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Sugar Man – Malik Bendjelloul – EEe

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Sugar Man - Malik Bendjelloul - EEe dans Le cine d'Edouard sugar-manLe sucre est une substance obtenue par réduction de betteraves sucrières, prenez Roselyne Bachelot, mettez-la à dégorger dans un bouillon, vous obtiendrez un sirop épais après quelques minutes, bingo, il s’agit de saccharose. Toutes les racines charnues ne sont pas aussi disposées à faire le miel des indigents, la carotte renâclera à se laisser tremper, il en va de même pour le navet, Jean-Michel Ribes refusera qu’on lui adjoigne un filet mignon, même Dave. L’abus de sucre conduit au caramel, le caramel mène à la carie, la carie débouche sur la dépression, c’est l’odontologie de base. Il y a chez tout cyclothymique une dent mal soignée qui attend la chignole.

Dans Sugar Man, le sucre est enchanté, il est la mélopée susurrée par un vieil indien d’Amérique et entendue aux confins du monde, une extrémité aux couleurs de l’Afrique du Sud, un cap, que dis-je une péninsule. Le vieux sachem s’appelle Sixto Rodriguez, c’est un condensé de philosophies orientales, son regard est un jardin zen, y plonger c’est gratter des cailloux et taper dans un gong, il promène sa dignité irréfutable dans les rues glacées d’une des villes les plus déshéritées d’Amérique tandis qu’à des milliers de kilomètres de jeunes blancs en cheveux scandent son nom et chantent ses chansons. L’univers est chaotique, une guitare au fond d’un club miteux de Détroit et c’est la fin de l’apartheid, Alléluia, Vishnu et Brahmapoutre, le chanteur des rues fomente des révolutions. Le métro est un repaire d’émeutiers en sole mineure, très petite sole.

Le film est une enquête, il nous emmène sur les traces de Sixto, le bougre est indien, ses traces se sont envolées dans la fumée du temps qui passe, le temps est un train qui fume, ne reste plus qu’à faire preuve de génie et d’un peu de chance pour dissiper le mystère. Alors qu’en Afrique du Sud tout le monde le croit mort depuis longtemps, le vieux Sixto enchaîne les chantiers à Détroit où il fait vivre sa famille, c’est un citoyen exemplaire, un père aimant, un être doux, calme et placide, un panda, il ne sait rien du culte qu’on lui voue à  l’autre bout du monde. Près de quarante ans après la sortie de son second et dernier album, un disciple africain cherche à savoir comment l’idole est morte. Ce qu’il découvre fait panteler le cœur des plus endurcis, Sixto est vivant, il est ressuscité, c’est bien le moins qu’on pouvait attendre après quarante ans dans le désert, c’est-à-dire l’anonymat. Sixto se rend au Cap, on l’accueille triomphalement, il est égal à lui-même, marbre serein à peine entaillé par le délire des foules qui l’acclament. Le succès, l’échec, tout est bien. Sixto Rodriguez, c’est Marc Aurèle en poncho.

La qualité du documentaire tient au suspense savamment entretenu par le montage, lorsqu’enfin apparaît le chanteur, le film a débuté depuis longtemps déjà. La réussite de l’entreprise tient aussi au personnage de Sixto, très attachant, admirable de placidité et de résignation sereine.

A une époque où tout se sait, où l’information ne cesse de circuler, rendant presqu’illusoire la persistance du secret, du mystère, un homme détaché de tout, à la lisière du monde, est resté inconnu, génie ignoré et qui se trouvait bien de l’être : « Les choses n’atteignent point l’âme, elles restent confinées au-dehors, les troubles ne naissent que de la seule opinion qu’elle s’en fait. » (Livre IV, III, Pensées pour moi-même), ce n’est pas d’un maître zen mais d’un stoïcien.

Trêve de bavardage, il tue la réflexion, j’en reste là, allez-y, vous ne serez pas déçus. La musique ? Elle est agréable. EEe.

Edouard.

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2 Commentaires

  1. Anonyme

    28 février, 2013 à 16:02

    La musique est « agréable » ??? Vous charriez un peu là…

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  2. Edouard

    28 février, 2013 à 16:32

    Oui, je l’avoue. Mais je n’y connais rien et ne juge que par l’oreille, la mienne n’est pas très bonne, à peine meilleure que celle du basset (qui est très basse et très couverte), j’ai bien lu quelque part qu’il y avait du Bob Dylan dans Sixto Rodriguez mais ça ne me convainct pas, je ne suis pas fan. Et puis agréable est un adjectif plutôt positif, non ? Cela dit, je comprends tout à fait que cette musique paraisse extraordinaire à ceux qui disposent d’une plus grande oreille, ils étaient nombreux avec moi quand je suis allé voir le film…

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