De la naissance d'un bébé médicament et des incidences morales de l'évènement dans L'humeur d'Edouard axel-kahn-kr-image-presse_124403321144205300 

La semaine dernière, un scientifique de renommée internationale déclarait à la face du monde qu’il n’y avait pas d’argument moral s’opposant à la naissance de bébés médicament. Axel Kahn, proclamateur des vertus publiques, savant dont je respectais jusqu’à présent la mesure des opinions, l’expression posée et presque terne, phrase sèche où l’articulation syntaxique exauce l’idée sans ornements, perdit aussitôt mon estime, je la lui ôtais sans amertume, ne voyant plus dans son sourire que le miel des mauvais penseurs.

J’aurais pu me douter de sa fourberie à la couleur de sa cravate. Un homme dont l’esthétique n’est pas choquée par une lavallière marron sur un plastron noir est un homme sans cœur. Sa proclamation faite, il se rencogna au fond de son trône, la mine si satisfaite qu’une noix de cajou peu résignée s’arrêta au milieu de mon œsophage dans l’intention manifeste de sacrifier son honnête digestion au délicat devoir de servir d’exutoire à mon indignation. J’hésitais quelques secondes puis déglutis, ramenant le zèle de la petite courageuse à ses proportions d’arachides.

Guillaume Durand, présentateur fistuleux d’opinions courantes, ne jugea pas opportun de demander des précisions. L’extraordinaire jugement d’Axel Kahn resta dans l’air comme une sentence définitive et j’en eus l’entendement serré comme l’organe d’une pucelle. Qu’il n’existe pas d’argument moral s’opposant à la naissance des bébés médicaments était un mensonge, un mensonge si incontestable que son énonciation à l’heure de l’apéritif révolta ma conscience, rendue pourtant inoffensive par l’engloutissement de deux verres de Martini.

La naissance récente d’un bébé médicament, naissance dont la presse s’est empressée de faire la publicité, entraînant la suspicion des observateurs les moins sceptiques tant l’écho donné à l’événement résonnait étrangement avec les discussions consacrées aux lois sur la bioéthique à l’assemblée, pose sans conteste une question d’ordre moral, la conception de la personne dont résulte cette naissance est-elle bonne ou mauvaise ?

La morale se fonde sur la séparation du bien et du mal, intuition fondamentale que les élucubrations philosophiques les plus diverses n’ont jamais réussi à démentir, le mal n’apparaît pas avec la culture, saillie honteuse des civilisations perçant une nature humaine nécessairement bonne, le brave Rousseau qu’un fier tempérament protégeait d’une conscience trop éclatante des insuffisances de ses divagations n’espérait pas rencontrer un jour autant de succès qu’aujourd’hui, un succès aux proportions du monde, de l’autre monde, celui des altermondialistes, le bon sauvage a les traits de Nicolas Hulot et il sera peut être président de la république française.

Certes la mise en place de règles, dont la compilation ne constitue pas la morale, est liée à des impératifs sociaux, le vivre-ensemble nécessite la réglementation des conduites, la cohésion d’une société, ce qui fait lien, dépend du respect de codes mais si la publication de ces codes est éminemment culturelle, la papous n’ont pas les mêmes que les anglais, ils trouvent néanmoins leur fondement dans la reconnaissance universelle de l’ambivalence de la nature humaine. Eussions-nous été des êtres aux inclinaisons naturellement bonnes que nous n’aurions pas été libres. C’est parce que nous sommes des êtres divisés, des êtres séparés, siège d’une lutte incessante, que nous pouvons choisir.

Nos actes ne sont jamais totalement bon ou totalement mauvais, des motivations obscures peuvent jeter une ombre sur les meilleures intentions, néanmoins le fruit de nos actes, indépendant des branches qui l’ont porté, se situe du côté du bien ou du côté du mal. Le bien comme valeur normative de la morale est essentiellement ce qui nous relit aux autres tandis que le mal est ce qui nous en sépare, définition propice aux développements les plus savants mais qu’il me faut pourtant déposer là, sans semonce et sans fard, dans l’espoir que vous saurez vous en contenter. Je ne parle évidement pas du bien métaphysique, encore moins de celui, fort utile, dont nos chers propagateurs de modernité font étalage dans les médias pour défendre tous les communautarismes. L’homme est mort, vive l’homme. Il est désormais, gay, nain, blond, immigré, sans papier ou il n’est pas.

