Propale théâtre - Septembre 2011 dans Propales theatre panda11-225x300Ce matin, dans le métro, alors qu’ayant lu consciencieusement l’horoscope du Parisien je cherchais à déceler les causes des nausées passagères qu’on me promettait aujourd’hui, un couple d’une taille lilliputienne vint prendre place en face de moi. Japonais tous les deux, ou chinois, les lecteurs assidus de ce blog pardonneront la légèreté de mes connaissances anthropologiques, ils arboraient le mystérieux sourire des êtres qui ne sourient jamais du fond du cœur. Les lèvres tendues en un arc jovial, la mine réduite à un chiffon de peau, ils s’inclinèrent devant moi. Les autres passagers, perdus dans la contemplation du vide intersidérale de leur existence, ne remarquèrent pas ce mouvement. J’en fus chagriné car il me semblait qu’une marque de respect aussi délicate eut été plus gratifiante si elle avait été observée par mes voisins. J’en aurais tiré d’avantage de fierté, l’attention dont on est l’objet s’agrandit d’être publiquement démontrée.

Je m’inclinais à mon tour en signe de bonne réception. Le péril jaune ne fut pas en reste et pencha la tête de plus belle. Je les récompensais de nouveau en ployant le chef jusqu’à sentir dans la colonne un douloureux étirement, présage de rupture. En face de moi, la paire nippone fléchit alors le crâne de façon si spectaculaire que l’extrémité de leur scalp atteignit une altitude très en dessous du niveau de la mer. Je pus l’estimer car mes genoux sont très exactement au niveau de la mer (c’est pourquoi j’ai toujours pieds à Cannes ou à Biarritz). Mon anatomie d’athlète multivitaminé m’empêchant de témoigner une reconnaissance à la mesure de cette inclinaison, je me contentais de joindre les mains comme on le faisait dans Bioman. Je les calmais ainsi pendant au moins trente secondes. Je compris qu’ils avaient été sonnés par ce geste d’une courtoisie délirante, dans mon petit cœur patriote une voix de stentor susurra « You’re the greatest Edouard ».

Remis de leur étourdissement, ils m’adressèrent la parole dans un anglais que je jugeais d’emblée inférieur aux normales saisonnières, en tous les cas très inférieur à celui de Mariah Carey ou d’Otis Reading : « Mister, you are the lotus flower of the day, you are blowing in the wind, you are like a candle in the wind ». Ils me connaissaient mieux que je ne l’aurais cru. Je répondis « Cinq to you, ture en zinc » et attendis la suite. J’étais heureux de faire la preuve d’un humour froid et sophistiqué. « Do you know where we’ve to get off to see the Eiffel tower? ». Je répondis « Cinq you » et repris après deux secondes d’hésitations « Kevin is in the kitchen ». A leur chafouin éberlué, je supputais l’incompréhension. Je précisais « My tailor is rich ». Nous échangeâmes alors un regard d’une intensité si faible qu’il eut été impossible d’entendre une mouche voler, encore moins de percevoir le bruit sec provoqué par sa rencontre inopinée avec le plexiglas de la vitre. Un regard d’une intensité faible est l’échange oculaire que peuvent avoir deux êtres vivants sur des planètes différentes. Si le regard est la corde imaginaire reliant une pupille à un objet, le fil qui joignait ma prunelle à celles des sashimis était bien lâche, voire prêt à se détacher. Je finis par loucher.

Au bout de quelques minutes de mésentente cordiale, je frottais mes chaussures Manfield contre le revers de pantalon de mon voisin, j’aime que mes escarpins brillent de mille feux, sourie aux mini-pandas et m’apprêtais à quitter la rame quand mon attention fut attirée par le Pariscope que le monsieur bridé tenait entre ses mains. Sur la couverture vernaculaire s’étalait l’affiche du prochain spectacle de théâtre que j’allais voir, Hollywood avec Thierry Frémont, Daniel Russo et Samuel le Morbihan (ce mot est désopilant, je vous donne deux minutes pour reprendre votre souffle).

Pendant ce temps à Vera Cruz, Lucinda achète un kilo de tofu pour préparer un pad thaï gigantesque à l’intention de son mari Roberto.

Cette vision me rappela avec nostalgie la période bénie des propales théâtre et je décidais sur le champ de reprendre cette douce pratique. Merci la Chine, merci le Japon, vive les plats en sauce et les champignons noirs. Pour ce mois de septembre :

Hollywood – Ron Hutchinson

Théâtre Antoine – Jeudi 22/09 – 21h

La pièce raconte l’écriture du scénario d’Autant en emporte le vent sur la base du roman de la mère Mitchell. Pièce ayant connu un succès mondial, elle est montée pour la première fois en France. Drôle et spirituel.

Le songe d’une nuit d’été – Shakespeare

Théâtre de la Porte Saint Martin – Jeudi 06/10 – 20h

Je ne présente pas la pièce de Shakespeare mais comme vous pouvez le constater sur l’affiche, la mise en scène évoquera les sixties et Chapeau melon et bottes de cuir.

Edouard.

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