Une de Libé - Quand Libération se prend pour Paris-Match dans L'humeur d'Edouard unelibé-233x300En ces jours sombres d’élections présidentielles, le grand chambardement des opinions ne finit pas de diviser le bon grain de l’ivraie. D’augustes censeurs répartissent les céréales, à gauche le bon grain, à droite l’ivraie. A force de prendre les français  pour des poules, ils finiront par attirer un renard dans la basse-cour. Pourvu que le goupil s’affuble d’une tignasse blonde et d’un regard bleu ciel et c’en est fait des gras dindons et des canards mignons, la basse-cour se rebiffe, Marine se tape le coq et les œufs tournent dans la chaleur douillette des bonnes pensées Inrokuptibles.

Mes enfants, la vie est dure mais c’est la vie, dura lex sed lex ou latex selon les traditions. La vie politique est plus dure encore car elle oblige ses acteurs à prendre des positions antagonistes quand ils ne rêvent que de s’aimer et batifoler dans la bruyère. La vie du français moyen, gentil cristal où les plus brillants analystes s’obstinent à projeter des idées lors même qu’il ne saurait refléter qu’une lumière diffuse et brouillardeuse, est beaucoup plus complexe. Le français moyen est aussi insaisissable qu’un trait d’esprit dans un discours de Rama Yade. Je ne suis même pas sûr de l’existence du français moyen, qui voudrait être un français moyen à part François Hollande ? Et encore ne l’admet-il que parce qu’il est candidat à l’élection présidentielle. Je suis bien certain que sa médiocrité n’est pas aussi abyssale qu’il veut bien nous le faire croire.

La vérité est que la vie politique s’édifie essentiellement sur le mot et que du mot au réel il y a un gouffre insondable. Cette béance gigantesque, si elle autorise autant d’interprétation que d’esprits disposés à l’explorer, a l’inconvénient d’inciter à la prudence intellectuelle, humilité fort peu goûtée par les éditorialistes de tout poil, spécialement lorsque ces poils peuplent les zones érogènes des journalistes de Libération.

Il y a quelques jours, Libération affichait en une le visage grunewaldien de Nicolas Sarkozy, les mots « Le Pen est compatible avec la république » inscrivaient de violentes capitales sur le menton glabre du président sortant. On comprenait à cette mise en page dramatique le poids inconvenant de la parole élyséenne. Mes amis, Le Pen est compatible avec la république, tous aux abris, mort aux traîtres, qui vivra verra et tant va la cruche à l’eau qu’à la fin elle se brise. Aussitôt dans le landerneau politique résonna le rugissement des âmes bien nées, Le Pen ne peut pas être compatible avec la république. Le Pen est le mal, il faudrait coudre au revers des 6,6 millions de ses électeurs une petite flamme jaune, ainsi ils pourraient être la cible de quolibets, de rognures d’ongles et de cacahuètes.

Libération, Pravda des zones tempérées, démontre une nouvelle fois son acuité formidable en matière de vocabulaire. Emettre l’idée que Le Pen est compatible avec la république, c’est subodorer que Marine Le Pen est une chic fille  car la république ne saurait admettre en son sein lourd d’autres membres que de vertueux disciples. Si Le Pen était compatible avec la république, cela signifierait que les thèses du Front National, la morale nationale les réprouve avec la dernière vigueur, pourraient être exposées au journal de TF1. A terme, cela pourrait conduire Marine Le Pen à se présenter à l’élection présidentielle. Peut-être même, Oh jours noirs ! Et terribles ! Gross malheur ! Cela la mènerait-il à jouer les arbitres au second tour d’un scrutin au suffrage universel. Cela ne peut pas être…

Que cela soit depuis que Mitterrand en a décidé ainsi il y a plus de 20 ans échappe à Nicolas Demorand, le pauvre est bien trop occupé à soigner sa ligne dans des restaurants quatre étoiles. Il lui suffit de reporter ces quelques mots en une de sa brochure pour suggérer que Nicolas Sarkozy et Belzebuth ne font qu’un. Pourtant, à l’ère du symbole, cette phrase malheureuse a autant de sens que « Je te prendrai nue dans la SIMCA mille, deux fois », elle ne témoigne pas d’un engagement, elle est une proposition syntaxique soumise à l’assentiment des exégètes de la grammaire médiatique. Les deux Nicolas usent des mêmes ficelles, ils savent bien que leurs mots tiennent lieu d’idées et que les idées ainsi définies ont autant de portée que le pet d’un lapin constipé. A force d’innovations sémantiques, les deux lurons tissent une camisole confinant le raisonnement à un réflexe idéologique, essayez d’émettre l’hypothèse que Marine Le Pen n’est pas raciste lors d’un dîner en ville et vous comprendrez que les mots sont aujourd’hui des signes dotés d’un sens univoque, le sémaphore est décrété par la police de la pensée, il décrit un fantasme si éloigné du réel qu’il ne trompe plus personne, cynisme de l’homme moderne.

Je suis bien persuadé que le brave Nicolas Demorand eut ce petit sourire d’homme de droite lorsqu’il songea à sa une, Nicolas Sarkozy émit le même ricanement à la découverte du gros titre. L’un est hypocrite, la bonne pensée de gauche cristallise dans l’hypocrisie, l’autre est cynique, le pragmatisme de droite cristallise dans le cynisme. Le premier s’est souvenu de ses cours de théologie, il sait bien qu’on ne peut définir Dieu que par ce qu’il n’est pas, c’est de la théologie négative appliquée: « le Bien n’est pas Marine Le Pen » sous-entendu : « le Bien, c’est moi ». Le second part du principe que le Bien ainsi dessiné a autant d’attraits que Roselyne Bachelot en bas résilles, il ne conteste pas sa définition, en revanche il suggère que pour un Bien aussi réducteur, il est une majorité d’électeurs qui choisira le Mal. Le second est plus sincère, il se pourrait que le premier tour de scrutin lui ait donné raison.

Entre un Nicolas Demorand (François Hollande) pontifiant et hypocrite, et un Nicolas Sarkozy brutal et cynique, le cœur doit trouver ses raisons. Nul doute que la raison prenne peu de part dans la recherche. Pour ma part ce sera Nicolas Sarkozy.

Edouard.

Une réponse à “Une de Libé – Quand Libération se prend pour Paris-Match” Subscribe

  1. Anne 5 mai 2012 à 12:48 #

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