Du gypaète barbu et des questions posées par Mes amis, bien chers lecteurs, fidèles liseurs de prose digitale, l’heure est grave, si grave qu’il me vient à l’esprit les mots du prophète Brahmapoutre : « Passe-moi le sel, Emile ». Le mariage pour tous est au cœur des débats, l’opinion devient pensée, la pensée devient philosophie, la philosophie s’affiche en lettres capitales aux frontons des magazines et jusque dans les statuts Facebook, 11h30, Emile écrit « Pouah, j’aime pas les courgettes farcies », 11h45, le collectif des amoureux de la courge déclare Emile homophobe, 11h32, Jacqueline proclame « Coucou, l’amour a tous les droits, l’amour c’est beau, c’est Cajoline », 11h37, elle est approuvée par un comité d’experts, un anthropologue, un faiseur de fiches au parti socialiste et le responsable marketing de Cajoline, 12h, Edouard mange une salade de lentilles et songe à ses fins dernières, sans sel, les lentilles.

La question du mariage pour tous est l’occasion inespérée de revenir sur le cas exemplaire du gypaète barbu. Le gypaète barbu est un vautour doté de poils au menton, pour les femelles, c’est très dur. Il atteint la maturité sexuelle vers l’âge de sept ans, ce qui est jeune. On notera avec soulagement que l’homme n’est pas dans ce cas, sept ans est l’âge de raison, l’homme n’atteint jamais la maturité sexuelle, toute sa vie durant il éprouve les affres d’une sexualité délirante, sa raison l’aide à contenir les attaques hormonales mais elle est souvent dépassée. Certains anthropologues, Dieu ait leur âme putride, prétendent que la maturité sexuelle est atteinte à l’âge de 137 ans, il est permis d’en douter. La sexualité est un désir, l’assouvir est un choix, ce choix doit être guidé par la raison.

Au cours des sept premières années de son existence, le gypaète se tient éloigné de ses congénères, il fait un long voyage autour du monde, affronte de multiples dangers, lutte contre les tentations, loin des objets du désir, le désir s’érode, Pilate n’est pas loin, ne reste qu’à voler à tire d’ailes au-dessus des volcans. Une fois la maturité sexuelle atteinte, le gypaète revient dans ses montagnes natales et trouve une compagne pour perpétuer l’espèce. Le gypaète est fidèle, le gypaète est monogame, le gypaète n’est pas musulman. Il se nourrit de carcasses putrescentes, son haleine évoque une arrière cuisine de restaurant anglais. Pour casser les os et en extraire la moelle savoureuse, le gypaète les précipite d’une hauteur formidable, contre un rocher, une falaise, le crâne d’un passant. Le poète Eschyle en fit les frais, il mourut assommé par une tortue pratiquant la chute libre. Le gypaète aurait bien besoin d’une clé anglaise ou d’une pince pour briser les squelettes de sangliers, malheureusement la nature l’a doté d’un cerveau si petit qu’il est incapable de se servir d’outils, même aussi élémentaires qu’un iPhone 5. La nature n’est pas très gentille.

Le cas édifiant du gypaète barbu prouve que l’union d’un mâle et d’une femelle à des fins de perpétuation d’espèce est une loi naturelle, il prouve également qu’avoir une cervelle d’oiseau n’est pas donné à tout le monde, à moins de lire Libération. Si tel n’avait pas été le cas, l’homme n’aurait pas survécu à plus de trois ou quatre générations. Le règlement d’un tel type d’union est prescrit par la continuation de la lignée, la lignée n’est garantie que par la fabrication de maillons solides, un maillon solide est un enfant bien nourri et bien élevé, on comprend donc que la nature exige des mâles et des femelles qu’ils restent ensemble suffisamment longtemps pour assurer l’éducation de leur progéniture. Grüss Gott Emile, seriez-vous en train de soutenir que les lois du mariage, fidélité et marmousets, sont d’inspiration naturelle ? Je le soutiens et je l’écris. Ce qui n’est pas naturel dans le mariage est l’amour. L’amour a tué le mariage aussi sûrement que le mariage tue l’amour, le chat se mord la queue et on s’étonne qu’il n’y ait plus de croquettes. J’emploie le mot amour dans son acceptation moderne, l’amour avec un grand tas, papillons dans le ventre, feu au cul et couchers de soleil. Voir Titanic. L’amour conjugal est d’une autre espèce, il unit les cœurs aussi bien que les esprits.

C’est pourquoi il me semble tout à fait étrange de revendiquer un droit au mariage au nom de l’amour. Avant l’ère chrétienne, il n’était même pas indispensable que les deux partis consentent à se lier pour former de jolis couples sonnants et trébuchants, mamelles contre chamelles et l’affaire était dans le sac. Le mariage est une pouponnière, c’est le lieu où les enfants grandissent en force et en sagesse. Pas de mariage sans enfant, si tant est qu’on définisse le mariage selon une loi naturelle, c’est-à-dire immuable, la nature humaine ne progresse pas, elle est désuète et réactionnaire. Et puis il faut bien asseoir son babillage sur un socle conceptuel, à quoi bon discourir des vices et vertus du mariage si aucun des babilleurs ne s’accorde sur une définition.

