Dictionnaire amoureux de l'Humour - Jean-Loup Chiflet - EEEE dans Les lectures d'Edouard dictionnaire-amoureux-humour-197x300Dans le Dictionnaire amoureux de l’humour, Jean-Loup Chiflet dresse la liste de ses humoristes préférés, je ne saurais trop recommander l’achat de cette roborative compilation, elle trouvera au pied du sapin une place de choix. Le rire n’est pas le propre de l’homme, la hyène rit aussi, on notera cependant qu’il est beaucoup plus musical chez le premier, le rire de la hyène fait cailler les yaourts, propriété intéressante que les Puduculs d’Afrique équatoriale surent exploités pour confectionner les premiers pots de Mamie Nova. Le dictionnaire de Jean-Loup ne s’adresse pas aux hyènes, nous le déconseillons à Sophia Aram et Stéphane Guillon, il est une recette pour le bonheur, réservant aux détours de ses pages quelques louables prescriptions pour une vie heureuse : « La plus perdue de toute les journées est celle où l’on n’a pas ri », « La vieillesse aime le peu, et la jeunesse aime le trop », « Quéquette en juin, layette en mars », je laisse aux lecteurs sérieux le soin de rechercher les auteurs de ces pastilles, les autres n’auront pas perdu leur temps.

La flânerie à laquelle nous convie Jean-Loup Chiflet est euphorisante, elle distille le parfum sucré des gourmandises de l’esprit, il me semble que cette phrase pourrait me valoir un blâme pour l’éternité, la digestion en est la seule responsable, il est 18h et je sors de table, un repas de 5 heures a sur votre esprit davantage de poids qu’une lecture attentive de l’évangile de Saint Luc, misère de la condition humaine. Au fil du parcours, on passe du coq à l’âme avec désinvolture, de Bedos à Desproges, le rire est le fil d’un rasoir séparant l’esprit et l’incontinence, si votre cerveau a des fuites, contenez ses débordements par la saine revue des malheurs de l’homme moderne, rien de tel qu’une bonne mélancolie pour assoupir le potache.

Les hommes qu’aime Jean-Loup Chiflet me font l’aimer car il aime ceux que j’aime, les effets de la digestion ne sont pas encore dissipés, il voue un culte à Vialatte et préfère les morts aux vivants, peu de personnalité contemporaine dans son dictionnaire, le temps confère aux mots d’esprit une patine inimitable qui doit autant à la préciosité des formulations qu’à l’exotisme de la pensée, l’exotisme est ici résistance au progrès, qui oserait aujourd’hui les mots de Guitry sur les femmes ou dire de Yannick Noah « qu’il n’aime pas monter au filet car ça lui rappelle sa capture » (Coluche) ?

Le rire est d’essence réactionnaire, il est déclenché par l’inattendu, c’est un bruit au milieu du ronronnement, un agent contrariant la dilution des consciences dans le bain de moraline, il est disruptif et tauromachique. Il remonte bien au-delà de l’antiquité romaine, à une époque où l’homme prognathe n’était encore qu’un genre d’humain, j’ai déjà eu l’occasion de raconter cette histoire, je ne m’étendrai pas plus sur le sujet. Je ne veux pas fatiguer votre bulbe à ratiocinations.

Il faut acheter ce dictionnaire et l’offrir, une vie sans rire peut mener à des extrémités effrayantes, Cécile Duflot n’a pas ri depuis le CM2, elle est aujourd’hui verte et grasse comme un vieux routard, quand elle sourit, l’ambition famélique sourit avec elle.

Dans quelques années, lorsque vous serez bien vieux, décatis, la lippe humide et le teint gris, vous trouverez dans ces pages quelques raisons d’être maussades, on ne rit jamais sans méchanceté, aux dépens de soi-même ou des autres. Et puis si le partage des affections fonde les solidarités de circonstance, c’est encore dans l’adhérence de nos haines qu’on forge les amitiés durables, la nature humaine est une vieille moche atrabilaire et jalouse, elle est contre, rarement pour, le rire rapproche d’autant plus les railleurs qu’il rend manifeste les détestations communes. Décidemment, on ne devrait jamais écrire après les repas.

Bien chers amis, voici un ouvrage qui vous donnera du plaisir, c’est rare, c’est précieux, n’hésitez plus. EEEE.

Edouard

Dans ce blog:

Chroniques 68 – Vialatte – EEEE

Chroniques d’une haine ordinaire – Pierre Desproges – EEE

Histoire du cynisme

Rachid Badouri ou le comique du terroir

Histoire du rire – Alex Lutz

Mots-clefs :

Pas encore de commentaire.

Laisser un commentaire

Les clics de Narcisse, du mariage pour tous et d’une chèvre mélancolique

Mes bien chers frères humains, petites chèvres et moutons bien gras, le mariage pour tous n’en finit pas de générer […]

La démocratie conchylicole ou le rêve français d’Eva Joly

Hier soir, devant un public encore vert, la candidate Eva Joly déclarait que sa conception du rêve français était « la […]

Impasse Adam Smith – Brèves remarques sur l’impossibilité de dépasser le capitalisme sur sa gauche – Michéa – EEE

  Jean Claude Michéa est honnête, c’est une qualité rare, surtout pour un socialiste. Heureusement pour le lecteur, il fait […]

Retour de vacances, de la culture du temps à celle de l’espace ou comment le touriste transforme peu à peu le monde en hall des expositions

De retour de Thaïlande, pays où le touriste écrasé de chaleur rend l’âme devant l’image d’un dieu gras et placide, […]

La fête de la musique, la fête des petits merdeux

La fête de la musique est une invention de petits merdeux pour les petits merdeux. Tous les petits merdeux au […]

Fabrice Luchini – La Fontaine, Baudelaire, Hugo, Nietzsche… – Théâtre de l’Atelier – EEE

Fabrice Luchini est un être merveilleux. Un ange de nos campagnes descendu des sphères pour chanter les louanges de la […]

ArtDesign by Ellyn |
pour le plaisir....rêve,mag... |
converseyourself |
Unblog.fr | Créer un blog | Annuaire | Signaler un abus | lamioutta
| Précieux papiers
| Et un p'tit tour