Django unchained - Quentin Tarantino - EE dans Le cine d'Edouard django-unchained-affiche-france-221x300L’hiver vient, il est là. La neige tombe, dans le dernier film de Tarantino les hommes font de même. Le cinéaste américain s’attaque au western mais c’est toujours la même rengaine, les artistes trop référencés ont le génie dans un pleurote, il fond dans la poêle, il fond sur l’écran, ne reste qu’un vestige, un chef d’œuvre sucé dont n’exhale qu’une odeur de plagiat. Pour le lecteur désarçonné, je précise que le pleurote est xylophage, il s’accroche aux troncs des arbres et suçote l’écorce. La métaphore mycologique est requise, l’auteur de Pulp Fiction doit beaucoup aux champignons.

Dans Django il n’est pas un plan qui ne soit inspiré d’un film déjà vu, de préférence dans un bouge improbable, la dilection de l’impétrant pour le fumeux nanar n’est pas un mystère. C’est ainsi que Tarantino ripoline le western spaghetti, parodie la caricature, singe le simiesque, son film est une copie de pochade. Ce n’est pas un reproche, le spectacle est réjouissant, il réjouit en éveillant le vieil homme, celui qui pédale dans le reptilien, pépé dégoûtant aux instincts de bête, du sang, du sexe, des blagues, c’est la feinte trinité du navet.

Dans Libération, je lis que le film est politique, la critique n’est pas une science exacte, la mire du journaliste avait un défaut, le film est aussi politique qu’un éditorial de Télérama, il enfonce des portes ouvertes, arrache les cornes de taureaux sans corme, corrige ce qui est correct, c’est aussi révolutionnaire qu’un lardon dans une quiche lorraine, les noirs sont beaux, ils sont bons, les blancs sont méchants, le monde n’est pas compliqué, suffit de l’interpréter avec la grille de lecture des Inrockuptibles. L’esclavage est une vilaine pratique réduisant l’homme à l’état de bête, merci Quentin, cette idée est rafraichissante, qu’elle paraisse nouvelle à nos plumitifs agréés est assez inquiétant.

Mes amis, les enjeux métaphysiques d’un film de Tarantino sont aussi consistants qu’un pet de lapin constipé, le cinéaste ne s’intéresse qu’au cinéma, il est comme un enfant dans une grande malle de jeux, les yeux vifs, la main tremblante, il s’empare de tout, fait rire de tout, tous les films du monde sont pour lui inspiration, encore vit-il dans un monde où le nanar fait loi, le nanar est l’hypertrophie du genre, le western devient spaghetti, la comédie galéjade, le policier épouvante. Tarantino est le ferment cinématographique de l’infantilisation du monde, le réel n’a pas de sens, rien n’a plus de sens et de beauté qu’une gerbe d’hémoglobine. Dans Django, le sang gicle, la parole aussi, c’est là ce qui le distingue de Sergio Leone. Dans le spaghetti, les cowboys sont taiseux, ils ont la bouche sous un foulard recouvert de poussière, l’œil incandescent et la barbe si dure qu’elle transperce la joue des filles faciles, dans Django, hormis le héros éponyme, ils ont tous un bagout de fête foraine, c’est aussi fatigant qu’un mauvais Woody Allen. Une blague fait cinq minutes, le mot est drôle au début, il intrigue au milieu, il finit par endormir. Les interventions du Docteur Schulz, savoureux Christopher Waltz, sont d’une longueur propre à stupéfier n’importe quel cobra hypnotiseur, la plupart de ses messages tiennent en une phrase, il serait allé à l’essentiel le film aurait duré 1h30 et pas 2h45, la production aurait gagné des millions, je réduis les coûts, j’enlève le surplus, je lamine l’accessoire. Quentin est bavard, son bavardage comble le vide.

