Jésus - Jean-Christian Petitfils - EEEE dans Les lectures d'Edouard jesuspetitfils-195x300Mes biens chers frères, en ces temps de disette eschatologique, rien ne semble aussi éloignée de nos préoccupations que notre fin dernière, il est bon de rappeler à notre conscience grasse de mille jugements prêt-à-porter que la vie n’est pas aussi absurde que de bienveillants épicuriens à la mode de Caen voudraient nous le faire croire. La vie a un sens. Un sens si formidable que lorsque sa pensée vient titiller notre entendement, il est rare qu’en un réflexe culturel sailli des trop longues heures à se dorer la pilule sous la phosphorescente lucarne, on ne tente pas de la détruire ou de lui refuser l’accès à notre humeur. Ce sens, c’est la mort. Le formule tient plus du lapidaire, abrégé rhétorique à effet dynamitant, que de l’expression d’une vérité irréfutable mais enfin il faut bien admettre que la vie mène à la mort, direction peu réjouissante, on préférerait un champ de blés, un soleil couchant ou une réincarnation mais on ne choisit pas et on doit bien se résigner.

Hier, je lisais par mégarde un article de Libération, la sainte écriture faisait mention des activités terroristes d’un groupe de chrétiens bien décidés à interrompre un spectacle donné au Théâtre de la Ville « Sur le concept du visage du fils de Dieu ». Je me rappelais alors les comptes rendus qu’une certaine presse avait fait de ce spectacle présenté à Avignon et j’éprouvais aussitôt de la sympathie pour les courageux défenseurs de Jésus. Quoiqu’il eut sans doute été plus sage de manifester son désaccord d’une façon moins tempétueuse, la publicité faite au spectacle est regrettable tant son titre seul suffisait à faire fuir les âmes bien nées ou simplement honnêtes, j’étais moi aussi révolté par l’outrage. Le doucereux scandale d’un art si pauvre que son prétexte est tout entier contenu dans l’insulte portait ma chaire de révolutionnaire à ébullition. Nul besoin d‘avoir écumé les salles subventionnées pour discerner dès la lecture du titre l’effroyable prétention intellectuelle du metteur en scène, nul besoin d’avoir son billet au Théâtre de la Ville pour reconnaître la vacuité d’une mode. Sur une scène vide, un être se vide, et dans ce trou noir du sens, le kéké voit toute sa vie.

  Jésus dans Les lectures d'Edouard

Quand la perte du sens devient si effrayante que l’homme moderne ne trouve plus de raisons d’exister que dans la rhétorique débilitante des symboles et des signes, c’est le moment où l’eschatologie devient scatologie. Sur la scène du Théâtre de la Ville et peu importe ce qu’a voulu exprimer l’ « artiste » nulle beauté à contempler, juste un vieil homme qui fait des crottes devant une image du Christ. Le tableau est saisissant, il supporte toutes les interprétations, s’accommode des ratiocinations vaines, des élucubrations farfelues, rognures d’ongles que tout cela mais les ravis de la crèche médiatique s’enthousiasment, « Tout a un sens puisque rien n’a de sens ». Nous vivons à l’ère sémantique, la valeur est portée par le médium, le mot, le signe, davantage que par le réel qu’ils désignent. Romeo Castellucci l’a bien compris, il n’y a pas de message, juste un tas de merde. Et la merde donne à réfléchir aux fouilleurs de merdes. La merde dit tout car elle ne dit rien, absurde suprême qui sert d’argument aux malhonnêtes travailleurs de la culture.

Je suis bien fâché de me montrer si véhément, je m’apprêtais à faire la critique de la biographie de Jésus par Jean Christian Petitfils et je m’embarrasse finalement d’une considération peu amène sur l’art contemporain, je voudrais que vous me pardonniez. Cela dit il est grand temps de réhabiliter l’eschatologie.

Le Jésus de Jean-Christian Petitfils fera certainement référence. Travail d’historien, l’auteur raconte la vie de Jésus avec le souci constant de valider son propos par des sources historiquement valides. Pourtant, ce n’est pas non plus un acharné de la preuve, certains événements ne peuvent se comprendre qu’au regard d’une bonne connaissance de la culture juive de l’époque, connaissance dont il dispose assurément. L’absence de preuve matérielle ne justifie pas l’absence des faits. C’est ainsi qu’il rétablit quelques vérités mises à mal aujourd’hui, plus d’ailleurs par cette sorte de putréfaction qu’entraîne l’exposition du réel à l’air du temps que par la contradiction scientifique, Jésus était fils unique, Marie Madeleine n’était pas une prostituée, le christ était célibataire et il croyait en Dieu, plus que cela il croyait être le fils de Dieu, l’historien se garde bien de juger la foi des disciples, il se garde bien d’éprouver la foi du lecteur, il ne peut qu’admettre que le Jésus de l’histoire était davantage qu’un fauteur de troubles politiques ou un réformateur de la loi religieuse, il croyait véritablement être Dieu. Enfin il ne peut que constater que l’histoire de Jésus aurait dû se terminer au tombeau, ses disciples terrorisés, pourchassés par les grands prêtres et l’occupant romain, or cela n’a pas été le cas, au contraire, mystère insondable d’une religion dont l’essor aurait dû être tué dans l’œuf et qui s’est trouvée finalement grandie des affronts, persécutions qu’on lui a fait subir.

