux que le bien ? Et si le mal n’était pas vraiment le mal mais un bien ? Délire d’interprétation que je laisse volontiers aux journalistes de Libération, ils n’ont pas atteint l’âge de raison.

Nous vivons une époque passionnée de « sémantique », les significations du mot, l’extraordinaire latitude que laisse l’inadéquation du mot à l’idée, tout cela offre un champ des possibles que nos bienheureux médias s’empressent de labourer avec entrain, il n’est qu’à voir l’état du théâtre public en France, mise en scène signifiante étouffant l’émotion au nom du message, le journalisme n’est pas en reste réservant ses éditoriaux à de longues et fastidieuses analyses lexicales, un mot malheureux et un ministre tombe, sans parler de l’art contemporain qui se contente d’aligner les signes plus ou moins distincts, jouant des brumes spéculatives les entourant. Dissipez ces brumes, ne reste rien, rien que le néant et c’est bien peu. Le mot, le signe et le symbole sont les nouveaux objets du culte, la ferveur est entretenue par une technologie qui réduit les messages à l’octet, c’est à dire l’unité les composants, le mot. Elle ne nous laisse pas le temps d’apprécier les compositions entières. Nous perdons de vue le sens de notre vie, le réel nous échappe alors que nous n’avons jamais été autant abreuvés d’informations. C’est le paradoxe de l’ère sémantique, l’ère du petit, de l’unité, de l’atome. Je ne veux pas respirer cet air, j’ai besoin d’espace, de grandeur et de Dieu. C’est pourquoi je ne vois pas dans Harry Potter autre chose qu’un divertissement, je ne lis pas d’autre histoire que celle d’un petit sorcier qui lutte contre des méchants avec l’aide de ses amis.

 infantilisation dans Le cine d'EdouardC’est l’histoire que je suis allé voir au cinéma et c’est l’histoire que j’ai aimé. Au fur et à mesure des épisodes, les personnages prennent de l’épaisseur, maturité de l’âge qu’on retrouve dans le jeu des comédiens, petit anglais binoclard, irlandais bourru à la laideur bonhomme et frêle pucelle nous changent des stéréotypes ultra protéiné des films américains ou des ados scrofuleux du cinéma français. A la recherche des horcruxes dans lesquelles le méchant Voldemort a dissimulé son âme, ils parcourent le pays, traversant des paysages sublimes au gré d’aventures sans doute un peu longuettes mais dont l’intérêt réside moins dans leur participation au drame que dans l’illustration qu’elles donnent de l’adolescence, le réalisateur dresse le portrait d’adolescents normaux, ni drogués, ni misérables, ni déviants, il le fait avec finesse, sait préserver une place à l’humour, même si cet épisode est particulièrement sombre, et use des stéréotypes avec talent. Bien sûr il est aidé par une distribution de haute volée, Alan Rickman est exceptionnel, on ne le voit que quelques minutes dans cet opus mais il fait de chacune de ces apparitions une scène marquante, Helena Bonham Carter est terrifiante à souhait, les trois petits héros ont pris de l’âge et du talent et pour peu qu’on laisse encore s’infléchir notre tendance naturelle à la mièvrerie, on trouvera beaucoup de plaisir dans ce nouvel épisode. Pas un chef d’œuvre mais du travail bien fait. EEE.

Edouard.

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3 Réponses à “D’Harry Potter et des reliques de la mort, ce qu’Harry nous dit de l’ère atomique et des adolescents scrofuleux du cinéma français” Subscribe

  1. jc 7 décembre 2010 à 22:10 #

    jeu de mots de jc :

    sous les mots se cachent parfois des maux et sous les maux se cachent souvent des mots

    ce ne sont là que quelques mots à méditer.

    bonne soirée momo !

  2. Abélard 20 mars 2011 à 12:06 #

    pas de note pour celui-ci?

  3. Edouard 20 mars 2011 à 14:03 #

    La note est à la fin, EEE, c’est honnête, non?

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