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Chroniques d’une haine ordinaire – La Pépinière théâtre – EEE

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Chroniques d'une haine ordinaire - La Pépinière théâtre - EEE dans Les sorties d'Edouard Chroniques-d-une-haine-ordinaire_theatre_fiche_spectacle_une11-200x300Pierre Desproges est drôle, si drôle que ses textes font encore se bidonner les parigots revenus des grands cimetières sous la lune, les nains, les poivrots et Jean Luc Mélenchon. Il n’est donc pas indispensable de disposer d’une âme lumineuse pour apprécier le cynisme de l’ami Pierrot, un trou noir suffit. Néanmoins la possession d’une âme pleine de grâces peut aider à comprendre certaines saillies, simplement drolatiques pour les moelles sans essence spiritueuse, elles deviennent philosophiques et même pyrotechniques pour les nantis d’un bulbe en direction du ciel. Evidemment un bon coup dans le nez suffit à orienter n’importe quel champignon vers la céleste voûte. Un pochtron de mes amis déclara un jour que son goût de la bibine provenait de l’effet constricteur du schnaps sur son angoisse existentielle, or chacun sait que lorsque l’angoisse existentielle diminue, l’âme augmente. C’est ainsi qu’un jus de veau prend toute sa saveur lorsqu’il est réduit au vin blanc. Les amiches, boire tous les lundis un verre de Brouilly aide à comprendre le monde.

Hier soir, je suis allé voir les Chroniques d’une haine ordinaire à la Pépinière Opéra, j’avais dans l’essence un petit morpion siroteur qui susurrait des mots méchants et j’étais mélancolique. En sortant de la salle une heure plus tard, j’étais si heureux que je tâtais mon slip. Je voulais m’assurer que seule mon humeur avait connu la bienheureuse dilution. Fort heureusement, j’étais toujours d’une apparence aussi sublime mais je n’avais plus la mélancolique. Merci Pierrot, tu es grand, tu es beau. Même mort.

Christine Murillo et Dominique Valadié s’emparent des textes du térébrant humoriste avec gourmandise. L’une est grasse comme un loukoum, l’autre sèche comme un coup de trique sur un popotin, les deux sont les meilleures comédiennes de leur génération, loin, très loin devant Dave et Sheila. Je me souviens encore avec émotion de la Liouba de Dominique Valadié dans La Cerisaie d’Alain Françon, quant à Christine Murillo, j’ai pour elle une tendresse particulière car elle ressemble à un panda. J’aime l’odeur du panda au petit matin.

Les deux femmes enchaînent les morceaux de bravoure avec un art consommé de la scène, maîtrisant l’émotion, jugulant les rires, retenant la sensibilité trop démonstrative d’un public prêt à tout, et surtout au pire. Elles servent les textes avec une intelligence et une humilité admirables, faisant étinceler la rime, reluire la tournure, donnant au moindre mot qu’elles prononcent une profondeur insondable. Ce matin, je lançais « Beethoven est un con » à mon chef, je n’obtins qu’un regard de compassion. Quand Christine Murillo s’esclaffe « Beethoven est un con », tout le monde se marre. On pourra me rétorquer qu’il est plus facile de branler les glottes quand on a un physique de panda, ce n’est pas faux, la nature m’ayant doté d’un physique de planche anatomique, je suscite davantage l’admiration, c’est bien là un grand malheur et je vous remercie de compatir.

Le cynisme de Desproges a ceci de revigorant qu’il ne traite jamais d’une actualité brûlante, il ne s’embarrasse pas d’un message politique ou citoyen, il se contente de maculer les grandes convictions morales des temps modernes par de pompeuses jaculations dont le style à la flamboyance toc exauce l’absurdité. Cela m’a fait penser à Vialatte, ce n’est pas un petit compliment.

A voir. Pour se détendre. EEE.

Edouard.

Autres pièces avec Christine Murillo et Dominique Valadié dans ce blog :

La Cerisaie

Xu / Oxu

Vers toi terre promise

Deux petites dames vers le Nord

A lire aussi dans ce blog :

Une histoire du cynisme

Gaspard Proust

A propos de Vialatte

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