Marie-Agnès Gillot / Merce Cunningham - Opéra National de Paris - E dans Les sorties d'Edouard gillot-204x300Les ballets à l’opéra Garnier sont l’occasion d’exercer quelques muscles insoupçonnés, on vous place au quatrième balcon, cour des miracles où les salaires inférieurs se carrent sur des banquettes d’une largeur inconvenante, il faut alors serrer les cuisses, frôler des poitrails, on finit par tendre un jarret ou deux, l’effort fait frisoter une fibre dont on ignorait l’existence, les danseurs sont mieux lotis. 

Il y a deux semaines j’allais voir l’hommage rendu à Merce Cunningham, fameux chorégraphe, redoutable tantouze à ballerine dont j’avais entendu le nom sur Arte et lu le panégyrique sur Télérama, le magazine qui sent la tendance quand elle commence à rancir. Le nez des scribouilleurs n’est pas délicat.

La première partie du spectacle est une chorégraphie de Marie-Agnès Gillot, danseuse étoile et juré sur M6, double vocation à la mode, un peu plus célèbre, elle aurait pu remplacer Pietragalla sur TF1, c’est la révolte des élites de Christopher Lasch, la fine fleur du monde de l’art au secours du capitalisme.

Le numéro est amusant, il convoque les talents d’un plasticien et de la chef d’orchestre Laurence Equilbey, femme de tête en pantalon. Il ne dépasse pas le divertissement  référencé, les garçons font des pointes tandis que les filles se déguisent en sapins, le titre Sous apparence  donne une clé bien inutile, on ne voit pas de serrure. Peut-être était-il question du genre, de la confusion des genres ? Il est vrai qu’affubler les mâles et les femelles des mêmes justaucorps acidulés et demander aux hommes d’enfiler des chaussons pointus sont des transgressions d’une terrifiante nouveauté, il en faut peu pour sidérer un journaliste de mode. Les costumes sont étranges, colorés, turgescences laineuses, protozoaires en forme de kayak à poil, gros insectes tuméfiés, le tout est décoratif mais ressemble trop à un cliché pour emporter l’adhésion. Reste la musique de Bruckner, somptueuse, d’une beauté stupéfiante, on redoute l’instant fatidique où Ligeti reprend la main. Trois compositeurs accompagnent cette première partie, chantée par le chœur Accentus la messe de Bruckner évoque le chant des anges, les stridences  syncopés de Ligeti nous ramènent sur terre. Plus précisément au quatrième balcon.

La seconde partie et occupée par la reprise du ballet Un jour ou deux de Cunningham par la troupe de l’Opéra de Paris. Lors de sa création, le numéro fut décrié, sans doute par des gens de peu de foi, le genre à refuser de voir le sublime dans une boîte en carton ou l’insoutenable fragilité d’une mélodie jouée sur poutrelles métalliques, autant dire des méchants gens. La musique de John Cage est une complication de sons, au mieux inaudible, au pire on l’entend… La performance des danseurs est admirable, pureté des gestes et des attitudes, revêtus du même collant verdâtre, cela ne les empêche pas d’évoquer un conclave de grenouilles dans une mare aux canards. Dispensable. E.

Edouard.

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