La démocratie conchylicole ou le rêve français d'Eva Joly dans L'humeur d'Edouard JOLY_EVA-WEBHier soir, devant un public encore vert, la candidate Eva Joly déclarait que sa conception du rêve français était « la passion de l’égalité ». Bien que français depuis plus de 30 ans, j’eus beau examiné mon intérieur, je n’y décelais pas l’once d’un sentiment aussi torride, il faut dire que j’ai l’intérieur aussi rangé qu’une vitrine IKEA, j’ai un tempérament nordique, rien ne m’ébranle sauf le Schnaps et j’en fais une consommation discrète. En revanche dans le propos de la teutonne je discernais l’attachement atavique des blondes pour les idées générales, rien de plus générale que l’idée d’égalité, c’est le critérium commun des penseurs du prêt-à-porter, aucun risque d’être contredit, l’argument prononcé est si généreux qu’il englobe tous les contraires. Eva Joly est blonde mais elle n’est pas jolie, elle a autant de chien que mon berger allemand, je suis bien sûr qu’elle ronronnerait de plaisir si je lui grattais le bulbe entre les deux oreilles. Passe encore qu’elle ait une conception du rêve français, concevoir un objet n’est-ce pas s’en détacher, s’en abstraire au point de l’examiner comme étranger à soi même ? Mais la définition qu’elle donne relève d’une vision si éloignée des préoccupations ordinaires des électeurs qu’elle ne rencontrera probablement chez ces derniers qu’indifférence, assortie pour les plus taquins d’un mépris sidéral, celui qu’on réserve aux apparatchiks de la pensée molle.

Pour les passionnés de l’égalité et je concède à notre walkyrie Afflelou qu’il en existe en France, pays de jacobins, la pensée molle est le seul mode de réflexion, c’est en tout cas le seul qui ramène les idées particulières à leur contenu universel, or le contenu universel d’une idée est généralement réducteur. Se représenter n’importe quel problème en termes d’égalité conduit à proposer en France la création de jours fériés célébrant des fêtes juives et musulmanes sous prétexte qu’il en existe pour les fêtes chrétiennes, que diront les bouddhistes et les adorateurs de Raël, supporteront-ils cette grave discrimination ? La distinction est l’ennemi de l’égalité, c’est un pêché si grave aujourd’hui qu’il faudrait lire au moins 30 Télérama avant d’en être complètement absous. Je connais des gens heureux qui fêtent Noël sans s’apercevoir qu’ils participent à la « stigmatisation » insupportable des citoyens qui ne croient pas en Dieu, j’en ai des frissons d’angoisse et je prie tous les jours pour que ces gens heureux connaissent une fin prématurée, si possible dans d’horribles souffrances, à moins bien sûr qu’on ne les rééduque à la campagne ou dans les bureaux de Libération.

Qu’il y ait des fêtes chrétiennes dans un pays de culture chrétienne n’est pas si absurde mais les contempteurs de la blonde hétaïre auraient tort de penser que c’est le caractère chrétien de la culture qui fonde le point de divergence, la christianisme qui a baigné l’occident pendant des siècles a du plomb dans l’aile, le temps du renoncement est venu et il n’y a plus guère que de courageux fiers à bras pour prétendre le contraire, ce n’est pas la chrétienté moribonde qui excite la vindicte de notre fière suffragette, c’est la notion même de culture. Pas folle la teutonne, la culture c’est la différence, c’est accepter l’idée que les hommes puissent être dépositaires d’un héritage distinct, par extension la culture s’oppose à l’égalité. Une société dont tous les membres seraient rigoureusement égals est la société conchylicole. Le rêve français d’Eva Joly est un cartel de moules. Merci Eva.

Ce retour à la nature est l’horizon pervers de la démocratie, déjà Tocqueville le signalait dans son ouvrage fameux consacré l’Amérique. L’égalité des conditions est le motif imprescriptible de la démocratie, elle n’est jamais aussi complète qu’à l’état de nature. L’égalité n’a pas toujours été considérée comme un droit naturel, les vieilles barbes philosophes de Patmos avaient des esclaves, les régimes aristocratiques la tenaient pour un privilège. Contrairement à ce que de gentils censeurs à lunettes enseignent dans les écoles de la république, l’idée que tous les hommes naissent égaux ne vient pas des Lumières ; aussi brillantes furent-elles, c’est encore du passé qu’elles tirèrent leur clarté, mais du christianisme. Selon Jésus Christ, c’est en effet parce que les hommes ont été créés à l’image de Dieu qu’ils disposent d’une égale dignité, déflagration dans l’histoire de la pensée. La conception du droit naturel à l’égalité n’est qu’un crépitement de cette idée fondatrice, crépitation perverse qui assèche l’argument en supprimant la transcendance.

