La fête de la musique, la fête des petits merdeux dans L'humeur d'Edouard

La fête de la musique est une invention de petits merdeux pour les petits merdeux. Tous les petits merdeux au poilu gominé de crasse s’alignent sur les trottoirs et grattent de la guitare, du tambourin ou un instrument exotique en exposant leur peau blanche au soleil estival.

Les passants indulgents s’arrêtent de temps à autre pour examiner le petit merdeux le moins mauvais et finissent pas reprendre leur chemin, déçus et se disant que c’était bien la dernière fois qu’ils participaient à ce festival du slip incongru ou la célébration du médiocre est élevé au rang de culture. Parfois une grande scène est installée sur une place historique et les chanteurs télégéniques défilent sur l’estrade en poussant leur gueulante favorite avec des mines compassées ou des sourires de circonstances. Patrick Fiori chante l’amour, on aimerait le voir tabasser par un vigile de supermarché. Olivia Ruiz minaude, son physique transparent de gentille fille dont on ne retient jamais le prénom s’agite par saccade comme pour donner un peu de sens à une rengaine misérable, la télé réalité fabrique des starlettes rebelles qui ont des allures de bonne élève.

L'homme le plus laid du monde

Les merdeux en chef déposent leur offrande au pied de la tour Eiffel, gigantesque tas de refrains nauséeux, un nuage de mouches bleues s’agglutine en vibrionnant des mélodies sucées jusqu’à la moelle, c’est la grand messe du populaire.

Sur les écrans naperonnés des provinces une présentatrice surexposée passe les plats, Pascal Obispo, Nadya, Calogero, la crème est épaisse, elle s’appesantit sur les esprits fatigués et remplit les écoutilles d’une mélasse sirupeuse. Un groupe contestataire entre dans le champ, il crie qu’il faut sauver les arbres et que l’argent est méchant, on applaudit, satisfait, la musique a du sens et on est bien content. Le meneur lève le poing en signe de rébellion et vitupère contre le gouvernement. L’audace est telle qu’elle fait trembler d’angoisse les échines populacières, pour un peu on se croirait chez Thierry Ardisson. Daniela Lumbroso fait la mine de celle qui a mouillé sa culotte et passe le micro à Francis Lalanne pour un grand numéro de poésie suave. Les yeux s’embrument, dans la nuit électrique les milliers de prunelles comme des flammes de briquets font des points de lumière qui oscillent au rythme délicieux des vers de Francis. Chez Francis on ne boit pas de la bibine, on poétise.

Des gens s’endorment, terrassés par l’ennui. Ils rêvent qu’ils ne sont pas là, écrasés par des poitrines étrangères, la peau moite et le front luisant. Devant eux, contre la barrière, des bedons sanglés de sacoches, les harpions serrés dans des sandales pensent que c’est le plus beau jour de leur vie, Lorie les a regardé et ils ont aperçu dans son regard de l’amour et pourquoi pas de la miséricorde. Une blonde au féminisme débordant fait le vœu de ne plus laver la main que Garou a touché, elle la glisse dans la ceinture de son mini short et trémousse son popotin, elle est heureuse et voudrait que tout le monde le soit. Un petit garçon perdu regarde avec stupéfaction son père gueuler une chanson d’amour et regrette un peu le destin qu’on lui prépare. Sur les bords, de grands noirs aux dorures byzantines parcourent l’assemblée à la recherche d’une aubaine, menues rapines qu’il faut bien pardonner. La casquette vissée sur la tête, le regard creux et la conscience morale comme une moule pourrie, ils baguenaudent et glissent des mains expertes sous les jupes des filles.

Au retour, le long des grands boulevards, de pauvres troubadours en mal de reconnaissance attirent quelques américains en caressant des djembés. On les regarderait avec compassion si leur suffisance n’éclatait pas avec autant d’ostentation, ils se prennent pour Rimbaud, ils n’arrivent pas à la cheville de votre voisine de palier qui fait ses gammes, toujours les mêmes depuis dix ans. Plus loin des groupes de mexicains enchaînent les chansons huileuses, trompette grasseyante, rengaines gominées, au secours. El Condor pasa, peut être, loin de moi si possible. Ils retrouveront les couloirs du metro demain. En attendant ils vous empêchent de dormir avec conscience et vous vous surprenez à vouloir ouvrir la fenêtre pour balancer ce qui vous tombe sous la main sur leurs gueules humides de chicanos.

La fête de la musique est une invention de petits merdeux pour les petits merdeux.

Edouard.

