Les 10 livres qu'il faut prescrire à un hérétique pour le convertir à la vraie foi dans Les lectures d'Edouard daujatIl fut une époque où brûler les hérétiques était le moyen le plus rapide de les convertir. Ce temps béni est révolu, c’est bien dommage. Il faut désormais faire preuve de diplomatie. Si le païen n’est pas convaincu par votre leçon, il n’est plus possible de le passer au fil de l’épée ou de lui arracher la langue, ce serait mal vu et vraisemblablement puni par la loi, le bon pays de France est un état laïc, là est le hic. On peut à la rigueur planter un œil torve dans sa prunelle délicate et dire : « Tu as tort Emile. Oh oui, tu as tort. Passes moi le sel s’il te plaît » mais il y a fort à parier que cela n’entraîne pas sa conversion. En revanche le gigot sera bien assaisonné.

Alors que l’hérétique ne demande que la joie d’appartenir à l’église catholique et romaine, les autorités interdisent l’usage des techniques de persuasions héritées de nos ancêtres les bretons, pratiques d’une efficacité pourtant redoutable et qu’il faut aujourd’hui remplacer par une dialectique épuisante et rarement couronnée de succès.

Hier soir, alors que je flânais dans les allées des jardins du Luxembourg à la recherche de quelques pècheresses à convertir, j’aperçus aux détours d’une fontaine le rassemblement d’âmes échevelées, figures indignées et drapeaux en berne, la manifestation avait des allures de sépulcres. J’allais passer mon chemin quand je distinguai très nettement sur le pli d’un étendard l’infâme logotype, une faucille et un marteau, la gauche exposait son front blême aux pâles rayons du printemps, ou l’inverse. Mon cœur se dressa sur ses petites pattes et retomba tout flapi dans l’ombrageux vestibule de ma cage thoracique (il est peu probable que je conserve cette métaphore dans mon prochain recueil de poésies), une nausée s’empara  de mon intérieur, un vent de révolte souleva mes réticences, je portai mon indolence à leur rencontre.

« Chers camarades de mon cul, j’ai vu votre détresse, n’hésitez plus, votez Dieu ». La troupe bolchevique resta stupéfaite. Le premier rang fixait sur mon humble personne un regard placide, du bétail au bord d’une autoroute, je profitai de ces précieuses minutes d’attention pour éprouver contre ma joue la brise légère et récitai intérieurement le vers dada : « Minuit. Ah qu’il est bon d’être un coléoptère ». Finalement un membre dépourvu de poil ouvrit la bouche : « Monsieur ? Vous allez bien ? On peut vous aider ? ». La jeune péronnelle me proposait son aide, son infime cervelet ne concevait pas l’idée que je pusse être ému de pitié à la vue de ses convictions fantoches, elle croyait œuvrer pour l’amour et me prenait pour un foutraque. Un de ses comparses, veule et asymétrique, proposa de me raccompagner à la sortie. Un autre s’enquit de mon état civil, j’étais pris, ils pensaient que j’étais souffrant, qu’un mal brutal nuisait à mon entendement, que mon compte était déficitaire, j’éclatai en un rire sardonique : « Fieffés croupions du démon, me prenez-vous pour une tarlouze ? ».

Quelques-uns, moins racornis du bulbe, comprirent à ma fureur que j’étais un homme grave, ils tentèrent de m’intimider en montrant les dents, le plus téméraire tenta un slogan marxiste, Dieu est l’opium des imbéciles, je serrai le prognathe et m’apprêtai à retoquer le minable quand du ciel descendit un pigeon de la plus belle espèce, alléluia, Vishnu et Brahma-poutre,  le Saint-Esprit venait à ma rescousse.

Le Saint-Esprit est parisien, il folâtre boulevard Saint Germain et picore au café de Flore.

Dans l’éther miroitant il lâcha une première semonce, elle s’étala sur le front glabre du péquin inutile. J’en conçus une joie mesquine et sans doute un peu trop d’affection pour moi-même. Ce baptême eut l’effet d’une détonation sur le chœur des infidèles, négligeant la plus élémentaire urbanité, le plus proche de moi fracassa ses phalanges à l’angle de mon menton. J’excite la nervosité des plus lymphatiques, trait de caractère peu flatteur que je dois à un extérieur goguenard. Imitant le putois d’Amazonie, je m’étalai sur le gravier pour faire croire à ma défaite, rien de tel que faire le mort pour rester en vie.

Quand ils se furent éloignés suffisamment loin pour être assuré qu’aucun d’entre eux ne parviendrait à me rattraper en cas réussite du coup que j’ourdissais, je mis la main à la poche pour dégoter un projectile moins aérodynamique que réservant à sa surface quelques saillies regrettables. J’extirpai de mon futal un tract de Mélenchon, une clé anglaise, les clés de mon appartement, un petit chat et finis par déceler sous ma paume la reliure acérée d’un livre de chevet. Je m’en emparai et le lançai en direction des fuyards. Je comptais bien atteindre le dernier à l’occiput.

J’assommai une japonaise.

Quand je récupérai l’ouvrage après les inclinaisons de rigueur et la promesse d’un éternel printemps, je m’aperçus qu’il s’agissait de Connaître le christianisme de Daujat. Je n’aurais pu imaginer meilleur arme pour convaincre un hérétique, à administrer par voie orale ou par application locale, si l’on choisit cette seconde option on privilégiera les couvertures solides, en fer forgé de préférence.

Voici les dix livres qu’il faut administrer à un hérétique pour le convertir à la vraie foi.

  1. Connaître le christianisme – Jean Daujat – Pierre Téqui éditeur
  2. Le catholicisme pour les nuls – Pères J.Trigilio, K.Brightenti et P.Lartigue – First Editions
  3. Y’a-t-il une vérité – Jean Daujat – Pierre Téqui éditeur
  4. Le catéchisme des incroyants – A-D. Sertillanges – Flammarion
  5. Le nouveau testament (révision de la traduction du chanoine Crampon) – Pierre Téqui éditeur
  6. Deus Caritas est – Lettre encyclique de Benoît XVI – Edition du Cerf
  7. Les confessions – Saint Augustin – Folio
  8. La pesanteur et la grâce – Simone Weil – Pocket
  9. Doctrine et vie chrétiennes – Jean Daujat – Pierre Téqui éditeur
  10. Catéchisme de l’église catholique – Abrégé de Benoît XVI – Editions du Cerf

 Edouard.

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3 Réponses à “Les 10 livres qu’il faut prescrire à un hérétique pour le convertir à la vraie foi” Subscribe

  1. dictionnaire 16 mai 2012 à 6:11 #

    J’aime bien cet article.

  2. rackam 30 mai 2012 à 18:53 #

    Très bon, y compris la liste, Téqui vous remercie. Moi aussi.

  3. Edouard 31 mai 2012 à 10:02 #

    Merci à Jean Daujat également :)

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