La Moule et le Néant dans L'humeur d'Edouard planche_mouleLa tubéreuse est une plante grasse à l’odeur si capiteuse qu’elle provoque chez ceux qui la reniflent de cruelles réminiscences, dans leur esprit montent d’étranges arabesques fuligineuses, elles dessinent des formes sexuelles, le genre s’effarouche, souvenir d’un temps passé où le sexe suffisait à distinguer l’homme de la femme, nous sommes en 2013 et le sexe n’est plus qu’un instrument de plaisir, un godemiché.

Le sexe est devenu sexualité, le glissement sémantique n’effraie que les rétrogrades et les orangs outans, le genre d’un homme siège désormais dans son désir, il n’est plus prisonnier de contraintes naturelles mais s’exerce dans l’éther culturel. Il n’est de couille si velue qu’elle ne puisse être réduite à l’état de breloque par une saine persuasion. Mes amis, nous sommes ce que la société nous dicte, nous sommes une matière plastique, déformable, un peu de gelée anglaise attendant le couteau.

Petites chèvres barbues, moutons bien gras, rebellons nous contre l’affreux, devenons ce que nous sommes, refusons le conditionnement social, il est commandé par des hommes barbus, virilité au poil qui n’augure que violence et fascisme. L’homme n’est pas le masculin, la femme n’est pas le féminin et le poney n’est pas un étalon. Ce rigodon n’est pas de moi, on peut l’entendre sur toutes les chaînes et dans les dîners en ville, il nous est servi par d’éminentes et grises personnes, parfaitement glabres, la coupe au bol et dans l’œil de poisson mort une lueur de férocité à faire frémir l’eau pour le thé. Ne vous avisez pas de contredire, vous passeriez pour rétrogrades, d’un argument glacé de magazine elles vous renverraient dans l’enclos des bourrins rétifs et lecteurs de philosophe. La philosophie est morte, écrasée par un cinq tonnes, cinq tonnes de psychologie fumeuse et ratiocinante, et ce n’est pas la rosse de Don Quichotte, humour à froid.

Le galimatias des hooligans du gender recouvre le réel avec autant de précision que le doigt d’un bambin désignant un pingouin quand on lui demande le marsouin, ils emploient un vocable fastueux « sexe biologique » (à distinguer de la clef à molette), « identité sexuelle », « phallocentrisme », « hétéronormes », « subjectivité irréductible à une identité de genre » (une subjectivité ne porte pas de lunette, elle ne va pas chez le coiffeur et s’habille d’un rien), « déterminisme culturel », tombereau de mots, tombeau du sens.

La théorie du gender procède d’une vision idéologique de l’homme. L’homme, cet incompris, est indifférencié de nature, telle est l’idée sournoise que les femens amazones tentent d’imposer. Le sexe n’est qu’une tumescence, il n’augure pas d’une identité sexuelle. L’idéologie sous-jacente est celle de l’égalitarisme, l’égalité des conditions ne suffit pas, il faut encore que la nature produise des ectoplasmes. L’homme idéal est une moule géante, l’humanité du gender une mouclade. Les petits garçons devraient pourvoir choisir d’être des petites filles, ils ne devraient pas être victimes de l’hétéro-conformisme, leur robinetterie est modulable, ouvrir ou fermer les vannes: telle est l’unique question, d’ailleurs pourquoi choisir ? Le genre est neutre, il est conchylicole.

« Le genre est la liberté car il permet à tous d’être ce qu’ils désirent ». Mes amis, il y a là une mouche sur le potage, drosophile obèse et suceuse d’immondices, on ne peut défendre à la fois l’égalité et la liberté, l’exercice de la seconde contrecarrant systématiquement les mirifiques projets de la première. Faire procéder la possibilité de choisir une identité de genre de l’indifférenciation sexuelle native revient juste à déplacer le déterminisme de la nature vers la culture, ce que soutiennent effectivement les chaisières du médiatique, cela ne rend pas les hommes plus libres. En revanche, cela les rend suffisants, puisque la nature ne les contraint pas à être un mâle ou une femelle, ils disposent en eux-mêmes de la faculté de construire leur identité sexuelle. La théorie du gender n’est donc pas une théorie de la liberté, c’est une théorie qui fonde son argutie sur l’omnipotence de l’homme ou plus précisément sa suffisance ontologique. L’homme est tout, il est une moule triomphante, et cette moule est un univers. Formidable prétention qui réserve de merveilleuses applications socio-économiques, si l’homme est tout, si la contrainte exercée par la nature n’est qu’illusion et vesse-de-loup alors l’homme faible, débile ou handicapé, furoncle doré posé sur l’humanité étale, n’est que matière indiscernable, la proportion de nature qui le définit ne permet pas la construction d’une identité singulière, pareil pour le fœtus qui n’est « que » nature et donc très probablement vicié jusqu’au bout de l’appendice caudal. La matière non sensible aux rayons de la culture est matière morte, que d’économie en perspective…

Je pousse le bouchon un peu loin Maurice, mais c’est pour la démonstration, c’est encore dans ses derniers retranchements que l’on reconnaît les incidences morales d’une doctrine. Il est vrai que l’idée d’un homme autonome, détaché du cosmos, du grand tout et de perlimpinpin, à l’identité sexuelle entièrement circonscrite à sa volonté, c’est-à-dire à son désir, flatte et cajole le gros animal lubrique, société moderne où rien n’est plus important qu’être bien dans ses baskets. Même puantes, même sans lacet, même si ça ne dure que le temps d’une course vers le néant. Il est plus difficile de se résigner à n’être rien.

