Primaires socialistes, la démocratie pour les nuls dans L'humeur d'Edouard primaires-socialistes-un-deuxieme-tour-hollande-aubry_large1Je ne suis pas sûr que les primaires socialistes ait été un si bel exercice de démocratie. Pour tout dire, il me semble même que l’organisation de ces primaires signe la mort des idées dans le débat politique. A longueur d’antenne, de térébrants politologues rappellent aux gens de peu qu’un candidat choisi par une majorité de votants est la preuve que Dieu existe. Si demain une majorité de votants portent au pouvoir Marine Le Pen, il est pourtant peu probable que ces mêmes politologues continuent à rendre un culte à la divine proportion, plus de 50% et vous êtes l’oint du seigneur, l’élu.

Hier soir chez Fréderic Taddei dont l’obligeance à rassembler tous les mardis soirs un plateau composite ressemble à un sacerdoce, seule la conscience d’une mission surnaturelle peut expliquer son obstination à inviter Maître Levy ou Alain Badiou, la madone Anne Hidalgo, xylogotte émérite, rappelait aux auditeurs assoupis que les primaires avaient suscité un formidable élan d’enthousiasme, les primaires étaient le premier acte d’une république enfin purifiée des manœuvres d’appareil. Il était 23h, je consultais mon horoscope et j’étais aussi intéressé par son propos que par la mammographie de Suri Cruise. Néanmoins, dans ma conscience obscurcie par la vapeur télévisuelle j’entendis une petite voix susurrer « Anne, ma sœur Anne, ne vois tu rien venir ? », cela suffit à détourner mon œil des conjonctions astrales, du temps qu’il fait et du prix des artichauts.

Autour de l’adjointe au maire de Paris, l’habituelle clique des usagers du grand métropolitain. Un philosophe inutile, Alain Guyard, un écrivain de droite, on pouvait respirer l’odeur de ses charentaise à travers l’écran, Fréderic Lenoir, attendrissant de naïveté, une jeune auteuse à moue aux idées molles, l’ineffable Emmanuel Todd, intelligent mais dont l’élocution précipitée traduisait le refus de la contradiction et enfin Alain Madelin, professeur d’économie démontrant à sa classe de terminale la nécessité du libre échange. Manquait Arielle Dombasle.

Saisi par la rutilance intellectuelle du plateau, je m’autorisais à consacrer quelques minutes d’attention à l’aréopage. Ma déconvenue fut si fatale que je repris une cacahuète, je voulais dépenser l’énergie produite par ma frustration à des fonctions plus adaptées à sa valeur, désir absurde bien entendu, on ne soigne pas les blessures de l’orgueil par la digestion de noisettes. Les invités partageaient le même enthousiasme pour ce brillant témoignage de la vigueur démocratique.

J’eus aimé partager ce fol attendrissement, malheureusement je suis irrémédiablement perdu pour la cause, les frénésies congratulatoires ne reposant que sur la récitation des mantras habituelles de « démocratie participative », « investissement citoyen », « citoyenneté responsable » finissent par provoquer chez moi une lassitude fatale. Nous vivons à l’ère sémantique. Autrefois l’examen du réel dictait aux esprits honnêtes les mots pour le décrire, aujourd’hui les mots ont définitivement pris l’ascendant, ceux qui prennent la peine d’examiner le réel sont des réactionnaires, c’est le mot qui donne le sens, peu importe qu’il recouvre le réel, si le concept plaît, jolie bulle s’envolant dans l’éther médiatique, il sera repris dans le missel des panurgiques. Le réel fait peur.

La vérité est que la démocratie est moins une valeur qu’un système, un système politique reposant sur le principe électoral. Par le jeu électoral, le pouvoir est finalement dévolu au candidat le plus consensuel, c’est-à-dire à celui qui aura rassemblé le plus de suffrages. L’exercice démocratique, en assurant l’établissement d’un consensus, limite le risque de déposer le pouvoir entre les mains d’un dictateur, les électeurs votant pour le candidat qui servira au mieux leurs intérêts. En cela, c’est le moins mauvais des systèmes politiques. Néanmoins en permettant l’avènement du consensus, il clos les débats, oblitère les idées différentes. Les idées de Montebourg ou Valls, les plus originaux des candidats sont d’ores et déjà perdues, le mandat obtenu par Hollande ou Aubry dimanche prochain est irréfutable et leur permettra sans mal de réduire les minorités infidèles à l’état d’utilité.

C’est ainsi que l’on doit voir la démocratie, l’instituer en valeur ultime des peuples, c’est confondre un système et le bien commun quant le système devrait être au service du bien commun. En Egypte, là où quelques semaines plus tôt de redoutables rhéteurs occidentaux vantaient les révoltes pour la démocratie, on massacre des chrétiens, la majorité est musulmane. Je ne dis pas que la démocratie a aussi ses dommages collatéraux, expression chère à Tony Blair, mais ça y ressemble.

Les primaires socialistes ont étouffé des idées neuves. De toute façon, je n’ai jamais aimé le consensus. La marche du monde s’engrène sur le débat d’idée, pas sur le consensus. Le consensus, c’est la mort.

Edouard.

