Transformers 3D - Michael Bay - 0 dans Le cine d'Edouard 19734117

Hier soir, j’ai mis de l’ordre dans mes cheveux, un peu de noir sur mes yeux et je suis allé voir Transformers 3 aux Halles. Cinq heures plus tard, je sortais de la salle épuisé, l’âme centrifugée, le neurone écrasé par une brique et l’oreille si pleine de bruits et de fureur que j’étais bien sûr de ne jamais récupérer l’intégralité de mes capacités auditives, qui sont énormes. Jusqu’à présent, il m’était possible de discerner le vrombissement d’une mouche dans le concert des nations, aujourd’hui je n’en suis plus capable, à peine saurais-je reconnaître dans la voix de Joey Starr la suave raucité des parades nuptiales du phacochère à poils longs.

Les amis, Transformers 3 est une œuvre bouleversante, une ode au robot mixeur, un cantique pour un grille-pain, louange des hommes de bonne volonté à la cocotte-minute. Quand je suis rentré chez moi, j’ai caressé ma machine à laver et j’ai éprouvé du plaisir. J’ai glissé dans le tambour ma lingerie fine et mes chaussettes, lancé un programme court, l’extase est venue si vite que j’ai dû me raccrocher au micro-onde, j’ai dit « Pardon ».

Il y a fort longtemps, préhistoire de la pensée, seul l’homme avait une âme, quelques années encore et la femme s’en trouva munie, puis les indiens, les animaux, les arbres et maintenant les voitures. Il n’y avait autrefois que les détenteurs de gourmette pour croire au libre arbitre de leur machine. Et peut être Dominique Strauss Kahn auquel le landerneau médiatique prêtait une liaison douteuse avec une Porsche bien carrossée. Aujourd’hui même ceux que la nature a doté d’une pilosité discrète doivent finalement convenir que la Twingo a une conscience. Certains esprits chagrins peuvent bien écrire à propos de l’infantilisation progressive des sociétés, il n’en reste pas moins qu’un tigre est dans le moteur de ma charrette. Que le plus grand succès de l’été soit un film produit par une marque de jouets ne témoigne pas de l’infantilisation de l’homme moderne, mauvaise pensée de vilain réactionnaire, c’est au contraire un signe encourageant, celui de la simplification des modes de pensée, foin d’inutiles sophistications, de tournicotis cérébraux, la vérité est dans le divertissement, bienheureuse ataraxie de cellules grises, rien ne compte que saisir l’instant, le plaisir et l’information comme elle passe, c’est-à-dire vite et sans laisser d’empreinte.

A un moment particulièrement émouvant, quand le robot blanc arrache la carotide du robot noir, un code couleur astucieux permet de reconnaître le camp du bien, j’éprouvais une empathie si singulière à l’égard du héros métallique que je me rencognais au fond de mon siège afin qu’on ne surprenne pas mes yeux brillants de larmes. Plus tard alors que le jeune Shia converse avec un pot d’échappement sur fond de montagnes vaporeuses, je caressais discrètement mon genou droit, je ressentais la tendre complicité qui les unissait et cette affection sereine, douce, attentive, à l’encontre de tous les préjugés, me parut une leçon de tolérance pour notre monde déchirée par la guerre, la pauvreté, la faim, la bactérie E coli, les épinards et les primaires du PS.

L’intrigue est passionnante, c’est Shakespire chez les amerloques, Robert Shakespire né en 2001 à Los Angeles, 10 ans d’âge mental, normal me direz vous, comme un bon vieux Coca Cola en fût de chêne, elle oppose de gentils robots Benetton qui se battent pour la liberté, ils sont polis, blancs, jaunes ou verts, et de méchants robots dont on ne connait pas trop les motivations si ce n’est qu’ils sont très mauvais, ils ont les aisselles moites, ils sont vieux, noirs ou marrons. Entre les deux, il y a un jeune branleur et son amie taupe modèle, elle ne sait pas marcher autrement qu’en défilant. Les bons sont les Autobots, ils se transforment en voitures américaines ou en camion de pompiers, les vilains sont les Decepticons et se changent en voitures japonaises ou en camion poubelle. Aucun risque de se luxer un neurone. A ma grande honte, je dois avouer qu’un moment vint où je souhaitais ardemment la victoire des camions poubelles, je surmontais la tentation en avalant un Xanax. J’en avalais un second quand la question de la reproduction des autobots insinua dans la voussure de mon pensant d’affreux doute quant à la crédibilité des interrogations existentielles des mécanismes autoportés. Point de psychologie sans sexe et ces mâles bêtasses rouillées ne disposaient à l’évidence d’aucun organe reproducteur quoiqu’un certain nombre de membres télescopiques encombrassent leurs flancs d’acier. Le quota pornographique est assuré par la bombasse du branleur, c’est Barbie poufiasse puissance 10 000.

Le film de près de deux heures se termine par une scène d’action d’environ 3h30, un exploit que l’on doit au talent d’artificier de Michael Bay dont la finesse, le goût des choses simples et des marcels sales, sont bien connus depuis Armageddon. On ne comprend rien mais c’est spectaculaire.

Film d’une incommensurable stupidité, film d’une génération, celle qui croit que l’enfance est le pays de Oui-Oui et qui confond l’innocence et la bêtise. Je le sais, je suis de cette génération. On aurait tort de penser que ce genre de film est anodin, tant mieux s’il donne du plaisir, tant pis s’il est stupide. Il est symptomatique du refus de grandir. La vie n’est pas une pub Herta. Sauf pour une saucisse. 0.

Edouard.

Dans ce blog, sur l’infantilisation progressive de l’homme moderne

4 Réponses à “Transformers 3D – Michael Bay – 0” Subscribe

  1. Laetitia 7 juillet 2011 à 17:26 #

    Cher Berdouard,

    je n’ai pas eu le courage de lire en entier ton article car j’ai déjà mon idée sur Transformers 3, la même que sur les 1 et 2 d’ailleurs.
    Pour donner de l’eau à ton moulin, il paraît que deux scènes sont un pur et simple copié-collé de The Island
    http://www.onlike.net/cinema/transformers-3-the-island-recycle/
    Scandale !

  2. Elias 9 juillet 2011 à 17:09 #

    Je me pince. Vous pensiez sérieusement qu’en allant voir ce film dont l’affiche en dit long sur son ineffable subtilité avait une chance d’accrocher un tant soi peu votre intérêt?

  3. Elias 9 juillet 2011 à 17:10 #

    *un tant soiT peu

  4. Edouard 17 juillet 2011 à 22:35 #

    Je dois plaider coupable, il m’arrive d’éprouver un plaisir malsain devant des oeuvres qui témoignent d’une bêtise si crasse qu’elles repoussent les limites de l’intelligence à des profondeurs insondables, j’en ressors toujours avec une très haute opinion de moi-même. Cet aveu est tout à fait navrant, j’en conviens et j’en ai honte. J’aime beaucoup « ineffable subtilité ».

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