Le film ne se regarde pas sans plaisir, c’est bien le moins que l’on puisse attendre, que ce plaisir soit régressif ne retire rien à son intensité, au contraire. Tarantino connaît le spectateur, il est à son image, inconscient et rigolard, puérile. Au mieux les exigeants s’ennuieront, au pire ils seront désolés par la vanité futile de l’entreprise. Restent un livre d’images, des émotions oubliées aussitôt qu’on les éprouve, des comédiens exceptionnels au premier rang desquels Leonardo DiCaprio, sans doute le meilleur acteur de sa génération, dommage qu’il épuise son talent à ces inepties, Samuel L Jackson ne démérite pas non plus, un éclat de rire en fin de parcours et un cliché sur l’esclavage. Je vais me fâcher avec tous mes amis, ils ont beaucoup aimé, les avis divergent, c’est le propre de l’opinion, elle se rebiffe, elle est un cheval rétif qui s’écarte du rang, il faut toujours respecter les opinions d’autrui, elles ne sont différentes qu’en apparence, au fond il y a le même désir de ruer dans les brancards. Long, fastidieux, très référencé, beaucoup de style et de panache au service du néant, un moment qui passe et ne reste pas. EE.

Edouard.

Lire aussi dans ce blog:

Des poissons carnivores, de la mort par décapitation et de la déréalisation du monde

Inglorious Basterds – Tarantino – EE

Histoire du cowboy – Le bon, la brute et le cinglé

Cowboys et envahisseurs

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6 Réponses à “Django unchained – Quentin Tarantino – EE” Subscribe

  1. Anonyme 24 janvier 2013 à 3:24 #

    Bonjour
    Et merci pour cet article ,bien écrit intéressant ,critique dans tous les sens du terme .
    Heureux de trouver une âme sur cette terre qui ne soit pas moutonnière .Quelle horreur de se pavaner partout en hurlant au monde qu’on a réécrit l’histoire et que les noirs en Amérique retournent voir son film plusieurs fois .
    Rarement vu quelqu’un d’aussi arrogant primitif et fier de lui !
    Mon blog c est antiherosmoderne.unblog.fr
    À bientôt ,bonne continuation.
    David.

  2. Vianney 26 janvier 2013 à 17:04 #

    Les blancs sont vilains ? Et le personnage de Waltz …???

    Le personnage de Samuel Jackson est il bon ?? Quand à Django qui laisse délibérément un pauvre type se faire bouffer par des chiens et qui bute la soeur à la fin, il est bon aussi ?? Et les soubrettes noires de la plantation elles sont gentilles aussi ??

    Faudrait voir à ne pas écrire la chronique avant d’avoir vu le film…

    Et ne pas avoir peur non plus de penser comme beaucoup que le film est bon (ou alors à ce moment, ne pas aimer Citizen Kane est une preuve irréfutable d’indépendance intellectuelle et de bon goût cinéphilique).
    A noter que ce n’est pas faire preuve d’une témérité folle que de cracher maintenant sur Tarantino (fallait le faire dès Reservoir Dogs sinon), encore 1 ou 2 films et ça devenir un sport national.

    Ah autre chose, tout le monde, même Brighelli s’accorde à trouver les acteurs (Waltz et Dicaprio au moins) brillants. M’est avis que la direction d’acteurs de Tarantino n’y est peut être pas tout à fait pour rien.

    Par ailleurs, si vous avez l’occasion de voir le Django « originel », foncez c’est beau à pleurer.

    • Edouard 26 janvier 2013 à 19:51 #

      Est-il permis d’avoir un avis nuancé sur Tarantino? Peut-on le considérer comme un réalisateur médiocre? Au vu de votre commentaire, il semblerait que non, apparemment Tarantino est le nouvel Orson Welles…. Ma critique me semble plutôt pondéré, le film est divertissant, dans le sens du « divertissement comme vision du monde » (Postman)… Mais il est futile. J’avais eu le même avis sur Inglorious. Je me suis ennuyé, c’est sans doute de ma faute.
      Dans le film, les blancs sont méchants car ils sont blancs, Samuel L Jackson est mauvais car il se conduit comme un blanc (« Boule de neige ») au service des blancs, Django est guidé par l’amouououour, quant au personnage de Waltz, il est allemand, européen, il est un spectateur.

