Rachid Badouri - Théâtre Trévise - EE dans Les sorties d'Edouard sp_46864_g

Le spectacle de Rachid Badouri au théâtre Trévise est l’occasion d’aborder le sujet du comique de terroir.

Le comique de terroir est un genre d’humour dont la saveur tire son sel des spécificités culturelles régionales. La sensibilité des individus soumis à ce type d’excitation dépend de la distance qui les sépare des régions concernées. Cette distance est affective, plus elle est grande, plus la stimulation zygomatique produit d’effets. C’est ainsi qu’en plein cœur de Plougastel, il m’arrive d’éclater de rire à la vue d’une bigoudène, l’incongruité de sa coiffe en forme de tubulure, le rubicond de son pif et l’odeur de cochon suffisent à flatter mes zygomates. Je n’ai pour les bretons qu’un attachement médiocre, encore tempéré par l’obligation de faire preuve de compassion, la consanguinité de leurs rapports expliquant l’apathie intellectuelle de leur progéniture. Si le vice est patent, son origine génétique rachète les malheureux et on ne peut leur reprocher la faiblesse de leur résistance à la bibine.

Le comique de terroir remonte à la plus haute antiquité. En l’an de grâce 1515 avant Jésus Christ, un dénommé Philippe Gelluck frappa à la porte d’une auberge dans la belle campagne de Gaule, il souhaitait s’enquérir du cours du porc afin de vendre un cochon de ses amis dont le poids avoisinait le quintal. Une donzelle de forme patatoïde vient lui ouvrir et déclara : « Tiens ! V’là ben une belle frite, une fois ». En effet Philippe Gelluck était déguisé en frite. Les clients du tripot rirent de bon cœur, confortés dans l’idée que les belges étaient tarés. Naissance du comique de terroir.

Des siècles plus tard, le comique de terroir est devenu un genre prisé mais dangereux. Les différences culturelles inquiètent le citoyen modèle, habitant du grand village mondial, il ne voit en elles que les sédiments du vieil attachement patriotique, les réduire à des habitus inoffensifs par l’humour est encore un moyen de contester leur rôle dans l’édification d’une personnalité. L’idéal de l’homme moderne est l’ectoplasme, la singularité, qui trouve aussi sa source dans l’assimilation d’une culture, est reniée car elle présage des conflits, il faut être ectoplasmique ou ne pas être. Nous ne trouverons la paix que transformés en moule. Une moule est toujours égale, rien de moins dissemblable à une moule qu’une autre moule. Le comique de terroir se charge aujourd’hui d’habiller les moules, leur conférant pour quelques instants de grosse marrade l’illusion de la différence, c’est-à-dire de la supériorité, aux unes il donnera une perruque blonde, aux autres un cornet de frites, parfois elle se verra affublée d’un chapeau pointu, d’un feutre mou ou d’une casquette.

Néanmoins le comique de terroir peut s’avérer dangereux lorsqu’il oublie la nature conchylicole de l’homme moderne, c’est-à-dire lorsqu’il cesse de considérer l’individu comme une silhouette interchangeable vêtue d’anodins oripeaux et qu’il le représente comme un être pourvu d’une singularité réelle, née de son appartenance à une culture. Dans ce cas, le malheureux humoriste court le risque d’être crucifié par les zélés défenseurs de l’empire du bien, gardiens assermenté de la grande ferme mondiale, chut, on y élève des coquillages. Le droit des moules à l’égalité ne doit pas être bafoué (article premier de la déclaration universelle des droits de la moule). Les accusations de racisme fusent alors, la pauvre bête qui s’est aventuré dans les pattes des janissaires du conformisme finit hallebardée par Les Inrocks et Télérama, quand ce n’est pas par Monsieur Hessel.

rachid-badouri-04 humour dans Les sorties d'Edouard

Rachid Badouri au théâtre Trévise est un gentil comique bien comme il faut. Il est marocain et québécois, il tire de cette double origine un spectacle consensuel et assez drôle sauvé par son dynamisme et un talent certain pour la danse. Si les bons mots sont prévisibles, le cliché reste le meilleur ami du comique de terroir, Rachid Badouri montre un entrain qui finit par nous emporter. En une succession de numéros bien troussés, il illustre son parcours, essentiellement musical, de Michael Jackson au rap en passant par le disco. Il n’oublie pas que les chinois sont petits, ont les yeux bridés et une voix de fausset, qu’il neige au Québec et que c’est inhabituel pour les marocains et qu’enfin les italiens ont les cheveux gominés. Les moules sont habillées pour l’hiver. Plaisant et agréable, on rit volontiers, sans excès. EE.

Edouard.

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