L'Angelus de Millet et la vengeance du gros animal dans L'humeur d'Edouard 648_Richard-MilletL’affaire Richard Millet ébranle les consciences, on ne compte pas les réactions indignées, le caquètement houspilleur des tenants de moralité publique emplit les esgourdes du moindre péquin un peu intéressé par le landerneau intellectuel, grande stabulation où le plus anodin des écrivaillons, au carré dans sa petite cage enluminée, peut déverser ses véhémences avec l’onction du gros animal, le gros animal de Gustave Thibon, société médiatique à la langue soyeuse, lénifiante mais aux crocs d’acier. Le cher ami habitué des scandales publie un Eloge littéraire d’Anders Breivik, petit texte de 18 pages à la police de caractère si faramineuse qu’il eut été malaisé de la choisir encore plus grande, les éditeurs ne sauvent pas les arbres, ils les abattent.

Hier, je le feuilletai à la table d’une librairie, 16 euros, une pizza et un coca, 18 pages à 16€, la pensée de Stéphane Hessel  est meilleur marché, on s’en imprègne au rabais dans les relais de poste les plus crapoteux. J’aime assez Richard Millet, l’écrivain est talentueux et son style chantourné dans un vocabulaire apprêté est d’une rare sophistication. Ses positions politiques, si tant est qu’on puisse tenir une position définitive en cette matière, sont si peu dans l’air du temps qu’elles rafraîchissent un peu l’atmosphère vicié d’habitudes du prêt à penser, elles n’avaient jusqu’alors suscité qu’une désapprobation confidentielle lors de la sortie d’ouvrages consacrés à la Syrie ou à son passé de phalangistes au Liban. Son dernier opuscule rencontre un écho autrement plus ravageur, bloc de gros bon sens, le sens du réel, il écrase tranquillement la délicate conscience de l’homme moderne, toute dentelée de fantasmagories d’amour et de tolérance. Les reproches que lui font les zélés thuriféraires du grand Mamamouchi, le grand Mamamouchi est l’obsession du nickelé, du bien, le bien sanitaire et hygiénique, sont tout imprégnés d’une morale émolliente, de cette sorte de morale antinomique qui cherche à rassembler, réunir plutôt qu’à séparer. La morale n’est plus l’édifiante distinction du bien et du mal, elle est adhésion au missel des bienséances, sémaphores signalant les postures à adopter en cas d’intempéries, elle n’est qu’apparence, éther plein de sucre planant au dessus du réel.

Douter du modèle multiculturaliste, n’est-ce pas séparer les hommes, n’est ce pas imaginer qu’un homme puisse se singulariser par une culture ? Ce n’est donc pas le bien car le bien ne peut tendre qu’à la communion des hommes, rêve communiste d’une humanité réconciliée, fondue benoîtement dans un homme nouveau et universel, moule géante. Alain Finkielkraut a bien raison lorsqu’il écrit que l’antiracisme est le communisme des temps modernes. A sa suite, Richard Millet dénonce l’invasion d’un islam de combat dans nos sociétés occidentales. Il suggère que le geste de Breivik est symptomatique d’une incompatibilité culturelle, l’islam n’est pas soluble dans l’identité nationale norvégienne. Cette idée n’est pas neuve, elle est une forteresse facile à prendre pour les chevaliers-moutons, ses deux flancs, l’islam conquérant et l’identité nationale, sont des lieux communs, ils figurent en bonne place dans le sémaphore des vertus, émettre l’hypothèse d’un islam irréductible aux valeurs européennes ou penser qu’il existe une identité nationale procède nécessairement d’une vision raciste du monde, il faut donc interdire ces opinions et condamner ceux qui les expriment.

La question n’est plus de juger la pertinence des élucubrations de Richard Millet, les mots qu’ils emploient suffisent à signaler le blasphème mais de s’élever contre l’infâme… que cet infâme n’apparaisse pas si patibulaire à une grande partie de l’électorat, qu’il exerce même une séduction malicieuse du fait même de la condamnation unanime des élites médiatiques n’inclinent pourtant aucune de ces dernières à choisir l’intelligence plutôt que l’anathème. Il est vrai qu’elles n’ont pas la plume de Richard Millet.

Edouard.

Des poissons carnivores, de la mort par décapitation et de la déréalisation du monde

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2 Réponses à “L’Angelus de Millet et la vengeance du gros animal” Subscribe

  1. Stalker 11 septembre 2012 à 16:53 #

    Voir le lien sur cette affaire.

  2. Edouard 12 septembre 2012 à 13:18 #

    Brillant donc parfaitement injuste ! Lien très recommandable, merci beaucoup.

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