Les tenants du mariage pour tous l’ont bien compris, il est fini le temps où ils réclamaient le mariage au nom de l’amour, désormais ils le revendiquent au nom des enfants. Pas folle la guêpe, ou plutôt si, deux pelés, trois tondus élèvent un enfant, acheté sur eBay ou dans le ventre d’une bohémienne,  et il faudrait légiférer pour régulariser une situation devenue insupportable, le droit au bonheur est imprescriptible dans la société moderne. Le bonheur est injustement réparti, il enveloppe les hommes qui ne le demandent pas et évite ceux qui le réclament, mes amis, il y a dans cette distribution une logique évanescente et sans doute révoltante aujourd’hui, le bonheur est dans la résignation, ne vous indignez pas, ne jalousez pas, n’espérez pas en ce monde, dans l’oubli de vous-même se glissera la pensée que tout est bien.

Des experts d’opinions diverses montent sur les plateaux pour défendre une cause ou son contraire, leurs avis s’annulent, comment accorder sa confiance aux experts, ils croient que le monde est dans une lorgnette, mesurent les idées avec un double-centimètre et se trouvent bien désolés quand un adversaire en a une plus longue, anthropologues, éducateurs spécialisés, juristes, sociologues, ils ont tous une petite pensée bien ronde, bien lisse, bien dure à jeter sur le pavé, ils jouent aux billes sur un volcan, aucun ne rate le trou.

Un enfant peut-il être élevé par deux hommes, deux femmes ? La réponse n’est pas dans un empilement d’études, concaténation de résultats statistiques, somme nécessairement impuissante à reproduire le réel, la vérité n’est pas dans le détail, c’est le diable qui s’y trouve, elle ne peut survenir que d’une vision globale, d’une connaissance approfondie de la nature humaine. Le problème, la mouche sur le potage, est que la nature humaine est inconnaissable, elle ne peut être approchée que par l’entremise d’un argument supérieure à elle-même. Les fous qui usent de ce genre d’incantations sont les religieux, leur connaissance de la nature de l’homme a été forgée par des siècles d’histoire, cette expérience ne leur donne pas raison mais exige le respect. L’enseignement de l’Eglise n’est pas uniquement dogmatique, n’en déplaise à la cohorte des sages, on peut en tirer quelques leçons profitables, et dont la société moderne a d’ailleurs amplement profité jusqu’à aujourd’hui, le catholicisme n’est-il pas la religion de la sortie de la religion d’après Marcel Gauchet ?  L’héritage du christianisme n’en finit pas d’être dilapidé par ceux-là mêmes qui se montrent aujourd’hui les plus férocement hostiles à l’Eglise. L’idée même de progrès, c’est-à-dire d’un temps fléché, naît avec l’idée du salut chrétien. Si l’Eglise avait ignoré la nature humaine, elle aurait disparu dans les prisons de Rome ou de Judée.

La procréation est le fait de participer à l’œuvre de la création, que deux hommes ne puissent pas procréer les rend-il inaptes à élever une progéniture ? L’évolution de l’espèce humaine semble montrer que oui. L’homme du jour qui ne veut rien devoir à un autre que lui-même, il est suffisant, glorieux, gypaète sur son aire, pense l’inverse. Il refuse de voir l’expérience de l’altérité sexuelle comme l’expérience de l’insuffisance ontologique de soi. La maîtrise illusoire de la biologie le conforte dans sa certitude, rien n’est immuable, tout est façonné, tout est construction. La nature humaine est une méprise, elle n’est qu’un artifice dissimulant mal une religion aliénante. Puisque l’on peut créer la vie, puisque l’homme n’est que le produit d’un conditionnement, conjonction de volontés indistinctes, pourquoi un enfant élevé par des homosexuel serait-il moins bien élevé qu’un autre par un père et une mère ?

La morale moderne prétend que ce qui satisfait le bien être de l’individu est le bien, au détriment de son vrai bonheur, au détriment aussi du bonheur de l’enfant qui n’est plus que l’objet d’un droit, marchandise éminemment précieuse mais dont la valeur est circonscrite à un marché, un marché de dupes. La vie biologique en criterium absolue et unique de la vérité, l’âme n’existe plus, la nature humaine non plus, l’homme est modelable à l’envie, son genre, son caractère, son être, produits déterminés du contexte social. C’est bien notre conception de la Vie que cette question du mariage pour tous conduit à définir…

Considérer la Vie uniquement dans sa dimension biologique mène au mépris des biologies déficientes, malades, vieux, fœtus, c’est également considérer que l’homme n’est animé d’aucun principe vital transcendant, pas d’âme, pas de nature humaine, le lien maternel n’est qu’un lien de production, on peut priver un enfant de la mère qui l’a porté puisqu’il n’est qu’un amas tremblotant de cellules, gelée anglaise attendant son moule. Mère porteuse pour couples en mal d’enfant, un métier d’avenir.

On le voit, au-delà de la question de la filiation, de l’éducation, et finalement de la formation d’un homme, il est important de nous pencher sur la conception de la Vie que nous souhaitons voir refléter dans la loi, sommes-nous des gypaètes ou des hommes ?

Edouard

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