jPod - Douglas Coupland - EEE dans Les lectures d'Edouard jpod_507_12990865041-204x300La sortie en poche de jPod est l’occasion d’aborder le sujet ô combien intéressant, et révolutionnaire et essentiel à la bonne compréhension du monde, du geek.

Le geek est un être humain comme vous et moi, il est pourvu d’une casquette, d’une paire de lunette et roule à bicyclette. Son apparition dans le vaste univers date d’une vingtaine d’années, il existait auparavant à l’état de vapeur dans l’œil circonspect des sociopathes à poils longs, fans de métal hurlant ou compteur d’allumettes, ces derniers trouvèrent dans l’éden numérique la société sans relation que leur infirmité exigeait. Il faut rendre grâce à Steve Jobs, Dieu des geeks, d’avoir fourni aux inadaptés du vivre-ensemble un cosmos non astringent où vivre en avatar est vivre mieux.

Le geek est généralement fourni avec tablette tactile, la moindre évolution technologique réduisant les rapports qu’entretiennent les hommes entre eux trouve dans sa panoplie une place de choix. Il fourbit dans ses repaires les prothèses digitales couvrant l’ensemble des fonctionnalités prescrites par la vie en collectivité, de cette manière il évite tout contact physique avec les membres charnels de la communauté. L’ipad en guise de planisphère, l’écran comme horizon et l’iteub en plaisir solitaire, il trace une route longue de kilo-octets, échange des informations cruciales sur la santé de Goldorak et retourne en enfance à chaque visionnage des Cités d’or.

Le geek est un être humain dépourvu de port USB, il est à cet égard assez semblable à un aquarium, il a du réel une vision si décomposée qu’agrandie au millionième on y discerne les contours de petites pièces de puzzle. Pour bien apprécier les objets de son attention, il les fragmente, les ordonne, les ventile, son entendement est un tamis, un œil de drosophile, il ne connaît une chose qu’une fois réduite à l’atome, c’est le cristal des technophiles, figure ultime d’une génération qui pense que connaître est d’abord comprendre. Considérons d’un œil avisé la proposition consistant à supprimer le mot « mademoiselle » des formulaires administratifs : accorder une importance si considérable au mot sorti de son contexte culturel et social est un réflexe geek, un mot n’est pas un code, il est enchifrené de magie, le réduire à son utilité programmatique, c’est oublier qu’une langue est un enchantement.

Le geek est un handicapé du réel, il aimerait que l’univers soit un empilement de signes, logorrhée insurmontable d’un informaticien ou du grand horloger, malheureusement un hanneton barbote dans la potée, le grand horloger était bourré. Le réel est bien plus affaire de mouvement que d’arrêtés. La providence est un gros hanneton qui bouffe des mathématiques au petit déjeuner et défèque du hasard. Le plus grand des hasards, c’est la mort.

Pour oublier que la société est une grosse bête traçant une route continue, le geek se réfugie dans la police de caractère, il vit en Time New Roman, mange en Arial et dort en Courier New. Insensible aux injonctions du vivre ensemble, il s’habille en fibres japonaises, mate de vieux dessins animés, ingurgite des burgers et oublie de mettre du déodorant, son bilan carbone est désastreux. Son muscle est flasque, son teint brouillé. Ce n’est pas le cas de son avatar dans Sim City ou World of Warcraft.

C’est  à cette sorte d’engeance que Douglas Coupland s’intéresse dans jPod.

jPod est le dernier roman de Douglas Coupland, auteur émérite de Génération X et surgeon modèle d’une tripotée d’américains visionnaires dont l’acuité des analyses confond les imbéciles heureux et les tenanciers du progrès. Ses héros forment une bande de geeks employés par un grand fabricant de jeux vidéo à la conception d’un jeu stupide. Enfermés dans un studio, ils s’ennuient et se livrent à des considérations hilarantes sur le monde, McDonald et l’ameublement chinois. Tous plus ou moins autistes, ils communiquent entre eux par formulaire, raisonnent par schémas mais ont des existences chaotiques, cherchez le paradoxe, il est là, il est gros, il est astucieux. Douglas Coupland fait de ces geeks raisonneurs les héros d’une histoire farfelue et absurde où l’on croise un mafieux chinois, l’auteur, une lesbienne survoltée, une bourgeoise dealeuse d’héroïne et un père danseur de claquettes. Impossible à raconter. La génération X a bien grandi.

Comme pour Generation X, la mise en page recèle quelques « innovations ». Surprenant, divertissant, on rit très souvent (alexandrin). Chez J’ai Lu. EEE.

Edouard.

Autres critiques de romans de Douglas Coupland dans ce blog:

Les 10 livres les plus drôles – Generation X

Anthropologie du célibataire en milieu urbain- Eleanor Rigby

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