La démocratie exige l’égalité des conditions, sa pente conduit à ne considérer que ce qui rassemble les hommes, ce qui leur est commun, et à tenir pour dangereux tout ce qui les distingue. C’est pourquoi en démocratie, le semblable est le critère ultime de bienséance, c’est également pour cette raison qu’au sein des sociétés démocratiques l’idée générale est la seule argumentation requise, la seule en tous les cas qui rencontre l’assentiment des élites. Il n’y a qu’à écouter François Bayrou, le flou de son boniment est si total qu’il est absolument impossible de se trouver en désaccord avec lui. La généralité est la règle mais plutôt qu’élever les esprits, elle les nivelle, les conduit vers une médiane universelle qui ressemble à un renoncement. Le sacrifice de l’intelligence n’est cependant pas vain, en aseptisant les théories, la démocratie garantit leur partage, leur assimilation par le plus grand nombre.

« Il faut aimer la démocratie mais il faut l’aimer modérément », c’est ainsi que Pierre Manent clôt son livre consacré à Tocqueville, Tocqueville et la nature de la démocratie. S’il est peu contestable que préférer la démocratie à tout autre régime est le choix du bon sens, il ne faut néanmoins pas oublier que son inclinaison verse les hommes du côté de la mytiliculture. Redresser cette pente pour empêcher qu’un tel mirage ne se manifeste est l’effet bénéfique des sociétés. C’est ainsi que la démocratie porte en elle les germes de sa propre régulation du fait même de s’exercer sur les sociétés. Vivre en société, c’est être au centre d’une toile, lié aux autres par des relations interpersonnelles dont le moins que l’on puisse dire est qu’elles s’établissent par accointance des caractères, des singularités, ces liens empêchent l’atomisation ultime des sociétés démocratiques. L’instauration de ces liens va à l’encontre du projet démocratique qui fait les hommes autonomes, indépendants et seuls, unique façon de rendre les hommes littéralement égaux. D’autre part, nous conservons toujours des nostalgies d’ancien régime, l’aristocratie est un éden oublié dont nous gardons au creux du synaptique les idées de grandeur, l’homme pouvait alors être grand, meilleur, se hausser hors de sa condition, curieusement c’est depuis que l’homme est devenu le centre du monde qu’il est si petit. Avant il pouvait être Dieu, il ne peut plus qu’être un homme aujourd’hui, et encore. C’est parce que nous avons ce genre de mélancolie, au combien coupable aux yeux d’Eva Joly, que nous ne serons jamais servis avec des frites sur le port de Dunkerque.

L’égalité prônée par la douce et charmante inquisitrice aux cheveux fous est une aune si despotique qu’elle conduirait immanquablement à la destruction des sociétés. No culture est son credo. Ach ma pauvre Eva, quand je vous croise au Select, avec votre mauvaise mine, vos yeux chassieux sous vos lunettes sanguines, j’ai envie de vous serrer dans mes bras et de vous dire tout le mal que vous faites aux écologistes, je ne le fais jamais, j’aurais trop peur que vous me preniez pour un de vos supporters. Allez Eva, encore quelques mois et tout sera fini. Il sera bien temps d’apprendre le français et de retourner dans votre si libérale Norvège, on n’échappe pas à sa culture. Vous ne finissez pas votre knacki ? Vous avez raison, je vous trouve un peu gonflée ces temps-ci, un petit régime sans sel ne vous ferait pas de mal.  

Edouard.

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5 Réponses à “La démocratie conchylicole ou le rêve français d’Eva Joly” Subscribe

  1. Anonyme 16 janvier 2012 à 17:16 #

    belle trouvaille que cette « société conchylicole »!

  2. Edouard 16 janvier 2012 à 18:17 #

    Merci! Je boirai un verre à votre santé ce soir, je le fais à chaque fois qu’un nouveau commentateur me laisse un message. Je suis rarement bourré. Ce qui est désolant car je tiens fort bien l’alcool. Encore un talent qu’on me reprochera de ne pas exploiter.
    A bientôt.

  3. Grégoire R. 12 mars 2013 à 17:54 #

    Je pense poser ma tente sur cet excellent blog le temps d’explorer tous les articles. Je vais également vous faire de la publicité sur les réseaux. Vous gagez à rentrer au Ministère de l’Extermination du Relativisme et des Langues de Bois, prochainement instauré dans l’empire que je vais fonder en terre de Creuse.

  4. Edouard 12 mars 2013 à 18:23 #

    Merci beaucoup, votre empire me plaît, pas sûr que vous puissiez compter sur beaucoup de sujets, je serai parmi eux. Avec un maroquin si possible. Et un verre à votre santé, à très bientôt.

  5. Grégoire R. 13 mars 2013 à 20:44 #

    Un maroquin je ne sais pas, vu les finances désastreuses qui serviront à la fondation de mon Empire. Un marocain peut-être, il est très à la mode d’en posséder un pour la représentativité de son gouvernement.

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