D.A.F. Marquis de Sade - Ciné 13 Théâtre - E dans Les sorties d'Edouard sade-200x300Le marquis de Sade était très vilain, il aimait les accessoires, s’enthousiasmait pour les culottes de cuirs et ne supportait pas la douceur des perruques poudrées, il préférait la rugosité des poils de boucs, le bouc est abrasif, propriété intéressante mais peu connue, Spontex est sur le coup.

Au Ciné 13 théâtre, Pierre-Alain Leleu donne à voir un marquis prisonnier, retenu à la Bastille pour des raisons de mœurs, dépravées comme il se doit, le bougre était libertin. Heureuse époque où le sybarite se transformait en cénobite par décision de justice, quelques barreaux, une paillasse, la visite d’un prêtre et le méchant plein de vice se trouvait rempli de grâce, on constate ainsi que l’âme s’évade d’autant plus facilement que le corps est serré dans une geôle. Aux amoindris de la grâce, Audrey Pulvar ou Jean-Michel Ribes, je conseille l’achat d’une cage aux dimensions humaines, ils s’y enfermeront avec beaucoup de profit, tous les soirs de 20h à 21h, nul doute qu’une âme leur naisse au creux de l’estomac.

La pièce donnée dans le très confortable théâtre de la butte Montmartre ne jette pas une lumière nouvelle sur l’aristocrate dépravé et amateur de belles lettres qu’était l’auteur de Justine, sans surprise le félon est intelligent, plutôt rhéteur d’ailleurs, peu de philosophie dans son babil, et pervers, d’une perversité qui provoque davantage le dégoût en raison des conditions d’hygiène déplorable de son exercice, des animaux, des accessoires, des jouvenceaux, qu’en raison de la diversité des emboîtements qu’elle exige, après tout l’époque est à l’hymen, le rut pour tous et les enfants seront bien gardés. Emile, je suis mesquin, je demande pardon à mon lecteur, ces mots ne sont que malheureuses facéties.

Si le propos de Pierre-Alain Leleu n’essore pas le neurone suiveur, celui qui impulse le réflexe moutonnier, il est néanmoins intéressant de constater son étrange résonnance avec la rumeur du temps, résonnance paradoxale car si la transgression était encore audacieuse en 1789, elle est aujourd’hui une règle si commune que la provocation est désormais dans la résignation. C’est bien dans la curieuse désuétude de Sade qu’on mesure le chemin parcouru, cette route est celle du progrès, l’inclinaison de la pente dépend de la perspective, en queue de peloton, ça descend, devant on a l’impression de monter. Il n’y a plus guère de tabous aujourd’hui, à peine de petits tabourets pour petits messieurs en mal d’indignation, on ne parle pas des pratiques sexuelles des Puduculs dans les petites classes ? Quel odieux tabou ! On ne parle pas de la révolte des Puduculs contre les méchants fermiers bretons dans le programme d’histoire ? Re-tabou ! Sus à l’infâme, vive la liberté, les petits oiseaux et la cerise sur le gâteau.

Christopher Lasch, heureux diagnostiqueur du narcissisme contemporain, avait bien raison lorsqu’il écrivait que ce que l’homme moderne appelle tabou est en réalité limite, or l’ego du sapiens moderne est illimité, il est aux proportions du monde. C’est pourquoi les outrecuidances du valeureux marquis font aujourd’hui sourire, comme la mise en scène de Nicolas Briançon, dont je baise la joue moite en raison des nombreux et délicats plaisirs qu’il me procura au théâtre, cette fois-ci est dans l’eau, affubler le prêtre de bas résille et de hauts talons, donner aux fantasmes de l’impétrant le galbe d’une actrice légère, habiller le marquis de cuir, c’est un peu mettre une fausse moustache à José Bové, le poil sur le poil ne rend pas le poil plus lisible. Le lecteur est libre de trouver cette métaphore stupide.

Le texte est bien écrit, parfois trop, et les subjonctifs imparfaits, il s’en réchappe une odeur de labeur et un peu de flagornerie, c’est peccadille, il faut encourager les plumes ambitieuses, Pierre-Alain Leleu en est une, il a le goût de la langue mais sa phrase n’est pas chichiteuse. Les comédiens sont excellents, mention spéciale à Leleu lui-même, il compose un marquis motard inattendu. La comédienne est très jolie, cela ne gâche rien.

Belle ambition mais je me suis ennuyé. E.

Edouard.

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