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8 Réponses à “La fête de la musique, la fête des petits merdeux” Subscribe

  1. Abélard 23 juin 2010 à 17:29 #

    Ca alors, comme quoi très cher, il vous arrive d’en dire, des sottises. Et des grosses!!! On mettra ça sur le compte de la fatigue, d’une saute d’humeur, d’un enchaînement malheureux de circonstances néfastes: mauvaise nuit, absence d’érection matinale, placard sur la tête en se relevant pour avoir voulu décoincer votre chat de sous le lave-linge, aisselle ruisselante et nauséabonde collée contre votre visage dans la foule du métropolitain, elle commence vraiment mal, cette journée….
    Autre versant de l’évènement: la fête de la musique, magnifique moment de partage, de découverte, d’ouverture, de culture gratuite pour tous, etc…

    Il ne faut pas confondre votre incapacité à vous décoller du spectacle parfois médiocre proposé par quelques jeunes en plein éveil musical malhabile -qui vient instantanément et sans recours possible nourrir votre dégoût pour toute production musicale postérieure à 1850-, ou votre incapacité à vous bouger hors de chez vous après une grosse journée qui peut vous inciter malencontreusement à allumer votre téléviseur, et, de là, constater l’utilisation navrante que fait l’audiovisuel d’un évènement pourtant enthousiasmant.
    (pour peu que l’on accepte de s’ouvrir un peu les esgoinces…)

    Gambader, se laisser porter par les sons, éviter ceux qui nous déplaisent, se rapprocher, tendre l’oreille vers quelque chose qui, tiens, nous semble intéressant, beau, dansant, drôle, savoir s’arrêter ou passer son chemin. Rester, savourer, découvrir, combien de groupes magnifiques avons-nous découverts, combien de concerts mythiques offerts par des légendes -Lenny Kravitz place de la République, M devant la mairie du 3eme-…
    Au fond c’est juste une histoire d’état d’esprit. Ou juste d’intérêt pour la musique. Mais oui, quand on n’aime pas la musique, je conçois que la nuit puisse être longue!

    Amitiés,

    Abélard

    PS: la fête de la musique propose aussi de magnifiques concerts de musique classique en plein air ou dans les églises…

  2. edouardetmariechantal 23 juin 2010 à 20:15 #

    L’article date de l’année dernière.
    Merci Abélard pour ton commentaire qui me rappelle l’urgence d’aller voir Fabrice Luchini au théâtre de l’Atelier. L’empire du bien gagne jusqu’aux esprits les mieux préparés à lutter contre cet évangile du bien pensant, ce bréviaire obligatoire de la pensée moderne, juste, ouverte, quand je lis tes mots « magnifique moment de partage, d’ouverture, de culture gratuite pour tous » il me semble lire les mantras d’un nouveau code de conduite auxquelle on ne peut déroger sous peine d’excommunication, sorte d’intolérance, d’inquisition morale hypocrite qui peut tout se permettre car elle défend le « bien », l’ »amour », le « partage » et oui, la « tolérance », hypocrisie suprême. Si vous n’êtes pas de cet empire, vous êtes un moins que rien, un fasciste, un réactionnaire, un poussiéreux du bulbe, un écouteur de musqiue classique.
    L’époque moderne veut des fêtes, paradoxe monstrueux il faut que ces fêtes soient institutionnalisées, des fêtes universelles ou rien n’est célébré qu’être ensemble, techno parade, football, gay pride, nuits blanches, même défilé, même litanie, même peur. Il n’est pas un maire qui n’organise sa fête dégoulinantes d’un moralisme inattaquable car c’est celui de la modernité, centenaire de la naissance de Rimbaud, fête, abolition de l’escalavage, fête, victoire des handballeurs, fête, tricentenaire de la naissance de Molière, fête, mort de Mozart, grande fête.
    La fête de la musique n’est qu’une résurgence de cet état d’esprit , débilitant esprit pour un homme seul, égoîste, englué de niaiserie et trop bête pour s’apercevoir que ce qu’il prend pour une célébration n’est qu’un deuil, celui du sens de sa propre vie.
    La fête de la musique, en donnant l’illusion que la culture peut être gratuite, que la culture est affaire de tous, qu’elle est accessible, nivelle, arase, égalise, détruit l’idée du génie, l’idée du talent, ne reste qu’une médiocrité sans nom qu’il faut bien appeler « musique » puisque l’évangéliste de Libé l’a écrit.
    Quiconque s’éleverait contre cette communion, cette grande fête de l’amour, ce « magnifique moment de partage, d’ouverture » serait un être mauvais, méchant, condamnable.
    Je ne suis pas méchant, pourtant je n’ai pas envie de faire la fête avec n’importe qui, ni qu’on me dise quand je dois être heureux, je n’ai pas envie que l’on me dicte ce que je dois trouver « bien » ou « mal », je n’ai pas envie de mettre sur le même plan l’orchestre de radio France et le groupe de potes, l’égalité me débecte, le sentimentalisme des nouveaux censeurs me donne la nausée et plus que tout, marcher des heures dans des rues bondées comme dans un vaillant petit troupeau de moutons, trop cons pour s’apercevoir que leur sourires sont sur commande, n’est pas une activité que je trouve divertissante. Ceci était un point de vue macro. Point de vue encore renforcé par l’impact qu’ont eu les déboires de l’équipe de France de foot, la fête attendue n’aura pas lieu et c’est dramatique. Que le football soit la nouvelle universalité, qu’il réunisse les peuples, les cultures, sauve des économies et garantisse la paix social, qu’il soit une grande fête oecuménique ne choque personne, moi si. Je n’y vois pas un bon signe.
    Au niveau micro, j’aurais en revanche été ravi de venir t’écouter en concert, malheureusement j’en ai été empêché ce soir là par les circonstances, j’espére qu’il y aura d’autres occasions.
    A plus Abélard!!!!