  3. Vianney 27 janvier 2013 à 1:59 #

    C’est moi Edouard, ne vous agacez pas :) ! Oui bien sûr qu’on peut avoir son avis sur Tarantino. Il est d’ailleurs bien moins intouchable que d’autres ô combien moins talentueux (le pesant Haneke par exemple dont chaque film est une épreuve).

    Mais vos arguments sur le manichéisme du film me paraissent infondés.

    Si l’esclave avait été blanc, et le propriétaire noir, selon vous, il n’y aurait pas eu un léger problème de crédibilité ??
    Accessoirement, jetez un coup d’oeil à « Une Histoire Populaire des Etats Unis » d’Howard Zinn (ou à n’importe quel ouvrage d’histoire couvrant la période, il n’y a malheureusement pas grand chose en langue française) et vous constaterez que c’était pas forcément la joie pour les esclaves noirs.

    Le personnage de Samuel Jackson est par ailleurs plus grotesque que méchant, et c’est sa servilité qui est en cause. « Django est guidé par l’amouououour » ; le fait qu’il soit amoureux le place d’emblée du côté des gentils ? Je crois bien que Dark Vador est censé être infatué de la princesse Léila dans Star Wars, à ce compte c’est lui le gentil du coup (‘pas trouvé d’autres références pour illustrer…)?

    Quand à présenter Tarantino comme un gentil couillon et ses films comme de sympathiques galéjades, elles ne correspondent pas à grand chose ; c’est un maniaque de cinéma, et il sait en parler.

    Que certains l’aiment pour de mauvaises raisons, après c’est une autre affaire.

    • Edouard 28 janvier 2013 à 14:15 #

      Pour moi, il est difficile de parler du fond des films de Tarantino, ils ne me paraissent pas en avoir. L’esclavage n’est qu’un prétexte pour déployer une maestria, plutôt une érudition d’ailleurs, de réalisateur. Maestria que je reconnais bien volontiers, bien que peu spécialiste, je suis tout à fait prêt à admirer tel plan, tel mouvement de caméra, telle mise en scène etc… Vous parlez de manichéisme et vous avez raison, il est bien obligé, manquerait plus que les spectateurs soient obligés de réfléchir, se faire une opinion est un effort souvent difficile à exiger lorsqu’on veut faire des entrées, pas impossible néanmoins, je ne suis pas pessimiste.
      Vous reconnaîtrez tout de même que le « vice » dont font preuve les blancs n’a pas d’explications, leur méchanceté ne me semble pas provenir de leur situation sociale ou si vous préférez historique, elle est une donnée, tandis que celui dont font preuve les noirs est toujours excusé d’une manière ou d’une autre. Je dis juste que cela n’est pas très réaliste, ce sont des personnages de cartoons, des vignettes, ils ne sont pas vraiment humains, c’est d’autant mieux pour la compréhension, que l’un des affreux propriétaires blancs ait montré de la compassion ou un peu d’humanité et toute l’entreprise de Django s’en serait trouvé passablement discréditée. Pareil pour le faux Ku Klux Klan, Tarantino en fait des guignols alors qu’ils étaient autrement plus dangereux…
      Pour moi, il n’y a pas de fond, juste un cartoon extrêmement bien réalisé, souvent divertissant, on en a pour notre argent, mais c’est tout. C’est déja pas mal.

  4. Vianney 28 janvier 2013 à 17:51 #

    Le premier propriétaire blanc est plus puant que réellement nuisible mais passons. « celui dont font preuve les noirs est toujours excusé d’une manière ou d’une autre. » Honnêtement, je vois pas mais c’est pas grave. Je ne pense même pas que ce soit le vrai projet du film. Tarantino est quand même plus finaud que ça.

    Il y a des films « sans fond » (cad sans recherche psychologique, sans réalisme, sans questionnement métaphysique) qui sont des grands films.

    « Les oiseaux », c’est des mouettes qui attaquent une ville.

    « Shining » c’est un gars qui devient fou.

    Ou « Répulsion ». Ou même un Sergio Leone.
    Enfin bref.

    Deux conseils ciné pour vous :

    Sugar Man

    Et le Django originel, celui de Corbucci.
    Bons films !

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