Jean-Christian Petitfils se penche uniquement sur la vie publique du Christ, période la plus documentée et à propos de laquelle les sources évangéliques peuvent être confrontées et vérifiées. Il précise que seuls les quatre évangiles canoniques sont valables dans la perspective d’une analyse proprement historique. Eux seuls ont été écrit à l’époque apostolique (après la mort de Jésus mais alors que les apôtres étaient encore vivants) et l’un au moins a été écrit par un témoin oculaire, Jean, issu de l’aristocratie religieuse de Jérusalem. Les évangiles apocryphes ne sont pas recevables comme témoignage historique sur la vie de Jésus, quand ils ne sont pas gnostiques ou ésotériques, écrits par des sectes chrétiennes s’opposant à la foi défendue par les apôtres, ils proposent une version plus mythologique que réaliste des événements.

L’historien ne consacre qu’un petit chapitre sur les évangiles de l’enfance, considérant qu’il était difficile pour les rédacteurs des évangiles de disposer d’éléments fiables pour écrire leur récit, hormis le témoignage de Marie. Certes on peut considérer comme probable un phénomène naturel conduisant à l’apparition d’une étoile, celle qui guida les mages jusqu’à la crèche, on peut également admettre la visite de mages issus de la diaspora juive mais enfin pour l’historien, il est pour le moment plus prudent de considérer ces épisodes comme des fables à vocation pédagogique pour les premiers chrétiens.

Enfin l’auteur se penche sur le mystère de la résurrection, là s’arrête l’histoire et là commence la foi, comment expliquer ce tombeau vide ?

Ouvrage majeur, il raconte la vie publique du Christ comme si nous étions à ces côtés. Il n’occulte aucun des épisodes qui pourraient révolter la raison, les miracles, la virginité de Marie, la résurrection de Lazare, l’ascension, le saint suaire. Il replace enfin cette vie dans le contexte de l’époque et c’est presque surprenant de voir Jésus, juif respectueux, prêcher au milieu de l’effroyable nid de vipères formé par les échines des grands prêtes, d’Hérode et des autorités romaines, toutes contorsionnées par le terrible devoir de satisfaire les mesquines exigences de la politique et de la psychologie.

Le récit de la passion, raconté sans passion par un historien, est encore plus bouleversant. Le spectacle du Théâtre de la Ville ne vient qu’ajouter une torture à la longue liste de celles qu’à dû subir Jésus, ce juste selon Pilate, et Dieu pour beaucoup.

Incontournable. EEEE.

Edouard.

L’historien fait en outre quelques révélations assez surprenantes, comme celle de la date de naissance de Jésus Christ qui serait en réalité né 7 ans avant lui même…

Sur le « même » sujet:

On ne devrait jamais parler de Jésus à l’heure de l’apéro

The Tree of Life – Terrence Malick – EEEE

Le dernier testament de Ben Zion Avrohom – James Frey – 0

D’Harry Potter et des reliques de la mort, ce qu’Harry nous dit de l’ère atomique et des adolescents scrofuleux du cinéma français

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3 Réponses à “Jésus – Jean-Christian Petitfils – EEEE” Subscribe

  1. Anonyme 9 janvier 2012 à 18:07 #

    mériterait davantage de commentaires ! excellente critique.
    je t’encourage à passer du stade de critique à celui de penseur.

    ils ne sont pas si nombreux les penseurs honnêtes.

    le challenge => passer de la déconstruction positive à la réflexion constructive, structurée autour de thèmes moins frivoles mais qui préoccupent tout autant l’homme moderne.
    En effet, sans prendre appui sur telle oeuvre ou tel spectacle parisien, glisser avec audace sa plume dans celle des Delsol, Thibon, Manent, Ousset, Weil, …oui pourquoi pas ?

  2. Edouard 9 janvier 2012 à 21:34 #

    Merci pour ce commentaire ! J’aimerais relever le challenge mais je ne peux m’exercer à penser qu’en dehors des heures ouvrées, ce qui réduit assez considérablement ma focale … et me dispose sans doute à « la facilité ».
    Merci en tous les cas de m’encourager, nous avons les mêmes lectures !

  3. Anonyme 11 janvier 2012 à 22:02 #

    allez, allez, un petit effort petit frère !
    ne me dis pas que tu n’avais pas reconnu ?

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