  3. Abélard 23 juin 2010 à 20:57 #

    Houla très cher, ça en fait des amalgames!!
    Ce qui confirme ce que je pensais: vous devez être de bien mauvaise humeur…
    Du football, de la saint Valentin, de la fête des mères, je pense que nous tomberons d’accord.
    Mais je n’en démords pas, si seuls les génies avaient la possibilité de s’exprimer, le monde serait muet. Un talent a ceci de merveilleux qu’il nécessite travail, rigueur et passion pour grandir. Avons-nous le devoir de nous boucher les oreilles en attendant l’éclosion? Bon je vais encore être long,reparlons-en en direct, c’est un débat passionnant.
    Avant de finir néanmoins, je suis personnellement beaucoup plus choqué et fatigué par cette tendance très franco-intello à tout critiquer avec verve pour se crédibiliser. Avoir besoin de tout écraser pour se grandir soi. Comme de bien entendu, l’excès inverse revient aux « naïfs », aux « bénis oui-oui », bref, au vulgum pecum. Inférieurs.
    Apéro vendredi? nous critiquerons ensemble, avec de grands verres de mauvais bon vin!

  4. Edouard 24 juin 2010 à 11:31 #

    Quels amalgames ? Si rapprocher la fête de la musique des innombrables évenements festifs que notre époque a fait naître est un amalgame alors il s’agit d’un amalgame salutaire, c’est en raisonnant sur des bouts de ficelles qu’on finit par tresser des paniers qui ne contiennent que du vide, la métaphore est déposée, la fête de la musique est une institution récente, s’interroger sur ce qu’elle est, sur ce qu’elle veut dire de notre société sans s’arrêter aux discours convenus et débilitants amène forcément à questionner l’homme moderne, son besoin irrépressible de faire la fête n’est pas anodin.
    Concernant le génie, je te rappelle qu’aucun époque n’a fait naître de génie, ou alors des idoles éphémères qu’un siècle suffit à effacer, Michael Jackson sera oublié dans 50 ans. Les vrais génies ne font pas la fête de la musique, quelle ironie de découvrir à l’occasion d’un évenement aussi consensuel, aussi « bien vu » un talent dont le caractère génial tiendrait justement au fait qu’il soit totalement irréductible au consensus culturel de l’époque ? Le génie est marginal, secret et n’est pas reconnu de son vivant. Socrate a été poussé au suicide, Mozart est mort misérable, Rimbaud a arrêté d’écrire, Van Gogh s’est tué et j’en passe. Si un génie éclos aujourd’hui, ce ne sera pas à la fête de la musique ou à la Nouvelle Star. Au contraire, offrez une tribune aux médiocres et l’art sera médiocre, notre appréciation de l’art décline, elle se satisfait de plus en plus de la facilité, du joyeux, du sentimental.
    La « tendance franco-intello » a tout critiquer ne s’est pas beaucoup exercée à propos de la fête de la musique, il est des sujets intouchables dans les médias et cet évenement en fait partie. Je trouve donc bien curieux que tu dénonces cette tendance, facile aussi car elle te permet de renouveler ton serment d’allégeance à l’empire du bien, les bénis oui-oui sont les heureux propriétaires de l’époque, ce sont les vainqueurs, ceux qui dénigrent l’affadissement global des valeurs sont aussitôt stigmatisés, ce sont des gens qui cherchent a exister, d’ailleurs on ne les entend plus, on ne les voit plus, ils ont quasiment disparus sauf pour ceux qui les poursuivent de leur imprécations. Rassures toi, tu es du bon côté, tu es pour l’ouverture, la culture pour tous et l’amour entre les peuples, tu pourrais devenir Miss France (je voterais pour toi).
    Moi, je suis dubitatif et je me pose des questions. On ne doit pas se poser de questions dans l’empire du bien, on doit faire la fête.
    Je ne suis pas de mauvaise humeur, il faut arrêter de penser que les opinions différentes proviennent forcément d’une maladie, c’est vexant et un peu fasciste…
    Vendredi serait avec plaisir mais je te propose plutôt de venir au Solidays écouter Hocus Pocus avec Agathe et Aristide, à plus Pollux,
    Edouard.

  5. vianney 24 juin 2011 à 17:13 #

    c’est pourtant si beau francis lalanne…

    http://www.dailymotion.com/video/xcsd3u_ouvrir-son-cyur-francis-lalanne_music

  6. Anonyme 22 décembre 2011 à 10:45 #

    c’est pas cool de dire sa parceque les chanteur save chanter et les gens comme toi qui reste devant l’ordi toute la journer pour écrire de la merde comme sa et ben reste y mais vien pas faire chier le MONDE

    • Anonyme 23 décembre 2011 à 12:23 #

      Merci de respecter la langue française si vous souhaitez que vos commentaires (d’un intérêt sidérant) soient validés, et prenez un peu d’humour tous les matins, cela ne vous fera pas de mal…

      • Anonyme 27 octobre 2014 à 14:45 #

        Et en plus c’est très digeste, surtout à jeun !…

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