Lire aussi dans ce blog (cliquez sur les titres) :

Fréderic Taddei et le cénacle des couilles molles

Coup de gueule – Clémentine Autain chez Fréderic Taddei

La victoire de l’Esprit ou le déclin de l’intelligence – Alain Badiou chez Fréderic Taddei

La démocratie selon Raymond Aron – Philosophie politique en transport urbain

L’ère sémantique – Harry Potter et les adolescents scrofuleux du cinéma français

Je conseille également le dernier livre de Chantal Delsol L’âge du renoncement, plus particulièrement le chapitre 5 consacré au consensus en démocratie.

Mots-clefs :,

3 Réponses à “Primaires socialistes, la démocratie pour les nuls” Subscribe

  1. vianney 13 octobre 2011 à 0:37 #

    « une véritable démocratie suppose un éthos démocratique »
    Cornélius Castoriadis

    Si le processus démocratique n’était rien de plus que ce que vous en dites, il ne prospérerait pas avec autant de fortune.

    Et il est douteux (en étant gentil) de penser qu’il y ait une unique forme possible de fonctionnement démocratique, qui serait celui que nous connaissons.

    Pour résumer, l’à-quoi-bonnisme de ce post m’attriste un peu,venant de vous.

    Que pensez vous de l’initiative de Montebourg (lettres réponses rendues publiques) ?

  2. Edouard 13 octobre 2011 à 9:47 #

    Bonjour Vianney, oui vous avez raison, il n’y a pas une unique forme de démocratie, je regrette que mon article puisse être interprété comme une critique du fonctionnement démocratique (à la relecture, je vois bien qu’il est facile de le prendre pour tel, sans doute ai-je cédé à la tentatiion du simple, rapide, divertissant, tentation que je réprouve pourtant à longueur d’articles) mais ce n’est poutant pas le cas et je suis d’accord avec vous, la démocratie peut s’exercer de multiples façons mais toutes ces manifestations ne sont pas nécessairement bonnes.
    Pour moi les primaires ne sont pas un bon « exercice » démocratique car elles obligent au consensus des idées à plus de 8 mois de l’échéance présidentielle conférant à celui qui obtient finalement le mandat un blanc seing (pour le coup fort peu démocratique).
    Je dis juste que la démocratie est le meilleur des systèmes mais qu’on doit l’utiliser avec discernement de peur d’étouffer les idées.
    Et si les primaires socialistes n’étaient qu’une manoeuvre politicienne (fonctionnant essentiellement sur la peur du Sarko…)?
    Quand aux doléances publiques de Montebourg, elles permettront sans doute à ses idées d’exister entre les deux tours, au delà et dans 8 mois, cela me paraît illusoire. Qu’en pensez vous ?
    Merci de votre commentaire, ça fait plaisir.
    Edouard.

  3. vianney 13 octobre 2011 à 22:17 #

    Je ne sais pas si cette méthode permettra à ces idées d’exister dans la durée mais sur le principe, je trouve ça salubre de jouer cartes sur tables. Le fait qu’il n’appelle pas non plus ces électeurs à voter pour l’un ou l’autre montre qu’il est cohérent et qu’il se fait une haute idée de son électorat.

    A mon avis la meilleure méthode de promotion de ces idées est celle faite par ceux qui lui sont opposés. En général ça donne dans la piteuse réduction ad lepenum http://www.youtube.com/watch?v=SV67hKQ9Prc (attention ça peut donner envie de filer des baffes). Ou alors on stigmatise ses concepts économiques comme « ringards » (quel pire offense ?!!). Comment diable un concept économique peut-il être ringard ?!!
    http://www.lepoint.fr/politique/valls-juge-ringarde-la-demondialisation-pronee-par-montebourg-25-09-2011-1377244_20.php

    Mais bon venant de ces deux grotesques on n’est pas surpris.
    Ici l’article de loin le plus malin que j’ai lu sur la question:
    http://blog.mondediplo.net/2011-06-13-Qui-a-peur-de-la-demondialisation

    Vianney

Laisser un commentaire

Les clics de Narcisse, du mariage pour tous et d’une chèvre mélancolique

Mes bien chers frères humains, petites chèvres et moutons bien gras, le mariage pour tous n’en finit pas de générer […]

La démocratie conchylicole ou le rêve français d’Eva Joly

Hier soir, devant un public encore vert, la candidate Eva Joly déclarait que sa conception du rêve français était « la […]

Impasse Adam Smith – Brèves remarques sur l’impossibilité de dépasser le capitalisme sur sa gauche – Michéa – EEE

  Jean Claude Michéa est honnête, c’est une qualité rare, surtout pour un socialiste. Heureusement pour le lecteur, il fait […]

Retour de vacances, de la culture du temps à celle de l’espace ou comment le touriste transforme peu à peu le monde en hall des expositions

De retour de Thaïlande, pays où le touriste écrasé de chaleur rend l’âme devant l’image d’un dieu gras et placide, […]

La fête de la musique, la fête des petits merdeux

La fête de la musique est une invention de petits merdeux pour les petits merdeux. Tous les petits merdeux au […]

Fabrice Luchini – La Fontaine, Baudelaire, Hugo, Nietzsche… – Théâtre de l’Atelier – EEE

Fabrice Luchini est un être merveilleux. Un ange de nos campagnes descendu des sphères pour chanter les louanges de la […]

ArtDesign by Ellyn |
pour le plaisir....rêve,mag... |
converseyourself |
Unblog.fr | Créer un blog | Annuaire | Signaler un abus | lamioutta
| Précieux papiers
| Et un p'tit tour