Jérome Commandeur - Théâtre du Splendid - Ee - L'avis d'un nobode ou la grosse fatigue d'Edouard dans Les sorties d'Edouard sp_24708_g

Un jour que j’étais moche, j’ai ouvert un profil Facebook.

Le jour d’après, je n’étais pas moins laid mais la terre entière savait que j’avais une verrue sur le nez. Depuis on m’appelle Gargamel, ma vie est devenue un enfer, des schtroumpfs m’envoient des mails et ma consommation de champignons hallucinogènes a augmenté de façon tragique. J’erre désormais dans les forums, triste, désabusé, liant avec d’autres nobodes d’amères relations virtuelles, j’ai crée le club des verruqueux du pif et ma misère est si sombre que l’envie de jeter mon ipad me saisit le soir, à l’heure où les vexations me remontent dans le cœur, où la solitude du geek assombrit mon humeur, je m’allonge alors sur ma couette surpiquée en poils de buffle, carrés bleus sur fond orange, et j’attends le sommeil, il tarde à venir.

Sur Facebook, j’ai indiqué que ma grand-mère faisait du vélo, ça me semblait intéressant, j’aime bien ma grand-mère, elle sent l’urine et le Denivit et elle a toujours pris ma défense contre les forces du mal, je voulais rendre hommage à sa vitalité, j’ai également précisé que je vivais dans une chambre tapissée de moquette, quand je me cogne le visage pour distraire mon ennui, je sens contre ma peau les petites peluches, elles rentrent dans mes narines, je trouve ça rigolo. L’œil de Sauron me poursuit parfois, son iris orange darde ses rayons enflammés à travers la pièce et je dois me cacher sous mon siège à bascule, j’attends que le temps passe et je compte les rayures de l’étoffe qui tapisse le dossier. Je suis célibataire depuis l’âge de sept ans, depuis que Pauline-la-truffe m’a dit dans la cour de récréation qu’elle ne me tiendrait plus la main si je continuais à la mettre dans ma braguette, j’ai continué. J’enrichis tous les jours mon profil de remarques sarcastiques destinées à plaire aux filles, ma situation amoureuse est « Célib’ à traire », mon métier « winner », ma religion « ma religion », je m’étonne quelque fois de ne pas attirer plus de réactions enthousiastes. Je lis des magazines consacrés aux ordinateurs, je les empile près de mon oreiller, dans la pénombre les couvertures luisent doucement, je ferme les yeux et rêve d’un monde meilleur. Les coutures de mon pyjama forment un réseau de démangeaison, je devrais dire à mémé que la laine de buffle n’est pas d’un contact agréable, surtout pour les caleçons. Je finis par m’endormir.

J’ai découvert sur youtube un sketch de Jérôme Commandeur à propos de Facebook, ça m’a fait rire, je souriais encore quand je suis descendu manger des chips pour le petit déjeuner. Avec du lait, c’est meilleur que les cornflakes. Mémé n’en revenait pas, je ne sais pas ce qui lui a pris, elle est aussitôt monté dans ma chambre pour changer les draps. Au bureau, Emile a proposé d’y aller ensemble. J’ai un peu peur qu’on me voit avec lui, il est autiste et ne parle que d’ordinateurs, je ne voudrais pas qu’une fille me prenne pour un attardé. Finalement j’ai dit oui car c’était jeudi et je n’aime pas les raviolis.

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Au théâtre du Splendid, les fauteuils de velours ont l’écarlate fatigué, dans l’air flotte la fine poussière des salles qui ont une histoire, c’est l’haleine des vieilles putes, celles qui sont revenues de tout, qui bétonnent les creux de leur visage avec un fard huileux et qui vous lâchent au visage que vous êtes mignon, nous nous installons au milieu, entre un groupe de jeunes tellement jeunes que j’ai brutalement envie de leur écraser mon ipad sur le coin de la gueule et un gentil couple de provinciaux en cuir. Je jette un œil sur la gironde mais détourne le mirador, elle à une poitrine comme un tapis de souris. Le spectacle peut commencer.

Au début, j’ai ri de bon cœur, Jérôme interprète des personnages truculents et s’il le fait avec un talent inférieur à celui d’Alex Lutz, il ne démérite pas. Sa peinture d’une fonctionnaire dégoisant des saloperies avec des mines d’effarouchées est une réussite. Son récit d’un week-end entre amis en Bretagne n’est pas mal non plus, les caricatures sont jolies, bien troussées et j’ai bien cru que le tendeur qui maintenait mes zygomatiques allait péter d’un instant à l’autre. Pourtant quelques minutes plus tard, je me tournais vers Emile, il s’était endormi, le front contre le dossier d’en face, un filet de salive s’étirant jusqu’au sol, je trouvais le dernier sketch étonnamment mauvais et voulais savoir si mon sentiment était partagé. Dégoûté, je décidais en mon for intérieur qu’Emile était bizarre.

Les numéros suivants confirmèrent mon impression, Jérôme perdait pieds, j’étais désolé pour lui jusqu’à ce qu’il commette un sketch d’une nullité crasse, faussement provocateur et tournant les catholiques en dérision. Ce fut le clou du spectacle, celui auquel on accroche définitivement son avis et le mien était loin d’être positif, d’autant que la suite ne fut guère meilleure, le pauvre Jérôme enchaînant les trous de mémoire et les jeux de mots foireux.

Quand les lumières se rallumèrent, je laissais Emile dans le théâtre, donnais un coup de pied à un lampadaire et déclarais à une passante « You’re biutiful but i prefer Eiffel Tower », c’était un alexandrin. Elle ne fut pas séduite. Elle n’aimait pas la poésie. EE.

Edouard.

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