Le bien rapproche les êtres singuliers, se conduire conformément à la morale, c’est reconnaître en l’autre une personne singulière, une personne disposant de sa propre finalité, finalité dont la valeur n’est pas inférieure à la sienne. C’est enfin accepter cette singularité, cette irréductible différence sans chercher à l’amoindrir, l’être profondément moral est celui qui pense aux autres avant de penser à soi. Au contraire le mal éloigne les hommes, il entretient l’idée que la singularité des personnes est le ferment des conflits, il encourage à rejeter l’autre comme être différent, le diable est celui sépare (dia – bole, jeter en travers). Il n’est pas étonnant que la conception moderne de l’homme réduise l’être au vivant biologique, brisant par la même ce qui fait la singularité des personnes. L’indétermination des êtres est l’étrange remède que la modernité a concocté pour lutter contre le mal. Evidemment ce remède est pire que le mal qu’il prétend combattre puisqu’il repose sur l’idée fausse que la biologie est la valeur normative de la vie. Le vivant n’est plus qu’un ensemble de cellules, indifférenciées, sans autre finalité que ne pas mourir, finalité négative qui satisfait les couards et Axel Kahn. Faire naître un bébé médicament, c’est refuser la singularité de la personne humaine, la singularité de son destin et au contraire considérer l’être comme un vivant biologique indifférencié, être sans finalité, moyen d’une biologie triomphante pour le maintien de la vie, pauvre vie. Faire naître un bébé médicament est immoral.

Sans même évoquer les manipulations ayant conduit à sélectionner des embryons. Autre sujet aussi vaste que l’océan…

Edouard.

Je relis mon article, je regrette d’avoir été aussi dur avec Axel Kahn, scientifique que je respecte et que j’admire. Sans doute sa remarque provient-elle de la nécessité d’être rapide, divertissant, léger, lorsqu’on communique à la télévision

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4 Réponses à “De la naissance d’un bébé médicament et des incidences morales de l’évènement” Subscribe

  1. vianney 25 février 2011 à 0:52 #

    « Faire naître un bébé médicament, c’est refuser la singularité de la personne humaine, la singularité de son destin et au contraire considérer l’être comme un vivant biologique indifférencié, être sans finalité, moyen d’une biologie triomphante pour le maintien de la vie, pauvre vie. Faire naître un bébé médicament est immoral. »

    Oui, bien sûr que cette possibilité nouvelle de la science pose de gigantesques problèmes moraux et votre critique est bien sûr valable. Mais les tenants d’une morale conséquentialiste (je n’ai personnellement pas d’opinion; ce problème me dépasse de très loin)formuleraient la question différemment: « A t-on le droit de sacrifier, ne serait ce qu’une vie, pour en sauver des milliers d’autres ? » Les réponses diffèrent selon la conception (strictement empirique ou alors disons métaphysique ou transcendante) que l’on se fait de la morale. Je doute que l’une puisse prévaloir sur l’autre.

  2. Edouard 28 février 2011 à 21:37 #

    Hello Vianney, je ne suis pas sûr que l’on puisse poser la question comme tu le fais, en l’occurrence la vie du bébé médicament ne me semble pas sacrifiée, au contraire on lui « donne », on lui « fabrique » une vie, une vie dont le sens me paraît du coup profondément immoral, elle n’est plus le fruit d’un acte libre. D’autant que cette vie n’en sauve qu’une, une vie pour une vie ?
    Et puis il existe d’autres moyens, comme les banques de sang placentaire, qui permettent d’éviter de faire naître des bébés médicaments, naissances que l’on pratique déja depuis une dizaine d’années. La publicité faite autour de cette naissance n’avait qu’un objectif de lobbyiste, influencer les débats sur la bioéthique à l’assemblée (l’un des principaux points d’achoppement était le maintien ou non de l’autorisation des recherches faites à partir des embryons humains).
    Pour moi, la conception de la vie dont procédent les recherches sur l’embryon humain est immorale car elle réduit la vie aux fonctions biologiques, détruisant ce qui fait la singularité de chaque être.
    Cela dit, j’ai l’impression d’être passé à côté de ton commentaire, quand tu écris morale « consequentialiste », tu penses à « la fin justifie les moyens » ? Une vie humaine n’est pas un moyen, elle est nécessairement un fin, non ?

  3. Carom 4 mars 2011 à 23:26 #

    Une vie humaine est un état transitoire plutôt… Peut on laisser mourir un enfant alors qu on peut le sauver?

  4. Anonyme 30 mars 2011 à 22:10 #

    Tu devrais te pencher sur la lecture de l excellent livre du brillantissime Jean Claude Ameisen  » la sculpture du vivant »… Ou podcaster sa non moins excellente émission sur France inter « sur les épaules de Darwin »… Assez bluffant a ce sujet!

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