Edouard.

Lire aussi dans cec blog:

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5 Réponses à “La Moule et le Néant” Subscribe

  1. Lionel 27 janvier 2013 à 12:49 #

    Bonjour Edouard,

    Superbe article, très bien écrit et fort à propos. Vous gagnez à être connu! Ne songez-vous pas à twitter vos articles, vous y gagneriez une audience que vous méritez.

    Surtout, continuez!

  2. Edouard 28 janvier 2013 à 13:43 #

    Merci Lionel, je me suis essayé au twitt (La_Culture_Ed) mais je maîtrise mal… Promis, je vais m’y interesser. A bientôt!

  3. pepperpop 5 février 2013 à 20:44 #

    Excellent! Moi j’vous partage sur mon mur facebookien ;-)

    Dernière publication sur  : Mae Coughlan.

  4. Michel 23 avril 2013 à 9:10 #

    Très bien écrit, mais pas d’accord du tout. Les gens qui critiquent le genre feraient bien, d’abord, de LIRE les textes des auteurs favorables à ce type d’analyse. On a l’impression, parfois, que des textes « anti-genre » tirent à vu sur un genre inventé qui n’est pas du tout celui des auteurs concernés. Par exemple, le fait de dire que le genre aurait supprimé le sexe est une aberration que n’ont jamais écrite les inventeurs du… genre. Ce qu’ils disent, c’est que la structuration de l’espèce humaine en deux sexes, dans des sociétés données (différentes selon les civilisations et les périodes historiques) a des conséquences non seulement biologiques mais culturelles et sociales. Est-ce une imbécilité de penser cela ? Un tout petit exemple pourquoi y a t-il plus de garçons que de filles dans les classes de MathSup et MathSpé? Cela vient-il d’une raison biologique (le cerveau des filles étant rétif aux maths) ou d’une culture sociale qui fait que, par mille et un biais, les garçons sont plus stimulés vers la pensée scientifique et les filles vers la pensée sensible? Est-ce un crime de penser que cette identité-là est une identité de genre (ou de « sexe social’, comme on voudra) et pas une identité de sexe (biologique)? Le genre n’existerait pas sans le sexe, mais le sexe, à lui seul, n’explique pas ce qu’est la masculinité et la féminité, identités qui, du reste, varient selon les sociétés, ce qui prouve bien qu’il ne s’agit pas que de biologie.
    Dans les activités sociales, il n’y a pas de fatalité biologique: on a aujourd’hui des femmes militaires, chauffeurs de poids-lourds, ce qui aurait été impensable il y a quelques décennies. Raison de plus pour accepter et comprendre que sexe et genre sont plus qu’évidemment liés, mais pas synonymes.

  5. Edouard 23 avril 2013 à 9:41 #

    Hello Michel, merci pour ton commentaire!
    Il me semble assez évident que l’attribution des rôles entre hommes et femmes dépend d’un conditionnement social. C’est d’ailleurs la facilité de cet argument qui fonde à mon sens le retentissement spectaculaire de cette théorie, cela me rappelle les mots de Castoriadis à propos du marxisme lorsqu’il explique que la propagation de la pensée marxiste procéde davantage de l’aisance de la compréhension des quelques schémas élémentaires auxquels elle se laisse réduire que de sa profondeur ou de sa réelle subtilité. Que Judith Butler tire de cette constatation une théorie du genre est plus problématique. J’ai lu des recensions de conférences ou d’entretiens de Judith Butler, elle y déclare textuellement et à de nombreuses reprises que le sexe est un leurre, qu’il n’existe pas, qu’il n’existe plus, qu’il n’existe que des genres, sans doute l’emportement ou la nécessité de faire passer un message idéologique… En tout état de cause, l’objectif de cette théorie est bien de déconstruire le lien existant entre sexe et genre, comme je l’écris dans mon article cet objectif me semble procéder d’une idéologie davantage que d’une réflexion scientifique/rigoureuse, c’est la croyance en un homme « suffisant » (du point de vue ontologique) mais…aliéné dans des archétypes culturels, la comparaison avec le marxisme n’est pas si stupide ;) .
    D’autre part, si Sylviane Agacinsky critique la théorie du genre comme subversion du féminisme dans Femmes, entre sexe et genre, c’est bien plutôt parce que cette théorie en défaisant le lien naturel entre sexe et genre, élève ce dernier en attribut d’identité, le genre serait constitutif de l’être de tout un chacun, une identité qui procéderait uniquement de notre désir et qu’il faudrait dénicher… Pour S.A le sexe comme le genre ne définissent pas l’être de l’homme, ils sont un attribut d’altérité et pas d’identité. « Je » n’est pas un genre…

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